Aller au contenu
FUTUR BTS FuturBTS
CDC · chapitre 1 Chapitre offert

Analyser une situation de communication

Ce que tu sauras faire : Décrire une situation de communication avec précision et choisir, parmi les grands modèles théoriques (Shannon et Weaver, Wiener, behaviorisme, Lazarsfeld, Jakobson, école de Palo Alto, Winkin), celui ou ceux qui l'éclairent le mieux, en connaissant leurs apports et leurs limites.

2 h de cours 10 exercices corrigés 10 questions de quiz
FUTUR BTS

Cherche d’abord au brouillon, puis ouvre le corrigé. Les exercices vont du plus simple au plus exigeant : les points indiquent leur difficulté. Compare ta démarche, pas seulement ton résultat.

Exercice 1

Qui a dit quoi ?

Application

Voici huit idées sur la communication.

  1. Un message est transformé en signal, transporté par un canal, puis retransformé en message ; en chemin, il peut être perturbé par le bruit.

  2. L’information circule souvent des médias vers des personnes influentes, qui la relaient et la commentent auprès de leur entourage.

  3. Le retour d’information permet de comparer le résultat à l’objectif et de corriger l’action suivante.

  4. Tout message possède un aspect de contenu et un aspect de relation.

  5. Un stimulus bien choisi et répété produit une réponse prévisible chez celui qui le reçoit.

  6. Un message peut être centré sur l’émetteur, sur le destinataire, sur le référent, sur le contact, sur le code ou sur sa propre forme.

  7. La communication ressemble moins à un télégraphe qu’à un orchestre dont chacun joue sa partie.

  8. Pour décrire une situation, on se demande qui dit quoi, par quel canal, à qui et avec quel effet.

Travail à faire

  1. Associe chaque idée à l’auteur ou au courant correspondant : Shannon et Weaver, Wiener, behaviorisme, Lazarsfeld, Jakobson, école de Palo Alto, Winkin, Lasswell.

  2. Classe ces huit idées en deux colonnes : celles qui voient la communication comme une transmission, celles qui la voient d’abord comme une relation ou une participation. Une idée peut-elle se placer entre les deux ? Justifie en une phrase.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. Repère dans chaque phrase le mot-clé qui signe un modèle : « signal, canal, bruit » (Shannon), « retour, corriger » (Wiener), « relaient » (Lazarsfeld), « contenu et relation » (Palo Alto), « stimulus, réponse » (behaviorisme), « centré sur » (Jakobson), « orchestre » (Winkin), « qui dit quoi » (Lasswell).

1. Associations

Idée Auteur ou courant Mot-clé
a) Shannon et Weaver signal, canal, bruit
b) Lazarsfeld (communication à deux étages) personnes influentes qui relaient
c) Wiener (rétroaction) retour d’information, corriger
d) École de Palo Alto (2e axiome) contenu et relation
e) Behaviorisme stimulus, réponse
f) Jakobson (six fonctions) centré sur l’émetteur, le destinataire…
g) Winkin télégraphe, orchestre
h) Lasswell qui dit quoi, par quel canal, à qui, avec quel effet

2. Classement

Transmission Relation ou participation
a) Shannon et Weaver ; e) behaviorisme ; h) Lasswell d) Palo Alto ; g) Winkin

Les idées b), c) et f) se placent entre les deux : Wiener introduit un retour (la communication devient une boucle, mais pilotée par l’émetteur) ; Lazarsfeld réintroduit les relations sociales dans la diffusion des messages ; Jakobson reste centré sur le message, mais tient compte du destinataire et du contact.

Piège

Le piège de l'exercice

Ranger Wiener avec Palo Alto parce que les deux parlent de boucle. La rétroaction de Wiener sert à piloter l’action de l’émetteur ; Palo Alto étudie la relation elle-même, où aucun des deux interlocuteurs ne pilote seul.

Exercice 2

Repérer la fonction dominante

Application

Voici huit messages, tous fictifs, publiés par les clients d’Orvenne Communication ou pour eux.

  1. Sur le site de Ciné-Marées : « La 10e édition du festival se tiendra du mercredi 17 au dimanche 21 mars 2027 au Havre. »

  2. Sur une affiche de la Biscuiterie Ombrevaux : « Croquez, partagez, recommencez ! »

  3. En ouverture d’un direct sur les réseaux sociaux de Ciné-Marées : « Coucou tout le monde ! Vous nous entendez bien ? Dites-le en commentaire ! »

  4. Dans le journal interne de Dalbrecq : « Un “ambassadeur”, chez nous, c’est un salarié volontaire qui parle de son métier à l’extérieur, à sa façon. »

  5. Éditorial d’Arnaud Ombrevaux : « J’ai grandi dans l’odeur du beurre chaud de l’usine d’Yvetot, et j’en suis toujours aussi fier. »

  6. Slogan de travail d’Ombrevaux : « Le goûter qui rassemble. »

  7. Offre d’emploi de Dalbrecq : « Vous aimez la route ? Rejoignez nos équipes ! »

  8. Message de Ciné-Marées à ses bénévoles : « Merci à vous tous, à l’année prochaine ! »

Travail à faire

  1. Pour chaque message, indique la fonction dominante selon Jakobson et l’indice qui te permet de l’affirmer.

  2. Le message b) remplit au moins deux fonctions. Lesquelles ? Laquelle sert l’autre ?

Voir le corrigé détaillé

Démarche. Cherche sur quel facteur le message met l’accent : l’information (contexte), l’émetteur (« je »), le destinataire (« vous », impératif), le contact (formules d’ouverture et de vérification), le code (définition), la forme (sonorités, rythme).

1. Fonctions dominantes

Message Fonction dominante Indice
a) La 10e édition… référentielle informations factuelles (dates, lieu), 3e personne
b) Croquez, partagez, recommencez ! conative trois impératifs adressés au lecteur
c) Coucou… Vous nous entendez bien ? phatique salutation, vérification du contact
d) Un « ambassadeur », chez nous, c’est… métalinguistique définition d’un mot, guillemets, « c’est »
e) J’ai grandi dans l’odeur… expressive « je », souvenir personnel, « fier »
f) Le goûter qui rassemble poétique formule courte et rythmée, travaillée pour être retenue
g) Vous aimez la route ? Rejoignez… conative question au destinataire, impératif
h) Merci à vous tous, à l’année prochaine ! phatique remerciement et formule de clôture qui entretiennent la relation

2. Le message b) remplit la fonction conative (impératifs) et la fonction poétique : trois verbes de même construction, une gradation (une progression d’un verbe à l’autre) et un rythme ternaire (en trois temps), les sonorités en « -ez » répétées. La fonction poétique sert la fonction conative : la forme rend l’appel à l’action plus facile à retenir, comme dans « I like Ike » analysé par Jakobson.

Piège

Le piège de l'exercice

Classer f) en fonction référentielle parce que le slogan « parle du goûter ». Il ne donne aucune information vérifiable ; il vaut par sa forme et son pouvoir d’évocation. Et h) n’est pas expressive : le « merci » ne parle pas de l’émetteur, il entretient le lien avec les bénévoles.

Exercice 3

Le spot qui ne passe pas

Analyse

Pour la campagne de printemps 2027 de la Biscuiterie Ombrevaux, Orvenne a prévu un spot audio de 20 secondes diffusé par une radio régionale et, en magasin, sur les haut-parleurs de plusieurs hypermarchés de Seine-Maritime. Au cours d’un test réalisé par Jade en mars 2027 dans un hypermarché, elle constate trois choses :

  • le spot est diffusé à faible volume, entre deux annonces de promotions de l’enseigne (la chaîne de magasins) et une musique d’ambiance ;
  • le slogan contient le mot « quatre-heures » (le goûter, en langage familier), que deux clientes interrogées d’une vingtaine d’années ne connaissent pas ;
  • un client qui l’a entendu à la radio le matin le reconnaît immédiatement grâce aux trois notes de piano qui l’ouvrent.

Travail à faire

  1. Représente la situation en magasin avec les éléments du modèle de Shannon et Weaver (source, émetteur, canal, récepteur, destinataire, bruit) en précisant ce qui joue chaque rôle.

  2. Identifie les bruits rencontrés et classe-les (technique, environnemental, sémantique, concurrentiel, psychologique).

  3. À quel(s) niveau(x) de Weaver (A, B, C) se situe chaque problème ?

  4. Le troisième constat montre un procédé qui protège le message contre le bruit. Lequel ? Rattache-le à une notion de Shannon et à une notion du behaviorisme.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. On applique le modèle élément par élément, puis on qualifie chaque obstacle et on le place dans les trois niveaux de Weaver.

1. Les éléments du modèle en magasin

Élément Dans la situation
Source la Biscuiterie Ombrevaux (et Orvenne, qui a conçu le message)
Émetteur le système de sonorisation de l’hypermarché, qui transforme le fichier audio en son
Canal l’air de la galerie et du magasin, où se propage le son
Récepteur l’oreille des clients
Destinataire les clients présents, en particulier la cible des 25-40 ans
Bruit volume faible, annonces de l’enseigne, musique d’ambiance, mot inconnu

2. Bruits et classement

  • Volume faible : bruit technique (réglage de la diffusion).
  • Musique d’ambiance et brouhaha du magasin : bruit environnemental.
  • Annonces de promotions de l’enseigne juste avant et après : bruit concurrentiel (d’autres messages se disputent l’attention).
  • Mot « quatre-heures » inconnu de jeunes clientes : bruit sémantique (code non partagé).

3. Niveaux de Weaver

  • Volume, musique, annonces : niveau A (technique), les signes arrivent mal.
  • « Quatre-heures » : niveau B (sémantique), les signes arrivent mais le sens voulu n’est pas compris.
  • Par conséquent, l’effet attendu (donner envie d’acheter) risque de ne pas se produire : niveau C, qui dépend des deux autres.

4. Les trois notes de piano

C’est une signature sonore répétée à chaque diffusion. Du point de vue de Shannon, elle crée de la redondance : même si une partie du spot est couverte par le bruit, les notes permettent d’identifier la marque. Du point de vue du behaviorisme, c’est une association apprise par répétition : le son, associé plusieurs fois à la marque, finit par l’évoquer à lui seul (comme le signal sonore annonçant la nourriture chez Pavlov).

Piège

Le piège de l'exercice

Mettre « le magasin » dans la case « canal » sans préciser. Dans le modèle de Shannon, le canal est le moyen physique de transport du signal (ici, l’air où se propage le son) ; le magasin est plutôt le contexte qui produit du bruit.

Exercice 4

Une réunion qui tourne mal

Analyse

Le lundi 28 septembre 2026, au dépôt de Grand-Couronne, Élodie Varin (communication interne de Dalbrecq) fait le point avec les chefs d’équipe sur l’application d’information testée depuis le début du mois. Voici un extrait des notes prises par Jade, qui l’accompagne.

Élodie projette l’écran d’accueil de l’application. — « Toutes les informations utiles sont ici. Merci de demander à vos conducteurs de la consulter chaque matin. » Karim, chef d’équipe, bras croisés, ne dit rien. Sandrine, cheffe d’équipe : « Et nous, on peut publier quelque chose dedans ? Les gars ont plein de choses à dire sur les plannings. » Élodie : « Les publications sont validées par la direction, c’est plus sûr. » Sandrine : « Comme d’habitude, quoi. » Élodie, plus tard, à Jade : « Ils ne s’intéressent à rien, c’est pour ça qu’on doit tout leur écrire. » Karim, à la sortie, à un collègue : « Ils nous écrivent tout, c’est pour ça qu’on ne s’intéresse plus à rien. »

Travail à faire

  1. Que « dit » le silence de Karim ? Rattache ta réponse à un axiome de l’école de Palo Alto.

  2. Distingue le contenu et la relation dans la phrase « Merci de demander à vos conducteurs de la consulter chaque matin ».

  3. Explique les deux dernières répliques à l’aide de l’axiome de la ponctuation.

  4. La relation entre Élodie et les chefs d’équipe est-elle symétrique ou complémentaire ? Justifie.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. On cherche, derrière les mots, ce qui se dit de la relation. Chaque question mobilise un axiome précis.

1. Le silence de Karim. Selon le premier axiome (« on ne peut pas ne pas communiquer »), son silence est un message. Ses bras croisés (mode analogique, 4e axiome) renforcent ce message : réserve, désaccord, ou lassitude. Ce silence n’est donc pas une absence de réaction, mais une réaction que l’émetteur n’a pas su lire.

2. Contenu et relation.

  • Contenu : les chefs d’équipe doivent demander aux conducteurs de consulter l’application chaque matin.
  • Relation : la formule « Merci de demander » est une consigne polie ; elle place Élodie en position de prescriptrice et les chefs d’équipe en relais d’exécution. Elle ne leur demande ni leur avis ni leur aide pour construire l’outil.

3. Ponctuation. Chacun découpe la suite des échanges à sa façon : pour Élodie, le désintérêt des conducteurs est la cause et l’abondance d’écrits la conséquence ; pour Karim, c’est l’inverse. Les deux phrases sont presque symétriques. Selon le 3e axiome, ce désaccord sur la « ponctuation » entretient un cercle vicieux : plus on écrit, moins on lit ; moins on lit, plus on écrit. Pour en sortir, il faut changer la relation, pas seulement le contenu.

4. Symétrique ou complémentaire ? La relation est complémentaire : Élodie décide (« les publications sont validées par la direction »), les chefs d’équipe exécutent. La réplique de Sandrine (« Comme d’habitude, quoi ») montre que cette complémentarité est vécue comme rigide et ancienne. La demande de Sandrine (« on peut publier ? ») est une tentative de rendre la relation plus égalitaire.

Piège

Le piège de l'exercice

Juger les personnes (« Karim est de mauvaise volonté », « Élodie est autoritaire »). L’école de Palo Alto analyse un système de relations : chaque comportement est une réponse à celui de l’autre. L’analyse doit décrire le mécanisme, pas désigner un coupable.

Exercice 5

Piloter l’application interne

Calcul et analyse

L’application d’information de Dalbrecq a été testée du 7 septembre au 16 octobre 2026 auprès des 72 conducteurs équipés du site de Grand-Couronne. Le tableau donne, chaque semaine, le nombre de conducteurs ayant ouvert au moins une publication et le nombre de commentaires laissés.

Pilote de l’application interne (données fictives)
Semaine 1 2 3 4 5 6
Conducteurs ayant ouvert au moins une publication 61 54 43 39 52 58
Commentaires 14 9 6 22 11 13

À la fin de la semaine 4, après avoir lu les commentaires (dont « Trois écrans de texte à 5 h 30, personne ne lit »), Élodie Varin a changé deux choses : les publications sont devenues courtes (un écran au plus, ou un message audio d’une minute) et un fil « La parole aux conducteurs » a été ouvert, alimenté par les chefs d’équipe.

Travail à faire

  1. Calcule le taux de lecture de chaque semaine (conducteurs ayant ouvert au moins une publication / conducteurs équipés), arrondi à 0,1 %.

  2. Calcule l’écart du taux de lecture entre la semaine 1 et la semaine 4, puis entre la semaine 4 et la semaine 6, en points (un écart en points est la simple différence entre deux pourcentages). Calcule aussi le taux d’évolution du nombre de lecteurs entre les semaines 4 et 6 (variation en pourcentage : (valeur d’arrivée − valeur de départ) ÷ valeur de départ × 100).

  3. Quelle part des commentaires des six semaines a été laissée en semaine 4 ? Comment l’interpréter ?

  4. Montre que l’épisode illustre une boucle de rétroaction au sens de Wiener : identifie l’objectif, le retour, la comparaison et la correction.

  5. Les données permettent-elles d’affirmer que la remontée est due uniquement au raccourcissement des messages ? Quel autre modèle du chapitre éclaire la seconde modification ?

Voir le corrigé détaillé

Démarche. Données → formule → calcul → résultat → interprétation. Attention à distinguer les points (la simple différence entre deux pourcentages) et le taux d’évolution (la variation d’une valeur, rapportée à sa valeur de départ).

1. Taux de lecture

Formule : taux de lecture = conducteurs ayant ouvert au moins une publication ÷ 72 × 100.

Semaine 1 2 3 4 5 6
Lecteurs 61 54 43 39 52 58
Calcul 61 ÷ 72 × 100 54 ÷ 72 × 100 43 ÷ 72 × 100 39 ÷ 72 × 100 52 ÷ 72 × 100 58 ÷ 72 × 100
Taux de lecture 84,7 % 75,0 % 59,7 % 54,2 % 72,2 % 80,6 %

2. Écarts et évolution

  • Semaine 1 → semaine 4 : l’écart en points est la différence des deux taux. Comme les deux taux ont le même dénominateur (72), on peut calculer directement à partir des effectifs : 39 − 61 = − 22 lecteurs ; − 22 ÷ 72 = − 0,3056 ; × 100 ≈ − 30,6 points. (Avec les taux arrondis, 54,2 − 84,7 donne − 30,5 : l’écart de 0,1 vient seulement des arrondis ; on garde le calcul exact.)
  • Semaine 4 → semaine 6 : 58 − 39 = 19 lecteurs ; 19 ÷ 72 = 0,2639 ; × 100 ≈ + 26,4 points (vérification : 80,6 − 54,2 = 26,4).
  • Taux d’évolution du nombre de lecteurs entre les semaines 4 et 6 : on rapporte la hausse (19 lecteurs) au nombre de départ (39). 19 ÷ 39 = 0,4872 ; × 100 ≈ + 48,7 %.

Lecture : en quatre semaines, le taux de lecture a perdu près de 31 points ; il en a regagné plus de 26 en deux semaines après les changements, sans revenir tout à fait au niveau de la première semaine.

3. Commentaires de la semaine 4

Total des commentaires : 14 + 9 + 6 + 22 + 11 + 13 = 75. Part de la semaine 4 : 22 ÷ 75 = 0,2933 ; × 100 ≈ 29,3 %, soit presque un commentaire sur trois en une seule semaine sur six.

Interprétation : la semaine où la lecture est au plus bas est aussi celle où les commentaires sont les plus nombreux. Les conducteurs lisent moins, mais réagissent davantage, surtout pour critiquer. Ce pic est une information précieuse : il signale un problème et dit pourquoi.

4. La boucle de rétroaction

Étape de la boucle Dans le cas Dalbrecq
Objectif que les conducteurs lisent l’information interne
Action (message) publications longues diffusées chaque matin
Retour baisse du taux de lecture (84,7 % → 54,2 %) et pic de commentaires critiques
Comparaison écart important et croissant entre l’objectif et le résultat
Correction messages courts ou audio ; fil « La parole aux conducteurs »
Nouveau retour remontée du taux de lecture (80,6 % en semaine 6)

C’est exactement le mécanisme décrit par Wiener : l’information sur les effets revient à l’émetteur, qui ajuste son action suivante.

5. Une seule cause ? Non. Deux changements ont été faits en même temps : on ne peut donc pas isoler l’effet de chacun. De plus, d’autres facteurs ont pu jouer (période, actualité de l’entreprise). La seconde modification, ouvrir un fil alimenté par les chefs d’équipe, relève d’abord de l’école de Palo Alto (elle change la relation : les conducteurs ne sont plus seulement destinataires) et aussi de Lazarsfeld (les chefs d’équipe deviennent des relais écoutés).

Piège

Le piège de l'exercice

Écrire « le taux de lecture a augmenté de 48,7 % ». Le nombre de lecteurs a augmenté de 48,7 % ; le taux de lecture, lui, a gagné 26,4 points. Ce sont deux mesures différentes.

Exercice 6

Qui fait connaître un biscuit ?

Calcul et analyse

En septembre 2026, pour préparer la recommandation à la Biscuiterie Ombrevaux, Jade a interrogé 150 personnes de 25 à 40 ans à Rouen et au Havre. Question : « La dernière fois que vous avez découvert une nouvelle marque de biscuits que vous avez ensuite achetée, comment en avez-vous entendu parler en premier ? »

Mini-enquête de Jade (données fictives)
Première source citée Effectif
Un proche (famille, amis, collègues) 48
Un créateur de contenu que je suis 39
Une publicité à la télévision ou à la radio 27
En magasin (rayon, dégustation) 24
Autre 12
Total 150

Question complémentaire posée aux 27 personnes qui ont cité la publicité : « Avez-vous demandé l’avis de quelqu’un avant d’acheter ? » — 19 ont répondu oui.

Travail à faire

  1. Calcule la part de chaque source, en pourcentage, puis la part cumulée des sources « personnelles » (proche et créateur de contenu).

  2. Calcule la part des personnes ayant demandé un avis parmi celles qui ont découvert la marque par la publicité.

  3. En quoi ces résultats illustrent-ils le modèle de la communication à deux étages ? Utilise les notions de leader d’opinion et d’effets limités.

  4. Signale deux limites de cette mini-enquête qui imposent la prudence dans la recommandation.

  5. Formule, en trois ou quatre lignes, la recommandation que Jade peut en tirer pour le budget « influence et animations en magasin » d’Ombrevaux, en précisant comment choisir les relais.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. On calcule des parts (effectif ÷ total), puis on interprète les résultats avec le modèle à deux étages, sans oublier les limites de l’enquête.

1. Parts de chaque source

Première source citée Effectif Calcul Part
Un proche 48 48 ÷ 150 × 100 32,0 %
Un créateur de contenu suivi 39 39 ÷ 150 × 100 26,0 %
Publicité TV ou radio 27 27 ÷ 150 × 100 18,0 %
En magasin 24 24 ÷ 150 × 100 16,0 %
Autre 12 12 ÷ 150 × 100 8,0 %
Total 150 100,0 %

Sources personnelles : 48 + 39 = 87, soit 87 ÷ 150 × 100 = 58,0 %.

2. Avis demandé après une publicité. La question complémentaire n’a été posée qu’aux 27 personnes qui ont cité la publicité : c’est donc 27, et non 150, qui sert de total. 19 ÷ 27 = 0,7037 ; × 100 ≈ 70,4 %.

3. Lien avec la communication à deux étages

  • Près de six personnes sur dix (58,0 %) ont découvert la marque par une personne (proche ou créateur de contenu) plutôt que par un média de masse : c’est l’idée centrale de Lazarsfeld, selon laquelle l’influence passe largement par l’entourage.
  • Le créateur de contenu suivi joue le rôle de leader d’opinion : une personne plus exposée à l’information sur un domaine (la cuisine, les goûters) et écoutée par sa communauté.
  • Même quand la publicité est la première source, sept personnes sur dix (70,4 %) ont demandé un avis avant d’acheter : la publicité a fait connaître, mais la décision est passée par une relation. C’est l’idée d’effets limités et indirects des médias.

4. Limites de l’enquête

  • Échantillon petit (150 personnes) et non représentatif : deux villes, personnes interrogées par Jade, sans méthode d’échantillonnage précisée.
  • Déclaratif : les personnes disent comment elles se souviennent avoir découvert la marque ; on oublie souvent une publicité vue sans y prêter attention (c’était déjà l’illusion décrite par Le Bon : on croit avoir « entendu dire » ce qu’on a lu dans une annonce).
  • Autres limites acceptables : une seule question, « première source » seulement (une personne a pu être touchée par plusieurs sources).

5. Recommandation (exemple)

« Pour toucher les 25-40 ans, Orvenne recommande de consacrer une part importante du budget “influence et animations en magasin” à des créateurs de contenu culinaires et familiaux de Normandie, choisis pour la confiance de leur communauté sur ces sujets plutôt que pour leur nombre d’abonnés. Des dégustations en magasin, qui provoquent la conversation entre clients, compléteront le dispositif, et la publicité restera utile pour faire connaître la marque. »

Piège

Le piège de l'exercice

Conclure « la publicité ne sert à rien ». L’enquête montre au contraire que 18 % des personnes ont découvert la marque par la publicité, et que celle-ci peut déclencher la conversation. Lazarsfeld ne dit pas que les médias sont inutiles, mais que leur effet passe par des relais.

Exercice 7

Une campagne de santé publique

Analyse

À partir de 2002, dans le cadre d’un plan national lancé par le ministère de la Santé pour préserver l’efficacité des antibiotiques, l’Assurance maladie mène chaque hiver une campagne destinée au grand public et aux médecins, avec le slogan « Les antibiotiques, c’est pas automatique ». Les antibiotiques sont inefficaces contre les infections virales (comme la plupart des rhumes et des angines de l’enfant), et leur usage excessif favorise des résistances (des bactéries que les antibiotiques ne parviennent plus à tuer). Une étude publiée le 2 juin 2009 dans la revue PLoS Medicine mesure une baisse de 26,5 % de la consommation d’antibiotiques en hiver entre 2002 et 2007.

Travail à faire

  1. Décris la situation de communication avec la grille du cours (qui, quoi, canal, à qui, pourquoi, contexte, effet). Pour le canal, appuie-toi uniquement sur ce que dit l’énoncé.

  2. Analyse le slogan avec le schéma de Jakobson : fonction dominante, fonctions secondaires, indices.

  3. Pourquoi la campagne vise-t-elle aussi les médecins ? Réponds à l’aide du modèle de Lazarsfeld.

  4. Pourquoi la campagne a-t-elle été répétée chaque hiver ? Donne deux explications tirées de deux modèles différents.

  5. Peut-on conclure de l’étude de 2009 que le slogan a provoqué la baisse de 26,5 % ? Justifie.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. On décrit d’abord, puis on applique trois modèles différents, enfin on discute la causalité.

1. Description

Question Réponse
Qui ? l’Assurance maladie, dans le cadre d’un plan national du ministère de la Santé
Dit quoi ? les antibiotiques ne sont pas toujours nécessaires ; slogan « Les antibiotiques, c’est pas automatique »
Par quel canal ? une campagne nationale répétée chaque hiver, destinée au grand public et aux médecins (l’énoncé ne précise pas les supports)
À qui ? le grand public (en particulier les parents de jeunes enfants) et les médecins
Pourquoi ? réduire les prescriptions inutiles et limiter les résistances aux antibiotiques
Contexte des infections virales fréquentes en hiver, contre lesquelles les antibiotiques sont inefficaces ; une habitude de prescription
Avec quel effet ? baisse de 26,5 % de la consommation hivernale d’antibiotiques entre 2002 et 2007 (étude de 2009)

2. Analyse avec Jakobson

  • Fonction poétique dominante : rime « antibiotiques / automatique », rythme bref, registre oral (« c’est pas »), qui rendent le slogan mémorisable et facile à répéter.
  • Fonction conative implicite : sans impératif, le slogan invite le patient à ne pas réclamer d’antibiotique et le médecin à ne pas en prescrire par réflexe.
  • Fonction référentielle limitée : le slogan affirme sans expliquer ; l’explication est renvoyée aux autres éléments de la campagne.
  • Comme dans « I like Ike », la forme poétique est au service de l’action demandée.

3. Pourquoi viser les médecins ? Selon Lazarsfeld, l’influence passe par des leaders d’opinion. En matière de santé, le médecin est le relais le plus écouté : un patient suit plus volontiers son médecin qu’une publicité. En convainquant les médecins, la campagne s’appuie sur la communication à deux étages ; et le médecin qui refuse un antibiotique peut citer un message que le patient a déjà entendu.

4. Pourquoi répéter chaque hiver ?

  • Shannon (redondance) : chaque hiver, le message est noyé parmi d’autres ; le répéter augmente ses chances d’être reçu par ceux qui l’ont manqué.
  • Behaviorisme (répétition, association) : une habitude (« rhume = antibiotique ») se défait par la répétition d’une nouvelle association.
  • Réponse également acceptée : Wiener (rétroaction) : la mesure de la consommation chaque année permet d’ajuster la campagne suivante.

5. Causalité. Non. L’étude évalue l’ensemble du plan (campagnes répétées, information des médecins…) et mesure une baisse sur une période ; d’autres facteurs ont pu jouer. On peut dire que la baisse accompagne la campagne et que l’étude l’associe au plan national, pas que le slogan seul l’a provoquée.

Piège

Le piège de l'exercice

Inventer des supports (affiches, spots télévisés…) que l’énoncé ne cite pas. Dans une analyse, on n’utilise que les données fournies ou des faits que l’on connaît avec certitude ; sinon, on signale ce que l’on ignore.

Exercice 8

Trois situations, trois modèles

Analyse

Situation A. Ciné-Marées publie le programme de sa 10e édition. Sous la publication, une spectatrice écrit : « Encore aucune séance en audiodescription cette année. » (L’audiodescription est une voix qui décrit les images du film pour les personnes aveugles ou malvoyantes.) Elle est suivie de vingt commentaires approuvant. La publication suivante du festival, deux jours plus tard, annonce la soirée d’ouverture sans un mot sur le sujet.

Situation B. Orvenne Médias, la régie de l’agence (le service qui vend l’espace publicitaire de ses propres écrans), diffuse sur ses 64 écrans numériques (galeries commerciales et gares routières) un spot de 10 secondes pour une concession automobile (un garage qui vend les voitures d’une marque). Le spot comporte un numéro de téléphone et une adresse de site écrits en petits caractères. La concession ne reçoit presque aucun appel.

Situation C. Dalbrecq veut attirer des candidats pour 34 postes de conducteurs non pourvus. La direction des ressources humaines (DRH) hésite entre une campagne d’affichage institutionnelle, qui parle de l’entreprise elle-même (« Dalbrecq recrute »), et des vidéos où des conducteurs du groupe racontent leur métier, diffusées par eux-mêmes sur leurs réseaux personnels.

Travail à faire

  1. Pour chaque situation, choisis le modèle principal qui éclaire le problème ou l’enjeu, et justifie ce choix en deux ou trois phrases.

  2. Pour chaque situation, indique un second modèle utile et ce qu’il ajoute.

  3. Pour la situation A, explique pourquoi l’absence de réponse du festival est un problème, et propose une réaction appropriée.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. Pour chaque situation, on repère le symptôme (ce qui ne va pas, ou l’enjeu), puis on choisit le modèle qui l’éclaire le mieux (tableau de la partie 8 du cours).

1 et 2. Modèles principal et secondaire

Situation Modèle principal Justification Second modèle Apport
A. Commentaire sur l’audiodescription École de Palo Alto le problème porte sur la relation : le silence du festival est un message (1er axiome), perçu comme de l’indifférence envers un public Wiener le commentaire et les vingt approbations sont un retour qui devrait déclencher une correction
B. Spot sans appels Shannon et Weaver le message se perd en route : petits caractères illisibles en 10 secondes, dans un lieu de passage (bruit technique et environnemental, niveau A) Jakobson la fonction conative (« appelez ») est mal servie : il faudrait un appel à l’action simple et visible
C. Recrutement de conducteurs Lazarsfeld des conducteurs qui racontent leur métier sont des leaders d’opinion crédibles auprès de futurs candidats : communication à deux étages Jakobson ou Palo Alto fonction expressive (témoignage en « je ») ; relation plus symétrique (de pair à pair) qu’une affiche institutionnelle

3. Situation A. En ne répondant pas, le festival « dit » quelque chose malgré lui : qu’il n’a pas entendu ou ne se sent pas concerné. Pour un festival qui veut rajeunir et élargir son public, c’est un risque d’image. De plus, l’annonce suivante, sans rapport avec la question, ponctue l’échange comme si rien n’avait été dit. Réaction appropriée : répondre rapidement sous la publication, en remerciant pour la remarque, en reconnaissant le manque, en disant ce qui est possible (par exemple une séance adaptée à l’étude pour 2027, ou un engagement pour l’édition suivante) et en annonçant une information complète plus tard. La réponse doit être honnête : ne rien promettre que le festival ne peut pas tenir.

Piège

Le piège de l'exercice

Choisir le même modèle pour les trois situations. L’exercice teste ta capacité à adapter l’outil au problème : une situation de relation, une situation de transmission, une situation de relais.

Exercice 9

Lire Gustave Le Bon aujourd’hui

Analyse

Document. Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Paris, Félix Alcan, 1895, livre II, chapitre III (texte du domaine public, Wikisource).

L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, est un des plus sûrs moyens de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, plus elle est dépourvue de toute apparence de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. […] Les hommes d’État appelés à défendre une cause politique quelconque, les industriels propageant leurs produits par l’annonce, savent la valeur de l’affirmation.

L’affirmation n’a cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et, le plus possible, dans les mêmes termes. […] La chose affirmée arrive, par la répétition, à s’établir dans les esprits au point qu’ils finissent par l’accepter comme une vérité démontrée.

[…] De là la force étonnante de l’annonce. Quand nous avons lu cent fois, mille fois que le meilleur chocolat est le chocolat X, nous nous imaginons l’avoir entendu dire de bien des côtés, et nous finissons par en avoir la certitude.

Travail à faire

  1. Résume en deux phrases la thèse de Le Bon sur l’efficacité des messages.

  2. Quelle conception des effets de la communication ce texte annonce-t-il ? Rattache-le à un courant théorique du chapitre et à l’image qui le résume.

  3. Donne deux exemples de pratiques publicitaires actuelles qui reposent sur l’affirmation et la répétition.

  4. Montre, à l’aide des travaux de Lazarsfeld, ce que l’on peut opposer à Le Bon. Appuie-toi sur un détail du texte lui-même (relis la dernière phrase).

  5. Rédige un paragraphe argumenté (8 à 10 lignes) répondant à la question : « La répétition suffit-elle à convaincre ? »

Voir le corrigé détaillé

Démarche. Comprendre la thèse, la situer dans l’histoire des théories, l’actualiser par des exemples, puis la discuter avec un autre modèle.

1. Thèse. Pour Le Bon, une idée s’impose aux foules par une affirmation brève et sans preuve, répétée sans cesse dans les mêmes termes. La répétition finit par faire passer l’affirmation pour une vérité, et la publicité (« l’annonce ») en tire sa force.

2. Conception des effets. Le texte annonce la conception des effets puissants et directs des messages : le public, sans esprit critique, absorbe ce qu’on lui répète. Elle sera reprise par la vision behavioriste (stimulus → réponse), que les chercheurs ont plus tard résumée par l’image de la seringue hypodermique.

3. Exemples actuels

  • La répétition d’un même spot plusieurs fois par jour et pendant plusieurs semaines (pression publicitaire).
  • Les slogans affirmatifs sans preuve, du type « le meilleur… », ou une signature répétée à la fin de chaque publicité d’une marque.
  • Autres réponses possibles : le reciblage publicitaire (une même annonce qui suit l’internaute de site en site), les signatures sonores.

4. Objection tirée de Lazarsfeld. Les enquêtes de 1940 (publiées en 1944) et de Decatur (1955) montrent que les médias renforcent plus qu’ils ne convertissent, et que les décisions passent par des conversations et des leaders d’opinion. Le texte de Le Bon le laisse lui-même deviner : « nous nous imaginons l’avoir entendu dire de bien des côtés ». La répétition fonctionne parce qu’elle imite la parole des autres ; c’est donc l’avis supposé de l’entourage qui convainc, pas l’annonce seule. On peut ajouter que Le Bon parle de « foules », alors que le public des médias est fait d’individus insérés dans des groupes, qui choisissent ce qu’ils lisent et en discutent.

5. Paragraphe argumenté (exemple)

« La répétition est un outil puissant pour faire connaître : comme l’observait déjà Gustave Le Bon en 1895, une affirmation répétée “dans les mêmes termes” finit par s’imposer, et la publicité moderne en fait un principe, en programmant plusieurs passages d’un même spot ou en signant chaque message de la même formule. Pourtant, faire connaître n’est pas convaincre. Dès 1944, Paul Lazarsfeld montrait que les électeurs se décident surtout en discutant avec leurs proches, et que les médias renforcent des opinions déjà là. Le Bon lui-même reconnaît que la répétition agit en nous donnant l’impression d’avoir “entendu dire” la même chose “de bien des côtés” : c’est la caution supposée des autres qui emporte l’adhésion. Les marques l’ont compris, qui complètent la répétition par des relais crédibles, comme des créateurs de contenu ou des clients. La répétition est donc nécessaire pour être vu, mais elle ne suffit pas à convaincre sans la confiance accordée par l’entourage. »

Piège

Le piège de l'exercice

Rejeter Le Bon en bloc comme « dépassé ». À l’épreuve, on attend une discussion : sa thèse décrit bien certains mécanismes (mémorisation, notoriété) mais exagère la passivité du public. Ce qui est daté, c’est la vision d’une foule sans esprit critique, pas l’observation de l’effet de répétition.

Exercice 10

Les publics sont-ils façonnés par les messages ?

Entraînement E1

Format : question 1 de l’épreuve E1 (environ 1 h sur les 4 h de l’épreuve).

Ensemble documentaire

Document 1. Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895 : reprendre l’extrait de l’exercice 9.

Document 2. Article créé pour l’exercice : Léa Montchamp, « Les créateurs de contenu, des voisins de confiance ? », Normandie Éco Mag (magazine fictif), septembre 2026.

On les croit tout-puissants : il suffirait qu’un créateur de contenu montre un produit pour que des milliers d’abonnés l’achètent. La réalité est plus nuancée. Ceux que l’on suit sont choisis : on s’abonne à quelqu’un qui partage nos goûts, notre façon de cuisiner, d’élever nos enfants, de voyager. Son avis compte parce qu’il ressemble à celui d’un ami qui s’y connaît. Dès que la confiance se fissure, par un partenariat trop visible ou une recommandation peu crédible, l’audience se détourne ou se moque en commentaire. Les marques l’ont compris : elles cherchent moins les comptes les plus suivis que ceux qui sont écoutés sur un sujet précis, et elles acceptent que leur message soit reformulé, voire discuté, par celui qui le porte.

Document 3. Résumé FuturBTS d’une position théorique : l’école de Palo Alto et Yves Winkin.

Pour les chercheurs de l’école de Palo Alto, dont Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don D. Jackson (Pragmatics of Human Communication, 1967 ; traduction française Une logique de la communication, 1972), on ne peut pas ne pas communiquer : tout comportement, même le silence, a valeur de message, et chaque message dit quelque chose de la relation entre ceux qui échangent. Yves Winkin (La Nouvelle Communication, 1981) en tire une image : la communication n’est pas un télégraphe qui envoie un message à un récepteur, mais un orchestre où chacun joue sa partie selon des règles partagées. Dans cette perspective, le public n’est pas une cible qui reçoit : il participe, interprète, répond, et c’est dans cet échange que se construit le sens.

Document 4. Entretien créé pour l’exercice avec Yanis Belkacem, responsable digital et réseaux sociaux d’Orvenne Communication (agence fictive), octobre 2026.

« Quand j’ai commencé, on préparait un calendrier de publications pour trois mois et on s’y tenait. Aujourd’hui, je regarde les commentaires tous les matins. Si une question revient, la publication de la semaine suivante y répond. Si une blague tombe à plat, on ne la refait pas. Cela ne veut pas dire que nos messages n’ont pas d’effet : une campagne bien répétée fait connaître une marque, je le vois dans les études de notoriété [les enquêtes qui mesurent si le public connaît une marque]. Mais on ne fait plus “passer” un message ; on le met en circulation, et le public le transforme. Mon travail, c’est autant d’écouter que de publier. »

Travail à faire

À partir de l’ensemble documentaire, rendez compte des différentes positions sur la question : « Les publics sont-ils façonnés par les messages qu’ils reçoivent ? ». Puis montrez comment ces positions se manifestent dans le domaine de la communication, en mobilisant des exemples d’opérations ou de campagnes de communication (présentes dans les documents ou issues de votre culture professionnelle).

Votre réponse, rédigée et structurée, ne dépassera pas deux pages.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. La question 1 de l’E1 attend deux choses : rendre compte succinctement des positions présentes dans les documents (sans les résumer un par un) et montrer leurs manifestations dans la communication, avec des exemples d’opérations ou de campagnes. On procède en quatre temps :

  1. Lire les documents et noter, pour chacun, sa réponse à la question posée.
  2. Regrouper les documents par positions (deux à quatre), pas par documents.
  3. Pour chaque position, trouver une ou deux manifestations dans la communication.
  4. Rédiger : introduction (présentation du corpus et de la question), développement (une partie par position, ou deux parties : positions puis manifestations), conclusion brève.

Repérage des positions

Position Documents Idée
1. Des messages qui façonnent doc. 1 (Le Bon) ; nuance dans le doc. 4 l’affirmation répétée s’impose aux esprits ; la répétition fait connaître une marque
2. Une influence filtrée par des relais de confiance doc. 2 (créateurs de contenu) le public choisit qui il écoute ; l’influence passe par des personnes proches de lui ; la confiance peut se retirer
3. Un public qui participe et transforme le message doc. 3 (Palo Alto, Winkin) ; doc. 4 (Yanis Belkacem) le sens se construit dans l’échange ; le public interprète, répond, transforme ; l’émetteur doit écouter

Proposition de réponse rédigée

L’ensemble documentaire réunit un extrait de Psychologie des foules de Gustave Le Bon (1895), un article de magazine consacré aux créateurs de contenu (2026), un résumé des thèses de l’école de Palo Alto et d’Yves Winkin, et l’entretien d’un responsable des réseaux sociaux d’une agence de communication (2026). Tous interrogent le pouvoir des messages sur leurs publics. Trois positions se dégagent : les messages façonnent les esprits ; leur influence passe par des relais choisis ; le public participe à la construction du sens.

Les messages façonnent les publics. Pour Le Bon, une affirmation « concise », sans preuve, et « constamment répétée » finit par être acceptée « comme une vérité démontrée » ; il cite l’« annonce » publicitaire comme exemple. Cette conception des effets puissants annonce le behaviorisme et l’image de la « seringue hypodermique ». Yanis Belkacem en conserve une part : « une campagne bien répétée fait connaître une marque ». Cette position se manifeste dans la pression publicitaire (un même spot programmé plusieurs fois par jour), dans les signatures sonores ou les slogans répétés à l’identique, et, en santé publique, dans des campagnes reconduites chaque hiver comme « Les antibiotiques, c’est pas automatique » de l’Assurance maladie, dont la formule rimée est conçue pour être répétée.

L’influence passe par des relais de confiance. L’article du document 2 nuance la toute-puissance supposée des messages : on suit les créateurs de contenu que l’on a choisis, parce que leur avis ressemble à celui « d’un ami qui s’y connaît », et l’audience se détourne quand la confiance se fissure. On retrouve le modèle de la communication à deux étages de Lazarsfeld et ses leaders d’opinion, écoutés dans un domaine précis. Dans la communication, cette position se manifeste par le marketing d’influence, lorsqu’une marque alimentaire confie son message à des créateurs culinaires écoutés sur ce sujet plutôt qu’aux comptes les plus suivis, par les programmes d’ambassadeurs salariés pour le recrutement, ou par les campagnes de santé qui s’adressent d’abord aux médecins pour toucher les patients.

Le public participe et transforme le message. Le document 3 va plus loin : selon l’école de Palo Alto, « on ne peut pas ne pas communiquer » et chaque message engage une relation ; pour Winkin, la communication est un « orchestre » plutôt qu’un « télégraphe », et le public participe à la construction du sens. Yanis Belkacem en tire une pratique professionnelle : on ne fait plus « passer » un message, on le « met en circulation » et « le public le transforme ». Cette position se manifeste dans l’animation de communautés (les commentaires modifient le calendrier de publication), dans les campagnes qui invitent le public à créer ou détourner un contenu, et dans la communication interne quand une entreprise ouvre ses outils à la parole des salariés au lieu de diffuser des consignes.

En définitive, les documents ne s’opposent pas seulement : ils dessinent une évolution, d’un public conçu comme une foule malléable vers un public qui choisit ses relais et participe au sens. Les professionnels combinent aujourd’hui ces logiques : répéter pour être connu, s’appuyer sur des relais pour être cru, écouter pour rester légitime.

À retenir

Critères de réussite

  • Les positions sont regroupées et nommées, pas résumées document par document.
  • Chaque position s’appuie sur des citations brèves ou des références précises aux documents.
  • Les manifestations sont des opérations ou pratiques de communication concrètes, situées (annonceur, type de campagne, procédé).
  • Les références théoriques (behaviorisme, Lazarsfeld, Palo Alto, Winkin) sont utilisées au service de l’analyse, en une phrase chacune.
  • La réponse est structurée et ne dépasse pas deux pages.
Piège

Le piège de l'exercice

Faire un résumé successif des quatre documents, puis ajouter des exemples à la fin. Le correcteur attend une confrontation organisée par idées. Autre piège : attribuer au document 4 une position unique ; Yanis Belkacem reconnaît l’effet de la répétition et défend l’écoute : c’est une position nuancée, qu’il faut restituer comme telle.

Prêt pour le quiz ?

10 questions pour vérifier que tout est acquis.

Faire le quiz