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CEJMA · chapitre 1 Chapitre offert

Le marché des services informatiques

Ce que tu sauras faire : Identifier les acteurs de l'industrie informatique et leur rôle, analyser leurs modèles économiques (licence, abonnement, forfait, régie, infogérance), expliquer les enjeux techniques et économiques des normes et des standards, discuter de façon nuancée la dépendance et la souveraineté numérique, et situer un prestataire de services informatiques sur son marché dans une réponse argumentée.

1 h 30 de cours 10 exercices corrigés 10 questions de quiz
FUTUR BTS

Cherche d’abord au brouillon, puis ouvre le corrigé. Les exercices vont du plus simple au plus exigeant : les points indiquent leur difficulté. Compare ta démarche, pas seulement ton résultat.

Sauf indication contraire, les exercices se situent chez Vellacor Services Numériques (ESN de 26 salariés à Niort), prestataire de Kervanet Hôtels & Résidences, en octobre 2026. Les données sur Vellacor, Kervanet et leurs clients sont fictives ; les chiffres publics et les textes juridiques sont réels et datés.

Exercice 1

Reconnaître les acteurs

Application

Sarah Cherif dresse la liste des entreprises avec lesquelles Vellacor et Kervanet travaillent. Pour chacune des activités suivantes, indique la famille d’acteurs (constructeur, éditeur, ESN, opérateur, hébergeur ou fournisseur de nuage, intégrateur, revendeur ou grossiste) et justifie en une phrase.

  1. L’entreprise qui fabrique les mini-PC de réception commandés pour janvier 2027.

  2. L’entreprise qui loue en ligne à Kervanet son logiciel de gestion hôtelière.

  3. L’entreprise qui fournit la fibre du site de Royan.

  4. Le grossiste chez qui Vellacor achète câbles, bornes Wi-Fi et onduleurs.

  5. Vellacor, quand elle assure le centre de services et l’astreinte du week-end pour Kervanet.

  6. Vellacor, quand elle installe et paramètre pare-feu, commutateurs, bornes et postes de la 8e résidence.

  7. Le partenaire de Poitiers dont la salle accueille le second serveur de sauvegarde de Vellacor.

  8. Une entreprise mondiale qui loue des serveurs virtuels facturés à l’heure d’utilisation.

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Activité Famille Justification
a) Fabricant des mini-PC constructeur il conçoit et fabrique du matériel
b) Logiciel de gestion hôtelière loué en ligne éditeur (qui le fournit en SaaS, donc aussi fournisseur de service en nuage) il conçoit le logiciel, en garde les droits et en loue l’usage par abonnement
c) Fibre de Royan opérateur il exploite un réseau et vend l’accès à internet
d) Grossiste grossiste (distribution) il achète aux constructeurs et revend aux revendeurs et prestataires, sans transformer le produit
e) Centre de services, astreinte ESN (infogérance) Vellacor vend une prestation intellectuelle : exploitation et assistance, avec niveaux de service
f) Raccordement de la 8e résidence intégrateur Vellacor assemble des produits de plusieurs fournisseurs pour livrer une solution complète qui fonctionne
g) Partenaire de Poitiers hébergeur il fournit la salle (énergie, refroidissement, sécurité, connexion) où tourne le serveur de Vellacor
h) Location de serveurs virtuels à l’heure fournisseur de nuage (IaaS) il loue à la demande des ressources partagées, facturées à l’usage
Piège

Vellacor apparaît deux fois, dans deux familles différentes (e et f) : on classe des activités, pas des entreprises. De même, l’éditeur du logiciel hôtelier (b) est aussi fournisseur de service en nuage, puisqu’il fait fonctionner son logiciel sur ses serveurs.

Exercice 2

Vrai ou faux ?

Application

Indique si chaque affirmation est vraie ou fausse, puis corrige celles qui sont fausses.

  1. Quand Kervanet paie une licence de logiciel, elle devient propriétaire du logiciel.

  2. En régie, c’est le client qui supporte le risque de dépassement du temps prévu.

  3. Dans un service SaaS, le client n’a plus à se préoccuper de ses données : tout est géré par le fournisseur.

  4. Une norme ISO est obligatoire pour toutes les entreprises du secteur informatique.

  5. Le protocole HTTP, décrit dans des documents publics de l’IETF et utilisable par tous, est un standard ouvert.

  6. Depuis 2024, un fournisseur de nuage n’a plus le droit de facturer quoi que ce soit à un client qui le quitte.

  7. L’article 31 de la loi SREN oblige Kervanet à héberger ses données clients chez un fournisseur protégé des lois étrangères.

  8. Une même entreprise peut être à la fois éditeur, constructeur et fournisseur de nuage.

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  1. Faux. La licence donne un droit d’utilisation ; l’éditeur reste titulaire des droits sur le logiciel (CEJMA-02).

  2. Vrai. En régie, le client paie le temps réellement passé : si le travail dure plus longtemps, il paie plus.

  3. Faux. Le fournisseur gère le logiciel et l’infrastructure, mais le client reste responsable de ses données et de ses utilisateurs (qui accède, quoi, et comment récupérer les données en fin de contrat).

  4. Faux. Les normes sont d’application volontaire, sauf si un texte ou un contrat les impose (CEJM-13). Un client ou un appel d’offres peut toutefois l’exiger.

  5. Vrai. Ses spécifications sont publiques et utilisables sans restriction : il remplit la définition de l’article 4 de la LCEN.

  6. Faux. Jusqu’au 12/01/2027, des frais de changement sont permis s’ils ne dépassent pas les coûts directs du fournisseur (Data Act, art. 29 ; loi SREN, art. 27). À partir du 12/01/2027, plus aucun frais de changement ; le prix normal du service fourni et les pénalités de résiliation anticipée annoncées avant la signature restent dus (art. 2 du règlement).

  7. Faux. L’article 31 vise les administrations de l’État, leurs opérateurs et certains groupements d’intérêt public, pour des données d’une sensibilité particulière. Kervanet, entreprise privée, n’y est pas soumise.

  8. Vrai. Les grands groupes du numérique cumulent souvent ces activités.

Exercice 3

Lire les chiffres du marché

Calcul

Lucas prépare une diapositive sur le poids du secteur pour la réunion avec Kervanet.

Document 1 — Insee, Ésane, données 2023 (paru le 18/09/2025)

Secteur Entreprises Salariés (équivalent temps plein) Chiffre d’affaires HT (M€) Valeur ajoutée HT (M€)
Activités informatiques et services d’information 139 356 548 642 120 143 59 397
Télécommunications 3 363 137 953 69 982 30 249
Information et communication (total) 218 069 951 374 269 998 119 605

Document 2 — Numeum, bilan 2025 (communiqué du 18/12/2025)

Segment Chiffre d’affaires 2025 Évolution 2025
Entreprises de services du numérique 34,3 Md€ − 1,8 %
Éditeurs de logiciels et plateformes 29,1 Md€ + 8,2 %
Conseil en technologies 7,7 Md€ − 2,5 %

Travail à faire

  1. Calcule la part des activités informatiques dans le chiffre d’affaires du secteur « information et communication ».
  2. Calcule, pour l’informatique et pour les télécommunications, le chiffre d’affaires moyen par entreprise et le nombre moyen de salariés par entreprise. Que révèlent ces résultats sur la structure de chaque secteur ?
  3. Reconstitue le chiffre d’affaires 2024 des ESN et des éditeurs et plateformes. Quel segment a gagné du terrain ?
  4. Lucas écrit : « Le marché informatique pèse 120 + 71 = 191 milliards d’euros. » Explique pourquoi c’est une erreur.
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1. Part de l’informatique dans l’information et communication.

Part = 120 143 ÷ 269 998 × 100 ≈ 44,5 %. Près de la moitié du chiffre d’affaires du secteur « information et communication » vient des activités informatiques.

2. Taille moyenne des entreprises.

Informatique Télécommunications
Chiffre d’affaires moyen 120 143 ÷ 139 356 ≈ 0,86 M€ 69 982 ÷ 3 363 ≈ 20,8 M€
Salariés moyens (EQTP) 548 642 ÷ 139 356 ≈ 3,9 137 953 ÷ 3 363 ≈ 41,0

Interprétation. L’informatique est un secteur très éclaté : une entreprise moyenne compte moins de 4 salariés, car on y trouve de très nombreux indépendants et petites sociétés, à côté de quelques grands groupes. Les télécommunications sont concentrées : peu d’entreprises, beaucoup plus grandes, parce que construire et exploiter un réseau exige des investissements très lourds (barrière à l’entrée). Une moyenne cache toutefois de fortes inégalités de taille.

3. Chiffre d’affaires 2024 reconstitué.

Formule : CA 2024 = CA 2025 ÷ (1 + taux d’évolution).

  • ESN : 34,3 ÷ (1 − 0,018) ≈ 34,9 Md€.
  • Éditeurs et plateformes : 29,1 ÷ 1,082 ≈ 26,9 Md€.

L’écart entre les deux segments passe d’environ 34,9 − 26,9 = 8,0 Md€ en 2024 à 34,3 − 29,1 = 5,2 Md€ en 2025 : les éditeurs et plateformes gagnent du terrain, ce qui reflète le passage des clients vers des logiciels loués en ligne.

Piège

Pour retrouver une valeur de départ, on divise par (1 + taux) ; on ne retranche pas le pourcentage à la valeur d’arrivée : 34,3 × (1 + 0,018) ≈ 34,9 donne ici presque le même résultat, mais l’écart grandit avec des taux plus élevés (29,1 × 0,918 ≈ 26,7 au lieu de 26,9).

4. L’erreur de Lucas. Les deux sources n’ont ni le même champ, ni la même année : l’Insee mesure en 2023 le chiffre d’affaires des entreprises dont l’activité principale est informatique ; Numeum mesure en 2025 un marché qui inclut les éditeurs (que l’Insee classe dans l’édition) et le conseil en technologies. Les deux mesures se recouvrent en grande partie (les ESN sont dans les deux) : les additionner compte deux fois les mêmes entreprises. Il faut citer chaque chiffre avec sa source et sa date.

Exercice 4

Identifier les modèles économiques

Application

Voici des dépenses informatiques de Kervanet en 2026. Pour chacune, indique le modèle économique du fournisseur (licence perpétuelle, abonnement SaaS, régie, forfait de projet, infogérance, vente de matériel, abonnement d’accès au réseau), précise si la dépense est ponctuelle ou récurrente, et dis qui supporte le risque principal.

  1. Suite bureautique : 70 droits à 12,50 € HT par utilisateur et par mois.

  2. Logiciel de PAO : 2 licences à 420 € HT, payées en 2023.

  3. Contrat avec Vellacor : 9 800 € HT par mois, niveaux de service et pénalités.

  4. Intervention d’un technicien de Vellacor sur site, hors forfait, à 90 € HT de l’heure.

  5. Développement d’une nouvelle fonction de KerMaint sur devis, à prix fixé, livrable défini.

  6. Achat de 20 mini-PC à 749 € HT l’unité.

  7. Abonnement fibre du site des Sables-d’Olonne.

Calcule enfin le coût annuel de la suite bureautique et son coût sur quatre ans.

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Dépense Modèle du fournisseur Ponctuelle ou récurrente Risque principal supporté par…
a) Suite bureautique abonnement SaaS récurrente le fournisseur exploite le service ; le client supporte le coût cumulé et la dépendance
b) PAO licence perpétuelle ponctuelle le client (vieillissement du logiciel sans maintenance)
c) Contrat Vellacor infogérance récurrente le prestataire (pénalités si les niveaux de service ne sont pas tenus)
d) Intervention à 90 € HT/h régie ponctuelle le client (il paie le temps réellement passé)
e) Nouvelle fonction sur devis forfait de projet ponctuelle le prestataire (dépassement du temps prévu)
f) 20 mini-PC vente de matériel (constructeur, revendeur) ponctuelle le client, après la garantie
g) Fibre abonnement d’accès au réseau (opérateur) récurrente partagé : l’opérateur s’engage sur le service, le client sur la durée d’abonnement

Coût de la suite bureautique : 70 × 12,50 × 12 = 10 500 € HT par an ; sur quatre ans : 10 500 × 4 = 42 000 € HT.

Exercice 5

Forfait ou régie ?

Calcul et analyse

L’Atelier Marsault (menuiserie de 18 salariés à Parthenay, client de Vellacor) veut remplacer sa sauvegarde sur disque USB. Kevin Delpech estime le travail à 6 jours de technicien. Vellacor propose deux formules :

  • régie : 560 € HT par jour réellement passé ;
  • forfait : 3 900 € HT, pour une solution livrée, testée et documentée.

Le coût de revient d’une journée de technicien pour Vellacor est de 420 €.

  1. Calcule, pour une durée réelle de 5, 6 et 8 jours : le prix payé par le client et la marge de Vellacor dans chaque formule. Présente un tableau.
  2. Au-delà de combien de jours la régie coûterait-elle plus cher au client que le forfait ? Au-delà de combien de jours Vellacor perdrait-elle de l’argent avec le forfait ?
  3. Explique pourquoi le forfait est plus cher que la régie si l’estimation est exacte.
  4. Le gérant de l’Atelier Marsault « n’a pas encore bien défini ce qu’il veut sauvegarder ». Quelle formule conseilles-tu à chacune des deux parties ? Argumente.
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1. Tableau des résultats.

Formules : régie → prix = 560 × jours, marge = (560 − 420) × jours ; forfait → prix = 3 900, marge = 3 900 − 420 × jours.

Durée réelle Prix régie Marge régie Prix forfait Marge forfait
5 jours 2 800 € 700 € 3 900 € 1 800 €
6 jours 3 360 € 840 € 3 900 € 1 380 €
8 jours 4 480 € 1 120 € 3 900 € 540 €

2. Seuils.

  • Pour le client, la régie dépasse le forfait quand 560 × jours > 3 900, soit au-delà de 3 900 ÷ 560 ≈ 6,96 jours, donc dès le 7e jour.
  • Pour Vellacor, le forfait devient déficitaire quand 420 × jours > 3 900, soit au-delà de 3 900 ÷ 420 ≈ 9,3 jours.

3. Pourquoi le forfait est plus cher si l’estimation est exacte. Pour 6 jours, le forfait coûte 3 900 € contre 3 360 € en régie, soit environ 16 % de plus. Ce supplément est une prime de risque : au forfait, c’est Vellacor qui paie les jours supplémentaires ; elle se fait donc rémunérer ce risque. Le client paie la certitude du prix.

4. Conseil.

  • Pour l’Atelier Marsault : tant que le besoin n’est pas défini, un forfait est dangereux, car le prestataire livrera exactement ce qui est écrit, et chaque ajout fera l’objet d’un avenant. Mieux vaut d’abord une courte prestation en régie (une demi-journée à une journée) pour recenser les données à sauvegarder et rédiger le besoin, puis un forfait sur un périmètre précis.
  • Pour Vellacor : s’engager au forfait sur un besoin flou, c’est risquer le dépassement (à 8 jours, la marge tombe de 1 380 à 540 €). Elle a intérêt à proposer la même démarche : cadrage en régie, puis forfait avec un périmètre écrit (cahier des charges, CEJMA-03).
Piège

Ne conclus pas « le forfait est toujours mieux pour le prestataire » à partir du cas à 5 jours : la marge du forfait est plus forte seulement si le travail est rapide. Le bon choix dépend de la précision du besoin.

Exercice 6

Faut-il se faire certifier ?

Analyse

Situation. Une communauté de communes du Niortais lance un appel d’offres pour l’infogérance de ses 9 sites : 85 000 € HT par an pendant 3 ans. Le règlement de consultation précise que la certification ISO/IEC 27001 du candidat « sera valorisée » dans la note technique. Vellacor estime sa marge sur ce type de contrat à 22 %.

Hypothèses de coût de la certification (estimation d’un consultant, octobre 2026) : 38 000 € la première année (accompagnement, temps interne, audit de certification), puis 9 000 € par an pour les audits de surveillance des deux années suivantes.

  1. Rappelle ce qu’est une norme et en quoi la certification ISO/IEC 27001 diffère de la simple « inspiration » des normes que pratique Vellacor aujourd’hui.
  2. Calcule le coût de la certification sur trois ans et la marge totale du marché sur trois ans. Conclus sur le seul plan financier.
  3. Présente deux autres avantages et deux limites de la certification pour Vellacor.
  4. Pour l’API KerResa, Anaïs Lecoq a choisi REST, HTTP et JSON. Pour le stockage des documents de Kervanet, Vellacor recommande des formats de documents ouverts. Explique l’intérêt de ces choix pour Kervanet et pour Vellacor.
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1. Norme et certification. Une norme est un document de référence élaboré par consensus au sein d’un organisme de normalisation reconnu (ici l’ISO et la CEI), d’application volontaire. Aujourd’hui, Vellacor s’inspire d’ISO/IEC 27001 dans ses procédures, mais rien ne le prouve à un tiers. La certification est la vérification, par un organisme indépendant, que le système de management de la sécurité de l’information de Vellacor respecte toutes les exigences de la norme ; elle donne lieu à un certificat, maintenu par des audits de surveillance.

2. Calcul.

  • Coût de la certification sur 3 ans = 38 000 + 9 000 × 2 = 56 000 €.
  • Marge du marché sur 3 ans = 85 000 × 3 × 22 % = 56 100 €.

Sur le plan financier, un seul marché couvre tout juste le coût de la certification (écart de 100 €). Et la certification n’est que valorisée, pas exigée : elle ne garantit pas de gagner. La décision ne peut donc pas reposer sur ce seul marché.

3. Avantages et limites.

Avantages Limites
avantage concurrentiel durable : d’autres appels d’offres et des clients exigeants (questionnaires de sécurité) coût élevé pour une entreprise de 26 salariés, sans certitude de gagner des marchés
amélioration interne : procédures de sécurité formalisées, moins d’incidents, meilleure réponse aux assureurs charge administrative durable (documentation, indicateurs, audits annuels)
argument de confiance auprès de Kervanet, qui confie à Vellacor des données de 38 000 clients le certificat porte sur un périmètre : il ne prouve pas que tout est sûr

4. Standards ouverts.

  • Pour Kervanet : REST, HTTP et JSON sont des standards ouverts (spécifications publiques, utilisables par tous) ; un nouveau partenaire peut se raccorder à KerResa sans logiciel particulier, et Kervanet pourrait confier la maintenance de l’API à un autre prestataire : sa dépendance envers Vellacor est réduite. Les formats de documents ouverts garantissent que les documents resteront lisibles dans la durée, quel que soit l’éditeur.
  • Pour Vellacor : moins de développements spécifiques à chaque raccordement, réutilisation de bibliothèques existantes, compétences recherchées sur le marché du travail. Le revers : Vellacor « retient » moins son client par la technique ; elle doit le garder par la qualité du service, ce qui est un argument commercial (pas de verrouillage).
Exercice 7

Prestataire interne ou externe

Analyse

Yannick Le Floc’h, directeur général de Kervanet, se demande s’il faut recruter un technicien informatique au siège. Gwenaëlle Le Bihan a obtenu les éléments suivants (hypothèses d’octobre 2026) :

  • solution actuelle : forfait Vellacor de 9 800 € HT par mois, tout compris (7 sites, 8 h – 20 h, 7 jours sur 7, astreinte, TMA, sauvegarde) ;
  • solution mixte : un technicien salarié au siège (coût total employeur 46 000 € par an), et un forfait Vellacor réduit à 7 600 € HT par mois (Vellacor garde la supervision, l’astreinte, la TMA et la sauvegarde) ;
  • le contrat avec Vellacor court jusqu’au 28/02/2028.
  1. Distingue prestataire interne et prestataire externe à partir de cette situation.
  2. Calcule le coût annuel de chaque solution et l’écart en euros et en pourcentage.
  3. Présente les avantages et les inconvénients de la solution mixte pour Kervanet (au moins trois de chaque).
  4. Le forfait peut-il être réduit dès 2027 ? Indique la difficulté et le chapitre à mobiliser.
  5. Rédige la recommandation de Gwenaëlle en un paragraphe argumenté.
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1. Distinction. Le technicien recruté serait un prestataire interne : salarié de Kervanet, lié par un contrat de travail, sous l’autorité de son employeur. Vellacor est un prestataire externe : une autre entreprise, liée à Kervanet par un contrat commercial avec niveaux de service et pénalités.

2. Coûts annuels.

  • Solution actuelle : 9 800 × 12 = 117 600 €.
  • Solution mixte : 7 600 × 12 + 46 000 = 91 200 + 46 000 = 137 200 €.
  • Écart : 137 200 − 117 600 = 19 600 € de plus par an, soit 19 600 ÷ 117 600 × 100 ≈ 16,7 %.

3. Avantages et inconvénients de la solution mixte pour Kervanet.

Avantages Inconvénients
présence physique au siège, réactivité pour les petits incidents surcoût de 19 600 € par an
connaissance fine des métiers et des utilisateurs de Kervanet une seule personne : absences, congés, pas de couverture des 7 sites ni de 8 h à 20 h 7 jours sur 7
savoir-faire conservé en interne, meilleur pilotage du prestataire compétences limitées (réseau, sécurité, développement) ; formation à financer
partage des responsabilités plus flou entre le salarié et Vellacor en cas d’incident ; management d’un salarié isolé

4. Réduction du forfait dès 2027. Le contrat a été renouvelé pour 3 ans jusqu’au 28/02/2028 avec un forfait de 9 800 € HT : Kervanet ne peut pas le modifier seule. Il faut renégocier avec Vellacor (avenant) ou attendre l’échéance ; une rupture anticipée sans motif engagerait sa responsabilité. Ce sont les règles d’exécution et de modification du contrat (CEJMA-03, CEJMA-04, et CEJM-02 pour le droit commun).

5. Recommandation (exemple). « Je recommande de conserver l’externalisation complète chez Vellacor jusqu’au terme du contrat. La solution mixte coûterait 19 600 € de plus par an (+ 16,7 %) sans assurer la couverture des sept sites ni l’astreinte, qui resteraient à la charge de Vellacor. Le besoin de proximité exprimé par la direction peut être satisfait autrement : demander à Vellacor une demi-journée de présence hebdomadaire au siège dans le cadre de la renégociation de 2028, et désigner en interne un référent informatique chargé du pilotage du contrat et des priorités. La question du recrutement pourra être réexaminée avant le renouvellement de février 2028. »

Exercice 8

Quitter un fournisseur de nuage

Droit

Le Camping des Pins Bleus, client de Vellacor pour son site web, utilise depuis le 15 janvier 2026 un logiciel de réservation en ligne proposé à de nombreux campings par un fournisseur de nuage (appelé ici « fournisseur A »). Le gérant veut passer en 2027 au logiciel d’un autre fournisseur, mieux relié à son site. Il transmet à Vellacor un extrait du contrat :

Art. 12 — Fin du contrat. Le client peut résilier à tout moment avec un préavis de six mois. L’abonnement reste dû jusqu’au terme du préavis.

Art. 13 — Restitution. À la demande du client, ses données sont exportées dans le format interne du fournisseur, moyennant des frais de sortie de 2 500 € HT, majorés de 0,09 € HT par gigaoctet exporté.

Le camping dispose de 400 Go de données (réservations, clients, photos). Interrogé, le fournisseur A indique que l’export lui coûte « environ 6 heures de technicien à 85 € et 0,02 € par gigaoctet de bande passante ».

  1. Le contrat relève-t-il du règlement (UE) 2023/2854 sur les données (Data Act) ? Justifie (nature du service, date du contrat).
  2. Calcule les frais de sortie prévus par le contrat et le coût direct annoncé par le fournisseur.
  3. En suivant la méthode juridique (faits, problème, règles, application, solution), dis si le fournisseur A peut réclamer les frais de l’article 13 : a) si le changement a lieu en décembre 2026 ; b) s’il a lieu en mars 2027.
  4. L’article 12 (préavis de six mois) et le format d’export sont-ils conformes ? Que doit prévoir le contrat ?
  5. Que reste-t-il dû au fournisseur A dans tous les cas ? Propose au gérant un calendrier de changement.
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1. Champ du règlement. Le logiciel de réservation est proposé en ligne à de nombreux campings : c’est un service de traitement de données au sens du règlement (service de nuage de type SaaS), qui n’est ni développé sur mesure pour le seul camping ni une version d’essai. Le règlement est applicable depuis le 12/09/2025 et le contrat a été conclu le 15/01/2026 : les règles sur le changement de fournisseur (art. 23 à 31) s’appliquent.

2. Calculs.

  • Frais du contrat = 2 500 + 0,09 × 400 = 2 536 € HT.
  • Coût direct annoncé par le fournisseur = 6 × 85 + 0,02 × 400 = 510 + 8 = 518 €.

3. Raisonnement juridique.

  • Faits : un client professionnel veut quitter un fournisseur de service en nuage ; le contrat prévoit 2 536 € HT de frais de sortie, alors que le coût direct de l’export est de 518 €.
  • Problème : un fournisseur de nuage peut-il facturer à son client des frais de changement de fournisseur, et pour quel montant ?
  • Règles : le règlement (UE) 2023/2854 (art. 29) autorise, jusqu’au 12/01/2027, des frais de changement réduits, qui ne dépassent pas les coûts directement liés au changement ; à partir du 12/01/2027, aucun frais de changement ne peut être imposé. En France, la loi SREN (art. 27, applicable jusqu’au 12/01/2027) interdit aussi les frais de transfert et de changement supérieurs aux coûts réellement supportés et directement liés au changement.
  • Application :
      1. Changement en décembre 2026 : des frais sont possibles, mais limités aux coûts directs, soit environ 518 € selon le fournisseur lui-même ; les 2 536 € du contrat dépassent ce plafond d’environ 2 018 €. Le camping peut refuser de payer au-delà des coûts directs justifiés.
      1. Changement en mars 2027 : le processus a lieu après le 12/01/2027 : aucun frais de changement ne peut être facturé ; l’article 13 ne peut plus être appliqué sur ce point.
  • Solution : le fournisseur A ne peut pas réclamer 2 536 € ; au mieux 518 € en 2026, rien en 2027.

4. Préavis et format. Le règlement impose que le contrat prévoie un préavis de deux mois au plus pour lancer le changement de fournisseur (art. 25), une période de transition de 30 jours au plus (que le client peut prolonger une fois) pendant laquelle le service continue avec l’aide du fournisseur, la liste exhaustive des données exportables et une période d’au moins 30 jours pour les récupérer, puis leur effacement. Un préavis de six mois pour changer de fournisseur n’est donc pas conforme. Un export dans un « format interne » que le nouveau logiciel ne sait pas lire viderait le droit au changement de son intérêt : pour un logiciel en ligne, le règlement impose d’ailleurs un export dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine (art. 30) ; la loi SREN (art. 28) impose aussi des exigences de portabilité. Vellacor peut aider le camping à vérifier ce format avant la bascule.

5. Ce qui reste dû et calendrier. Restent dus le prix normal du service fourni jusqu’à la fin du contrat (préavis et transition compris) et les éventuelles pénalités de résiliation anticipée annoncées clairement avant la signature : la suppression vise les seuls frais de changement. Calendrier proposé : en novembre 2026, signer le contrat avec le nouveau fournisseur (en vérifiant sa clause de réversibilité) et tester un export de données ; notifier le changement début janvier 2027, avec un préavis de deux mois au plus, pour que le processus de changement se déroule après le 12/01/2027 ; prévoir la période de transition de 30 jours en basse saison (février-mars), avant l’ouverture de la saison.

Piège

Ne confonds pas frais de changement (interdits au 12/01/2027) et abonnement : un client qui part reste redevable du service dont il a bénéficié et de ce qu’il a contractuellement accepté. Et le règlement protège le client qui change ; il ne l’autorise pas à cesser de payer sans respecter la procédure.

Exercice 9

Où héberger KerResa ?

Analyse

Vellacor doit faire évoluer l’hébergement de l’API KerResa, qui gère toutes les réservations de Kervanet (données personnelles d’environ 38 000 clients ; besoins de sécurité validés le 16/10/2026 : disponibilité 4, intégrité 4, confidentialité 3, preuve 3, sur une échelle de 1 à 4). Deux offres d’hébergement en nuage (IaaS) sont comparées (hypothèses d’octobre 2026, même niveau de service annoncé, données stockées en France dans les deux cas) :

Offre Fournisseur Prix mensuel Particularités
1 filiale française d’un grand fournisseur non européen 1 450 € HT très large catalogue de services ; société mère soumise à un droit étranger à portée extraterritoriale
2 fournisseur français dont l’offre est qualifiée SecNumCloud 2 150 € HT catalogue plus réduit ; protection contractuelle et capitalistique contre les injonctions d’États non européens

Le délégué à la protection des données de Kervanet écrit : « Puisque la loi SREN impose un nuage souverain, nous devons prendre l’offre 2. »

  1. Définis la souveraineté numérique et explique le risque lié aux lois extraterritoriales.
  2. Le délégué a-t-il raison sur la loi SREN ? Justifie.
  3. Calcule le coût de chaque offre sur 3 ans, l’écart en euros et en pourcentage. Compare l’écart annuel au coût d’une heure d’arrêt de KerResa en haute saison (1 170 €, estimation de B1-05).
  4. Présente de façon nuancée les arguments en faveur de chaque offre.
  5. Formule une recommandation argumentée en appliquant la méthode « choisir un hébergement selon la sensibilité des données ».
Voir le corrigé détaillé

1. Souveraineté numérique. C’est la capacité d’un État, de l’Union européenne ou d’une organisation à maîtriser ses données, ses technologies et ses infrastructures et à décider des règles qui s’y appliquent. Le risque des lois extraterritoriales : certains États (par exemple les États-Unis avec le CLOUD Act de 2018) peuvent exiger d’un fournisseur soumis à leur droit qu’il communique des données qu’il contrôle, même stockées en France. La filiale française d’un groupe non européen peut donc être exposée à une injonction de sa société mère, même si les serveurs sont en France.

2. La loi SREN. Le délégué a tort : l’article 31 de la loi SREN ne vise que les administrations de l’État, leurs opérateurs et certains groupements d’intérêt public, pour des données d’une sensibilité particulière (secrets protégés par la loi, missions essentielles de l’État). Kervanet est une entreprise privée : aucun texte ne lui impose un nuage qualifié. Elle doit en revanche respecter le RGPD (sécurité adaptée, encadrement des transferts hors de l’Union : CEJMA-08).

3. Calculs.

  • Offre 1 : 1 450 × 36 = 52 200 € HT.
  • Offre 2 : 2 150 × 36 = 77 400 € HT.
  • Écart : 77 400 − 52 200 = 25 200 € HT sur 3 ans, soit 25 200 ÷ 52 200 × 100 ≈ 48 % de plus ; 8 400 € par an.
  • Comparaison : 8 400 ÷ 1 170 ≈ 7,2 heures d’arrêt de KerResa en haute saison.

Interprétation : le surcoût est important en pourcentage, mais modeste à l’échelle des enjeux : il équivaut à environ 7 heures de panne des réservations par an.

4. Arguments nuancés.

Offre 1 (fournisseur non européen) Offre 2 (qualifiée SecNumCloud)
Pour prix plus bas (− 8 400 €/an) ; catalogue très riche (outils, montée en charge) ; données stockées en France ; fournisseur solide protection contre les injonctions d’États non européens ; niveau de sécurité évalué par l’ANSSI (qualification de 3 ans) ; argument de confiance auprès des clients de Kervanet
Contre exposition au droit extraterritorial ; risque de verrouillage si Vellacor utilise des services propres au fournisseur 48 % plus chère ; catalogue plus réduit ; la qualification porte sur l’infrastructure, pas sur la sécurité de KerResa elle-même

Les données de KerResa sont personnelles et la confidentialité est cotée 3 sur 4 (importante, mais pas « secrète ») ; la disponibilité et l’intégrité (4 sur 4) sont les besoins les plus forts, et elles dépendent surtout de la qualité de l’exploitation et de l’architecture, pas de la nationalité du fournisseur.

5. Recommandation (exemple).

  1. Données : données personnelles de clients (pas de données de santé ni de secret d’État) ; besoins D 4, I 4, C 3, P 3.
  2. Obligations : RGPD ; aucune obligation légale de nuage qualifié pour une entreprise privée.
  3. Offres : l’offre 1 est moins chère et plus riche ; l’offre 2 protège mieux contre les lois étrangères.
  4. Proportionner : « L’obligation légale n’existe pas, mais le fichier de 38 000 clients est le capital de Kervanet. Les deux offres sont défendables. Je recommande l’offre 2 si la direction veut faire de la protection des données un argument commercial et accepte 8 400 € de plus par an, l’équivalent de sept heures de panne ; sinon l’offre 1, à condition de chiffrer les données avec des clés gérées par Vellacor, de n’utiliser que des services standard pour pouvoir partir, et de faire valider les transferts éventuels hors de l’Union par le délégué à la protection des données. »
  5. Sortie : dans les deux cas, clause de réversibilité, export testé et architecture fondée sur des standards ouverts (KerResa est déjà une API REST/JSON).
Piège

Une bonne réponse ne dit pas « le nuage américain est dangereux » ni « la souveraineté est du protectionnisme » : elle relie le choix à la sensibilité des données, aux obligations réelles et au coût.

Exercice 10

Vellacor face au nuage

Entraînement E4

Entraînement au format de l’épreuve E4 « Culture économique, juridique et managériale pour l’informatique » (version réduite : la base documentaire de l’épreuve compte une dizaine de pages). Durée conseillée : 1 h 30. Réponds de façon construite et argumentée, en mobilisant les notions du cours et les documents.

Situation. Vellacor Services Numériques (SAS, Niort, 26 salariés, chiffre d’affaires 2025 : 2 480 000 € HT) vend de l’infogérance et du support (52 % du chiffre d’affaires), du développement et de la TMA (33 %) et de l’hébergement et de la sauvegarde (15 %). Son offre d’hébergement repose sur des serveurs installés dans sa salle technique de Niort et sur un second site chez un partenaire de Poitiers. Les serveurs de Niort arrivent en fin de vie ; une décision doit être prise avant le 31/12/2026 pour 2027-2029. Hélène Cazenave, présidente, te confie l’analyse.

Annexe 1 — Courriel de Hélène Cazenave (19 octobre 2026)

Bonjour, Trois possibilités : renouveler nos serveurs, louer de l’infrastructure chez un grand fournisseur de nuage non européen, ou chez un fournisseur français qualifié SecNumCloud. Nos clients nous demandent de plus en plus où sont leurs données, et deux collectivités de la région nous sollicitent. Mais je ne veux pas que Vellacor devienne prisonnière d’un géant. Prépare-moi une analyse et une recommandation pour le comité du 9 novembre. Hélène

Annexe 2 — Données internes de Vellacor (octobre 2026, hypothèses)

  • 23 clients d’hébergement (dont Kervanet : site web, API KerResa et sauvegardes) ; chiffre d’affaires de l’activité en 2025 : 15 % du total.
  • Enquête de septembre 2026 auprès des 23 clients : 9 souhaitent une « garantie d’hébergement en France et protection contre les lois étrangères » et accepteraient une hausse de prix de 6 %.
  • Deux collectivités (prospects) exigent un hébergement protégé des lois extraterritoriales : chiffre d’affaires attendu 18 000 € HT par an chacune, marge estimée 35 %.
  • Compétences : l’équipe de Thomas Guéguen maîtrise Proxmox VE et Linux ; aucune expérience des outils propres aux grands fournisseurs de nuage.
Annexe 3 — Coûts annuels de l’infrastructure d’hébergement, 2027-2029 (devis et estimations)
Option Description Coût annuel
A — Renouveler serveurs neufs (120 000 € HT amortis sur 5 ans) ; énergie, maintenance, locaux 30 000 € par an 24 000 + 30 000 €
B — Fournisseur non européen serveurs virtuels loués 3 900 € HT par mois ; frais de transfert de données estimés 4 000 € par an 46 800 + 4 000 €
C — Fournisseur qualifié SecNumCloud serveurs virtuels loués 5 600 € HT par mois, transferts inclus 67 200 €

Annexe 4 — Le marché du nuage (synthèse de sources officielles)

  • Autorité de la concurrence, avis n° 23-A-08 du 29/06/2023 : en France en 2021, Amazon et Microsoft captaient respectivement 46 % et 17 % des revenus des services d’infrastructure et de plateforme en nuage ; les trois principaux fournisseurs ont capté 80 % de la croissance des dépenses de nuage public ; l’Autorité relève des risques de verrouillage (frais de sortie potentiellement déconnectés des coûts, crédits gratuits, obstacles techniques à la migration).
  • Numeum, 18/12/2025 : en 2025, chiffre d’affaires des ESN 34,3 Md€ (− 1,8 %), des éditeurs de logiciels et plateformes 29,1 Md€ (+ 8,2 %).
  • ANSSI, FAQ SecNumCloud : qualification valable 3 ans ; la version actuelle du référentiel vise notamment à résister à une injonction d’un État non membre de l’UE fondée sur l’extraterritorialité de son droit ; le schéma européen équivalent (EUCS) n’est pas finalisé.

Annexe 5 — Fiche juridique : changer de fournisseur de nuage (à jour au 20/10/2026)

  • Règlement (UE) 2023/2854 sur les données, applicable depuis le 12/09/2025 : le fournisseur ne doit pas faire obstacle au changement de fournisseur ; contrat écrit avec préavis de deux mois au plus, période de transition de 30 jours au plus (prolongeable une fois par le client), liste des données exportables, au moins 30 jours pour récupérer les données ; frais de changement limités aux coûts directs jusqu’au 12/01/2027, supprimés à partir du 12/01/2027 (hors prix normal du service et pénalités de résiliation anticipée annoncées).
  • Loi n° 2024-449 du 21/05/2024 (SREN) : crédits gratuits limités à un an et sans exclusivité (art. L442-12 C. com.) ; frais de transfert limités aux coûts jusqu’au 12/01/2027 ; obligations d’interopérabilité et de portabilité.
  • Loi SREN, art. 31 : les administrations de l’État et leurs opérateurs qui confient des données d’une sensibilité particulière à un nuage privé doivent les protéger contre les accès non autorisés d’autorités d’États tiers.

Travail à faire

  1. (Économie) Identifie les acteurs de l’industrie informatique présents dans la situation et situe Vellacor dans la chaîne de valeur. Quel est le modèle économique de son activité d’hébergement ?
  2. (Économie) À partir de l’annexe 4, caractérise la structure du marché du nuage et explique pourquoi elle expose les clients à un risque de dépendance.
  3. (Économie — calcul) Calcule le coût de chaque option sur 2027-2029 et le poids de son coût annuel dans le chiffre d’affaires d’hébergement de 2025. Calcule ensuite le surcoût annuel de l’option C par rapport à l’option B et vérifie s’il peut être couvert par la hausse de prix acceptée par les 9 clients et par la marge des deux collectivités.
  4. (Droit) Si Vellacor choisit l’option B, quelles règles lui permettront de quitter ce fournisseur plus tard, et à quelles conditions ? Les collectivités sont-elles soumises à l’article 31 de la loi SREN ? Qu’en déduis-tu pour l’offre de Vellacor ?
  5. (Management) Présente les avantages et les limites de chaque option pour Vellacor, puis rédige une recommandation argumentée à Hélène Cazenave (une dizaine de lignes), en tenant compte des compétences de l’équipe et du risque de dépendance.
Voir le corrigé détaillé

1. Acteurs et position de Vellacor.

Les acteurs présents : Vellacor (ESN, intégrateur, hébergeur) ; ses clients (23 clients d’hébergement, dont Kervanet, et deux collectivités prospects) ; le partenaire de Poitiers (hébergeur) ; les constructeurs des serveurs (option A) ; un fournisseur de nuage non européen (option B) et un fournisseur français qualifié SecNumCloud (option C) ; l’ANSSI (autorité qui qualifie les offres).

Dans la chaîne de valeur, Vellacor se situe entre les producteurs d’infrastructure (constructeurs ou fournisseurs de nuage) et ses clients : elle ajoute l’exploitation, la sauvegarde, l’assistance et la proximité. Si elle choisit B ou C, elle cesse d’exploiter ses propres serveurs et devient un intégrateur-revendeur de services de nuage : elle loue l’infrastructure et revend un service géré.

Modèle économique de l’hébergement : un abonnement récurrent (prix mensuel par client) avec des engagements de service, proche de l’infogérance ; il apporte de la visibilité (15 % du chiffre d’affaires, soit 2 480 000 × 15 % = 372 000 € en 2025).

2. Structure du marché du nuage et dépendance.

Le marché du nuage est concentré : selon l’Autorité de la concurrence, en France en 2021, Amazon et Microsoft captaient à eux deux 46 + 17 = 63 % des revenus d’infrastructure et de plateforme, et les trois premiers fournisseurs ont capté 80 % de la croissance. Cette concentration s’explique par les économies d’échelle (centres de données coûteux, mieux rentabilisés par les plus grands) et les effets de réseau (les éditeurs proposent leurs logiciels sur les plateformes les plus utilisées, ce qui attire de nouveaux clients). Dans ce marché, le client est exposé au verrouillage : formats et services propriétaires, frais de sortie « potentiellement déconnectés des coûts », crédits gratuits qui attirent puis retiennent, compétences centrées sur un seul écosystème. Le fournisseur dominant dispose alors d’un fort pouvoir de négociation au moment du renouvellement. La croissance des éditeurs et plateformes (+ 8,2 % en 2025 selon Numeum) contre − 1,8 % pour les ESN montre que la valeur se déplace vers ces acteurs.

3. Calculs.

Option Coût annuel Coût 2027-2029 Poids dans le CA d’hébergement 2025 (372 000 €)
A — Renouveler 24 000 + 30 000 = 54 000 € 162 000 € 54 000 ÷ 372 000 ≈ 14,5 %
B — Non européen 46 800 + 4 000 = 50 800 € 152 400 € ≈ 13,7 %
C — SecNumCloud 67 200 € 201 600 € ≈ 18,1 %

Surcoût annuel de C par rapport à B = 67 200 − 50 800 = 16 400 €.

Ressources supplémentaires possibles avec l’option C :

  • hausse de 6 % pour les 9 clients demandeurs : chiffre d’affaires moyen d’un client = 372 000 ÷ 23 ≈ 16 174 € ; hausse = 9 × 16 174 × 6 % ≈ 8 734 € par an ;
  • marge des deux collectivités : 2 × 18 000 × 35 % = 12 600 € par an.

Total ≈ 8 734 + 12 600 = 21 334 € par an, supérieur au surcoût de 16 400 € : l’option C est couverte si les deux collectivités signent. Sans elles, la hausse de prix ne couvre qu’environ la moitié du surcoût (8 734 ÷ 16 400 ≈ 53 %).

Piège

Les 12 600 € des collectivités sont une marge espérée sur des prospects, pas un chiffre d’affaires acquis. Une bonne réponse signale cette incertitude au lieu de présenter l’option C comme « rentable » sans réserve.

4. Droit.

  • Quitter le fournisseur de l’option B : le règlement (UE) 2023/2854 s’applique aux contrats de services de nuage depuis le 12/09/2025 : le fournisseur ne doit pas faire obstacle au changement ; le contrat doit prévoir un préavis de deux mois au plus, une transition de 30 jours au plus (prolongeable une fois par le client), la liste des données exportables et au moins 30 jours pour les récupérer ; à partir du 12/01/2027, aucun frais de changement ne peut être facturé (jusque-là, seulement les coûts directs, règle reprise par la loi SREN). Conditions : Vellacor doit respecter la procédure, payer le prix normal du service et les pénalités de résiliation anticipée éventuellement annoncées, et surtout éviter les services propres au fournisseur, sans quoi la sortie restera techniquement coûteuse malgré le droit. Les crédits gratuits proposés à l’entrée sont limités à un an et sans exclusivité (art. L442-12 C. com.).
  • Les collectivités et l’article 31 de la loi SREN : cet article vise les administrations de l’État, leurs opérateurs et certains groupements d’intérêt public ; une collectivité territoriale n’en fait pas partie (voir aussi l’annexe 5). Ses exigences viennent donc ici de son cahier des charges (choix de l’acheteur), pas de la loi. Conséquence pour Vellacor : ces exigences sont un choix commercial des clients ; elles dessinent un marché de la « confiance », que seule l’option C permet d’atteindre. Vellacor devra aussi offrir à ses propres clients une clause de réversibilité (CEJMA-03).

5. Avantages, limites et recommandation.

Option Avantages Limites
A — Renouveler maîtrise complète ; compétences actuelles (Proxmox, Linux) ; pas de dépendance à un fournisseur de nuage investissement de 120 000 € à financer ; Vellacor porte seule les risques physiques (panne, sinistre) ; pas de qualification, donc pas d’accès aux collectivités
B — Non européen coût le plus bas (152 400 €) ; souplesse, catalogue riche dépendance à un acteur dominant ; exposition aux lois extraterritoriales ; nouvelles compétences à acquérir ; ne répond pas aux 9 clients ni aux collectivités
C — SecNumCloud répond à la demande des 9 clients et des collectivités ; argument de confiance ; sécurité évaluée par l’ANSSI coût le plus élevé (+ 16 400 €/an par rapport à B) ; rentabilité dépendante de deux prospects ; catalogue plus réduit

Recommandation (exemple de réponse argumentée).

« Je recommande l’option C, avec deux précautions. Le marché du nuage est concentré : confier toute l’activité d’hébergement à un fournisseur dominant (option B) ferait dépendre Vellacor d’un acteur qui fixe ses prix et ses conditions, alors que la proximité et la confiance sont nos meilleurs arguments face aux grandes ESN. L’option C coûte 16 400 € de plus par an que l’option B, mais elle répond à la demande de 9 clients sur 23, prêts à payer 6 % de plus (environ 8 700 € par an), et elle seule ouvre le marché des deux collectivités (environ 12 600 € de marge par an) : le surcoût serait couvert si elles signent. Première précaution : négocier un engagement d’un an seulement, puis attendre la signature d’au moins une collectivité avant d’y migrer tous les clients. Seconde précaution : n’utiliser que des outils standard, compatibles avec ceux que l’équipe de Thomas Guéguen maîtrise, afin de pouvoir changer de fournisseur ; le règlement européen sur les données supprime d’ailleurs les frais de changement à partir du 12 janvier 2027. Si aucune collectivité ne signe d’ici l’été 2027, l’option C resterait réservée aux clients qui la demandent et la paient, les autres pouvant être hébergés sur une offre moins chère. »

Astuce

Le correcteur de l’E4 évalue moins la décision choisie que la qualité de l’argumentation : notions définies, documents exploités (avec chiffres et sources), calculs interprétés, nuances (avantages et limites), conclusion claire. Une recommandation en faveur de l’option A ou B peut être aussi bien notée si elle est justifiée de cette façon.

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