1. Acteurs et position de Vellacor.
Les acteurs présents : Vellacor (ESN, intégrateur,
hébergeur) ; ses clients (23 clients
d’hébergement, dont Kervanet, et deux collectivités prospects) ; le
partenaire de Poitiers (hébergeur) ; les
constructeurs des serveurs (option A) ; un
fournisseur de nuage non européen (option B) et un
fournisseur français qualifié SecNumCloud (option C) ; l’ANSSI (autorité
qui qualifie les offres).
Dans la chaîne de valeur, Vellacor se situe entre
les producteurs d’infrastructure (constructeurs ou fournisseurs de
nuage) et ses clients : elle ajoute l’exploitation, la sauvegarde,
l’assistance et la proximité. Si elle choisit B ou C, elle cesse
d’exploiter ses propres serveurs et devient un
intégrateur-revendeur de services de nuage : elle loue
l’infrastructure et revend un service géré.
Modèle économique de l’hébergement : un
abonnement récurrent (prix mensuel par client) avec des
engagements de service, proche de l’infogérance ; il apporte de la
visibilité (15 % du chiffre d’affaires, soit 2 480 000 × 15 % =
372 000 € en 2025).
2. Structure du marché du nuage et dépendance.
Le marché du nuage est concentré : selon l’Autorité
de la concurrence, en France en 2021, Amazon et Microsoft captaient à
eux deux 46 + 17 = 63 % des revenus d’infrastructure et
de plateforme, et les trois premiers fournisseurs ont capté 80 % de la
croissance. Cette concentration s’explique par les économies
d’échelle (centres de données coûteux, mieux rentabilisés par
les plus grands) et les effets de réseau (les éditeurs
proposent leurs logiciels sur les plateformes les plus utilisées, ce qui
attire de nouveaux clients). Dans ce marché, le client est exposé au
verrouillage : formats et services propriétaires, frais
de sortie « potentiellement déconnectés des coûts », crédits gratuits
qui attirent puis retiennent, compétences centrées sur un seul
écosystème. Le fournisseur dominant dispose alors d’un fort
pouvoir de négociation au moment du renouvellement. La
croissance des éditeurs et plateformes (+ 8,2 % en 2025 selon Numeum)
contre − 1,8 % pour les ESN montre que la valeur se déplace vers ces
acteurs.
3. Calculs.
| A — Renouveler |
24 000 + 30 000 = 54 000 € |
162 000 € |
54 000 ÷ 372 000 ≈ 14,5 % |
| B — Non européen |
46 800 + 4 000 = 50 800 € |
152 400 € |
≈ 13,7 % |
| C — SecNumCloud |
67 200 € |
201 600 € |
≈ 18,1 % |
Surcoût annuel de C par rapport à B = 67 200 − 50 800 = 16
400 €.
Ressources supplémentaires possibles avec l’option C :
- hausse de 6 % pour les 9 clients demandeurs : chiffre d’affaires
moyen d’un client = 372 000 ÷ 23 ≈ 16 174 € ; hausse = 9 × 16 174 × 6 %
≈ 8 734 € par an ;
- marge des deux collectivités : 2 × 18 000 × 35 % = 12 600
€ par an.
Total ≈ 8 734 + 12 600 = 21 334 € par an, supérieur
au surcoût de 16 400 € : l’option C est couverte si les
deux collectivités signent. Sans elles, la hausse de prix ne couvre
qu’environ la moitié du surcoût (8 734 ÷ 16 400 ≈ 53 %).
Piège
Les 12 600 € des collectivités sont une marge
espérée sur des prospects, pas un chiffre d’affaires acquis.
Une bonne réponse signale cette incertitude au lieu de présenter
l’option C comme « rentable » sans réserve.
4. Droit.
- Quitter le fournisseur de l’option B : le règlement
(UE) 2023/2854 s’applique aux contrats de services de nuage
depuis le 12/09/2025 : le fournisseur ne doit pas faire obstacle au
changement ; le contrat doit prévoir un préavis de deux mois au plus,
une transition de 30 jours au plus (prolongeable une fois par le
client), la liste des données exportables et au moins 30 jours pour les
récupérer ; à partir du 12/01/2027, aucun frais de
changement ne peut être facturé (jusque-là, seulement les coûts directs,
règle reprise par la loi SREN). Conditions : Vellacor doit
respecter la procédure, payer le prix normal du service
et les pénalités de résiliation anticipée éventuellement annoncées, et
surtout éviter les services propres au fournisseur,
sans quoi la sortie restera techniquement coûteuse malgré le droit. Les
crédits gratuits proposés à l’entrée sont limités à un an et sans
exclusivité (art. L442-12 C. com.).
- Les collectivités et l’article 31 de la loi SREN : cet
article vise les administrations de l’État, leurs
opérateurs et certains groupements d’intérêt public ; une collectivité
territoriale n’en fait pas partie (voir aussi l’annexe 5). Ses exigences
viennent donc ici de son cahier des charges (choix de
l’acheteur), pas de la loi. Conséquence pour Vellacor : ces exigences
sont un choix commercial des clients ; elles dessinent
un marché de la « confiance », que seule l’option C permet d’atteindre.
Vellacor devra aussi offrir à ses propres clients une clause de
réversibilité (CEJMA-03).
5. Avantages, limites et recommandation.
| A — Renouveler |
maîtrise complète ; compétences actuelles (Proxmox, Linux) ; pas de
dépendance à un fournisseur de nuage |
investissement de 120 000 € à financer ; Vellacor porte seule les
risques physiques (panne, sinistre) ; pas de qualification, donc pas
d’accès aux collectivités |
| B — Non européen |
coût le plus bas (152 400 €) ; souplesse, catalogue riche |
dépendance à un acteur dominant ; exposition aux lois
extraterritoriales ; nouvelles compétences à acquérir ; ne répond pas
aux 9 clients ni aux collectivités |
| C — SecNumCloud |
répond à la demande des 9 clients et des collectivités ; argument de
confiance ; sécurité évaluée par l’ANSSI |
coût le plus élevé (+ 16 400 €/an par rapport à B) ; rentabilité
dépendante de deux prospects ; catalogue plus réduit |
Recommandation (exemple de réponse argumentée).
« Je recommande l’option C, avec deux précautions.
Le marché du nuage est concentré : confier toute l’activité
d’hébergement à un fournisseur dominant (option B) ferait dépendre
Vellacor d’un acteur qui fixe ses prix et ses conditions, alors que la
proximité et la confiance sont nos meilleurs arguments face aux grandes
ESN. L’option C coûte 16 400 € de plus par an que l’option B, mais elle
répond à la demande de 9 clients sur 23, prêts à payer 6 % de plus
(environ 8 700 € par an), et elle seule ouvre le marché des deux
collectivités (environ 12 600 € de marge par an) : le surcoût serait
couvert si elles signent. Première précaution : négocier un engagement
d’un an seulement, puis attendre la signature d’au moins une
collectivité avant d’y migrer tous les clients. Seconde précaution :
n’utiliser que des outils standard, compatibles avec ceux que l’équipe
de Thomas Guéguen maîtrise, afin de pouvoir changer de fournisseur ; le
règlement européen sur les données supprime d’ailleurs les frais de
changement à partir du 12 janvier 2027. Si aucune collectivité ne signe
d’ici l’été 2027, l’option C resterait réservée aux clients qui la
demandent et la paient, les autres pouvant être hébergés sur une offre
moins chère. »
Astuce
Le correcteur de l’E4 évalue moins la décision choisie que la
qualité de l’argumentation : notions définies,
documents exploités (avec chiffres et sources), calculs interprétés,
nuances (avantages et limites), conclusion claire. Une recommandation en
faveur de l’option A ou B peut être aussi bien notée si elle est
justifiée de cette façon.