1. Du système d’information au système informatique
Avant de dépanner, d’installer ou de sécuriser quoi que ce soit, il faut savoir de quoi est fait le système que l’on te confie. Ce chapitre pose le vocabulaire de base de tout le BTS : ce qu’est un système d’information, ce qu’est sa partie informatique et comment en dresser la liste des ressources.
ALucas et Sarah chez Kervanet
Lundi 5 octobre 2026, Julien Maréchal, responsable infrastructure chez Vellacor Services Numériques, réunit ses deux alternants de BTS SIO. Lucas Ferrandi suit l’option SISR (systèmes et réseaux), Sarah Cherif l’option SLAM (développement). Vellacor, entreprise de services du numérique (ESN) de Niort, gère l’informatique de son principal client, Kervanet Hôtels & Résidences : 7 établissements sur la côte atlantique, 370 chambres et logements, environ 140 salariés.
Julien leur confie deux demandes de Gwenaëlle Le Bihan, la directrice administrative et financière de Kervanet :
- les 20 postes de réception achetés en 2020 sont lents et hors garantie : il faut décrire précisément ce qu’ils contiennent, puis vérifier que le modèle proposé pour les remplacer convient ;
- la direction veut savoir si les deux serveurs du siège peuvent accueillir de nouveaux services, dont une plateforme de recette pour KerMaint, l’application de maintenance des bâtiments développée par Vellacor.
« Avant de répondre, leur dit Julien, il faut savoir de quoi on parle : quel matériel, quels systèmes, quels logiciels, quelles machines virtuelles. » C’est l’objet de ce chapitre. L’inventaire complet du parc avec un outil de gestion des actifs fait l’objet du chapitre B1-03.
BLe système d’information
Un hôtel vit d’informations : une réservation, une arrivée, une facture, une fuite signalée dans une chambre. Ces informations sont recueillies, conservées, utilisées et transmises par des personnes qui suivent des règles et utilisent des outils. Cet ensemble forme le système d’information.
Système d'information (SI)
Le système d’information d’une organisation est l’ensemble organisé de ressources (personnes, procédures, informations, matériels et logiciels) qui permet de collecter, mémoriser, traiter et diffuser l’information utile à son activité et à ses décisions.
Les quatre fonctions se retrouvent dans chaque processus. Quand un client réserve une chambre sur le site web de Kervanet, sa demande est collectée (formulaire), mémorisée (base des réservations), traitée (contrôle des disponibilités, calcul du prix) et diffusée (courriel de confirmation, planning de la réception). Le SI n’est donc pas qu’une affaire de machines : une réceptionniste qui note une demande au téléphone et une procédure d’arrivée affichée au comptoir en font aussi partie. Le rôle du SI dans le management de l’organisation est étudié en CEJM (revois CEJM-16).
CLe système informatique
Système informatique
Le système informatique est la partie technique du système d’information : les matériels (postes, terminaux mobiles, serveurs, équipements réseau), les logiciels (systèmes d’exploitation et applications), le réseau qui les relie et les données enregistrées qu’ils traitent.
Le système informatique automatise une partie du SI. Il ne le remplace jamais entièrement : il faut toujours des personnes pour saisir, décider et contrôler, et des procédures pour dire qui fait quoi.
| Système d’information | Système informatique | |
|---|---|---|
| Nature | organisationnelle et technique | technique |
| Composants | personnes, procédures, informations, outils | matériels, logiciels, réseau, données enregistrées |
| Exemple chez Kervanet | la procédure de réservation, de l’appel du client jusqu’à la facture | le site web, l’API KerResa, le logiciel de gestion hôtelière, les postes de réception |
| Qui en est responsable | la direction (Gwenaëlle Le Bihan pour Kervanet) | le service informatique ou le prestataire (Vellacor) |
Le technicien SIO travaille sur le système informatique, mais toujours au service du SI : un serveur n’a de valeur que par les informations qu’il traite et les personnes qu’il aide. C’est pourquoi on décrit toujours une ressource avec son usage (qui s’en sert, pour quoi faire).
DLes ressources numériques à recenser
La première compétence du bloc 1 demande de recenser et identifier les ressources numériques. Recenser, c’est dresser la liste complète ; identifier, c’est dire précisément ce qu’est chaque ressource et à quoi elle sert.
Ressource numérique
Une ressource numérique est tout élément du système informatique que l’organisation utilise et doit gérer : un équipement (poste, serveur, borne Wi-Fi), un logiciel et sa licence, un service (messagerie, application en ligne), des données, mais aussi un compte d’accès ou un nom de domaine.
| Famille | Ce qu’on y range | Exemples chez Kervanet |
|---|---|---|
| Équipements utilisateur | postes fixes et portables, tablettes, smartphones, imprimantes | 64 postes Windows 11, 14 tablettes Android |
| Serveurs | machines physiques et machines virtuelles qui rendent des services | 2 hyperviseurs au siège, 5 machines virtuelles |
| Équipements réseau | pare-feu, commutateurs, bornes Wi-Fi, liens Internet | un pare-feu OPNsense par site, VPN vers le siège (chapitre B1-02) |
| Logiciels | systèmes d’exploitation, applications installées ou en ligne | Windows 11, Debian 13, KerMaint, logiciel de gestion hôtelière en ligne |
| Données et services | bases de données, fichiers partagés, sauvegardes | base de KerMaint, fichiers du siège, sauvegarde nocturne vers Niort |
| Identités et accès | comptes, groupes, certificats, noms de domaine | annuaire corp.kervanet-hotels.example (chapitre
B1-04) |
Pour chaque ressource, une même série d’informations permet de l’identifier sans ambiguïté.
Identifier une ressource numérique
- Lui donner un identifiant unique : un nom selon la
convention de l’organisation (
KV-ROY-REC01= Kervanet, Royan, réception, poste n° 1) et, pour un matériel, son numéro de série. - Dire ce qu’elle est : type (poste, serveur physique ou virtuel, logiciel…), marque et modèle, caractéristiques principales (processeur, mémoire, stockage, système et version).
- Dire où elle est et qui l’utilise : site, service, utilisateur principal.
- Dire à quoi elle sert et ce qui en dépend : services rendus, applications, autres ressources (une machine virtuelle dépend de son hyperviseur).
- Évaluer sa criticité : que se passe-t-il si elle s’arrête ? (un poste de réception en panne ralentit les arrivées ; le serveur de KerMaint en panne bloque la maintenance des 7 sites).
- Dater et sourcer l’information : relevé à la main, commande, outil d’inventaire (chapitre B1-03).
Dans la suite du chapitre, tu apprends à remplir les étapes 2 et 4 : décrire un matériel, un système d’exploitation, un logiciel ou une machine virtuelle avec les bons mots.
2. Les composants d’un ordinateur
Un poste de réception, une tablette et un serveur sont construits sur le même principe : un processeur qui calcule, une mémoire de travail, un stockage durable et des échanges avec l’extérieur. Connaître chaque composant permet de lire une fiche technique, de dimensionner un achat et de comprendre une panne.
ALe principe de fonctionnement
Tout ordinateur fait la même chose : il reçoit des données (entrées), les traite selon les instructions d’un programme et produit un résultat (sorties). Le programme et les données en cours de traitement sont placés dans une mémoire de travail ; ce qui doit être conservé est écrit sur un stockage durable.
| Composant | Rôle | Caractéristiques à relever |
|---|---|---|
| Processeur (CPU) | exécuter les instructions des programmes | architecture (x86-64, ARM), nombre de cœurs et de threads, fréquence |
| Mémoire vive (RAM) | contenir les programmes et les données en cours d’usage | capacité, type (DDR4, DDR5), correction d’erreurs (ECC) |
| Stockage | conserver le système, les logiciels et les fichiers hors tension | type (SSD, disque dur), capacité, interface (SATA, NVMe) |
| Carte mère | relier les composants, fournir les connecteurs | format, ports, emplacements libres |
| Microprogramme (UEFI) | tester le matériel et lancer le système | démarrage sécurisé activé ou non |
| Puce TPM | conserver des secrets de sécurité (clés de chiffrement) | version (2.0 exigée par Windows 11) |
| Interface réseau | échanger avec le réseau | Ethernet (débit), Wi-Fi (norme) |
| Périphériques | entrées et sorties | écran, clavier, lecteur, imprimante, ports USB et vidéo |
BLe processeur
Processeur, cœur et thread
- Le processeur (CPU, central processing unit) exécute les instructions des programmes, une à une, à très grande vitesse.
- Un cœur est une unité de calcul complète à l’intérieur du processeur : un processeur à 6 cœurs peut exécuter 6 suites d’instructions en même temps.
- Un thread (fil d’exécution) est une suite d’instructions qu’un cœur peut prendre en charge. Grâce au multithreading, un cœur peut traiter deux threads à la fois, en partageant ses unités de calcul : un processeur « 6 cœurs / 12 threads » apparaît comme 12 processeurs logiques pour le système.
Quatre caractéristiques se lisent sur une fiche technique :
- l’architecture : la famille d’instructions que comprend le processeur. Les postes et les serveurs utilisent surtout l’architecture x86-64 (processeurs Intel et AMD) ; les smartphones, les tablettes et certains portables utilisent l’architecture ARM. Un programme compilé pour l’une ne fonctionne pas directement sur l’autre ;
- le nombre de cœurs et de threads : il compte quand plusieurs programmes tournent en même temps, ce qui est le cas sur un serveur ;
- la fréquence, en gigahertz (GHz) : le nombre de cycles par seconde. Elle ne permet de comparer que deux processeurs d’une même génération ;
- la mémoire cache : une petite mémoire très rapide intégrée au processeur, qui garde les données les plus utilisées.
Les processeurs actuels sont des processeurs 64 bits : ils manipulent les adresses mémoire sur 64 bits et peuvent donc utiliser bien plus de 4 Gio de mémoire vive, limite pratique des systèmes 32 bits. Windows 11 n’existe qu’en version 64 bits. Les processeurs de serveurs et de postes récents ont aussi des extensions de virtualisation, indispensables pour faire tourner des machines virtuelles efficacement (partie 6).
Le vocabulaire anglais technique est partout dans les fiches et les commandes : core, thread, clock speed, cache, storage. Garde un lexique au fil des chapitres (revois ANG-21, l’anglais de l’informaticien).
CLa mémoire vive
Mémoire vive (RAM)
La mémoire vive (RAM, random access memory) contient les programmes en cours d’exécution et leurs données. Elle est très rapide mais volatile : son contenu disparaît quand l’ordinateur s’éteint.
Quand tu ouvres un logiciel, le système le copie du stockage vers la mémoire vive, car le processeur ne travaille que sur ce qui est en mémoire. Si la mémoire vive est pleine, le système déplace une partie des données vers le stockage (mémoire virtuelle, partie 4) : la machine devient lente. C’est le premier symptôme des postes de réception de Kervanet, qui n’ont que 8 Go de mémoire vive alors que le navigateur, la messagerie et le logiciel de gestion hôtelière sont ouverts toute la journée.
| Poste utilisateur | Serveur | |
|---|---|---|
| Capacité courante | 8 à 32 Go | de 64 Go à plusieurs centaines de Go |
| Type actuel | DDR4, DDR5 | DDR5 surtout |
| Correction d’erreurs (ECC) | rarement | toujours : la mémoire ECC détecte et corrige les erreurs de bits, ce qui évite des plantages et des données corrompues sur une machine qui tourne en permanence |
| Extension | 1 ou 2 emplacements, parfois soudée | nombreux emplacements |
DLe stockage
Stockage (mémoire de masse)
Le stockage conserve le système d’exploitation, les logiciels et les données hors tension. Il est beaucoup plus grand que la mémoire vive, mais plus lent.
Deux technologies coexistent :
- le disque dur (HDD, hard disk drive) enregistre les données sur des plateaux magnétiques qui tournent. Il est économique pour de grandes capacités (sauvegardes, archives), mais lent pour lire de nombreux petits fichiers et fragile aux chocs ;
- le SSD (solid-state drive) enregistre les données dans des puces de mémoire flash, sans pièce mobile. Il est bien plus rapide, silencieux et résistant aux chocs : c’est le standard des postes et des serveurs de production.
Le SSD se branche par une interface qui limite son débit :
| Interface | Débit de la liaison | Débit utile théorique |
|---|---|---|
| SATA 3 (disques et SSD « SATA ») | 6 Gbit/s | 600 Mo/s |
| NVMe sur PCIe 3.0, 4 voies | 8 GT/s par voie | environ 3 938 Mo/s |
| NVMe sur PCIe 4.0, 4 voies | 16 GT/s par voie | environ 7 877 Mo/s |
| Ethernet 1 Gbit/s (réseau) | 1 Gbit/s | 125 Mo/s (en-têtes des trames compris) |
Le débit utile se calcule ainsi : débit de la liaison × rendement du codage ÷ 8 (pour passer des bits aux octets). SATA utilise un codage 8b/10b (8 bits utiles sur 10 transmis) : 6 × 8/10 ÷ 8 = 0,6 Go/s. PCIe 3.0 et 4.0 utilisent un codage 128b/130b, bien plus efficace. Ce sont des maximums théoriques : les débits réels sont plus faibles.
Copier une image système de 40 Go
Lucas prépare l’image système (une copie complète d’un poste type, chapitre B1-11) qui servira à installer les nouveaux postes. Au débit théorique maximal, la copie de 40 Go dure :
- depuis un SSD SATA : 40 000 Mo ÷ 600 Mo/s ≈ 66,7 s ;
- depuis un SSD NVMe PCIe 4.0 : 40 000 ÷ 7 877 ≈ 5,1 s ;
- à travers le réseau à 1 Gbit/s : 40 000 ÷ 125 = 320 s, soit 5 min 20 s.
Interprétation : quand une donnée traverse plusieurs éléments, c’est le plus lent (ici le réseau) qui fixe la durée. Acheter un SSD plus rapide n’accélère pas un déploiement limité par le réseau.
ECompter en Go ou en Gio
Un nouveau SSD de 512 Go n’affiche que « 476 Go » dans l’Explorateur de Windows. Il ne manque rien : les deux nombres ne sont pas dans la même unité.
Préfixes décimaux et préfixes binaires
- Préfixes décimaux (système international) : 1 ko = 1 000 octets ; 1 Mo = 106 ; 1 Go = 109 octets ; 1 To = 1012 octets. Les fabricants de disques les utilisent.
- Préfixes binaires : 1 Kio = 1 024 octets ; 1 Mio = 220 ; 1 Gio = 230 = 1 073 741 824 octets ; 1 Tio = 240 octets. La mémoire vive se compte naturellement ainsi.
L’Explorateur de Windows calcule en puissances de 2 mais écrit « Go »
; la commande free -h de Linux écrit correctement « Gi ».
L’écart entre le Go et le Gio est d’environ 7 %, entre le To et le Tio
d’environ 10 %.
Ce qu'affiche un disque
Données : un SSD vendu « 512 Go », un disque vendu « 1 To ».
Formule : capacité en Gio = capacité en octets ÷ 230.
Calcul : 512 × 109 ÷ 1 073 741 824 = 476,84 Gio ; 1012 ÷ 1 073 741 824 = 931,32 Gio.
Interprétation : Windows affichera environ « 476 Go » et « 931 Go ». Ce n’est ni une panne ni une tromperie, mais une différence d’unité, ce que tu dois savoir expliquer à un utilisateur.
En PowerShell, l’abréviation 1GB vaut 1 073 741
824 (230), pas 109. Diviser une taille en
octets par 1GB donne donc des Gio, malgré le nom.
FLa carte mère et la sécurité
La carte mère porte le processeur, les emplacements de mémoire, les connecteurs de stockage, les contrôleurs (USB, réseau, son) et les ports. Elle contient aussi deux éléments importants pour la sécurité :
- le microprogramme UEFI (Unified Extensible Firmware Interface), successeur du BIOS : il teste le matériel au démarrage, permet de régler l’ordre de démarrage et propose le démarrage sécurisé (Secure Boot), qui refuse de lancer un chargeur de système non signé, donc un éventuel logiciel malveillant installé avant le système ;
- la puce TPM (Trusted Platform Module), un coffre-fort matériel qui conserve des clés de chiffrement. Elle sert par exemple au chiffrement du disque (chapitre B3-04) et à l’authentification sans mot de passe.
Windows 11 exige un UEFI compatible avec le démarrage sécurisé et un TPM 2.0 : un poste plus ancien peut avoir un processeur rapide et pourtant ne pas pouvoir passer à Windows 11.
GLire une fiche technique
Julien demande à Lucas de comparer le poste actuel de la réception et le modèle proposé en remplacement.
| Caractéristique | Poste actuel (2020) | Modèle proposé (2026) |
|---|---|---|
| Format | tour compacte | mini-PC fixé derrière l’écran |
| Processeur | 64 bits, 4 cœurs / 8 threads | 64 bits, 6 cœurs / 12 threads |
| Mémoire vive | 8 Go DDR4 | 16 Go DDR5 |
| Stockage | SSD SATA 256 Go | SSD NVMe (PCIe 4.0) 512 Go |
| Sécurité | TPM 2.0, UEFI | TPM 2.0, UEFI avec démarrage sécurisé |
| Réseau | Ethernet 1 Gbit/s | Ethernet 1 Gbit/s, Wi-Fi 6 |
| Système | Windows 11 Professionnel | Windows 11 Professionnel |
| Garantie | expirée en 2025 | à préciser au devis (chapitre B1-03) |
Lire et vérifier une fiche technique
- Partir du besoin : quels logiciels, combien d’utilisateurs, quelle durée de vie (un poste est gardé quatre à six ans).
- Vérifier les exigences du système et des logiciels (configuration minimale de l’éditeur) : elles sont un plancher, jamais une cible.
- Lire les composants clés : processeur (cœurs, threads), mémoire (capacité, extensible ou non), stockage (type, interface, capacité), sécurité (TPM, UEFI), réseau, ports.
- Repérer le goulot d’étranglement du poste actuel (ici la mémoire vive de 8 Go) et vérifier que le nouveau modèle le supprime.
- Conclure par écrit : conforme ou non, avec la raison, et ce qui reste à vérifier (garantie, compatibilité d’un périphérique comme le lecteur de cartes de paiement).
La conclusion de Lucas
« Le modèle proposé respecte la configuration minimale de Windows 11 (processeur 64 bits d’au moins 2 cœurs à 1 GHz, 4 Go de mémoire, 64 Go de stockage, UEFI avec démarrage sécurisé, TPM 2.0) avec une large marge. Il double la mémoire vive, cause principale de la lenteur actuelle, et remplace un SSD SATA par un SSD NVMe bien plus rapide. Reste à vérifier la compatibilité des imprimantes de facturation et des lecteurs de badges de chaque réception. »
3. Les différents équipements
Le référentiel distingue les équipements utilisateur et les serveurs. Ils partagent les mêmes composants, mais pas les mêmes exigences : un poste sert une personne pendant sa journée, un serveur sert tout le monde, jour et nuit.
ALes équipements utilisateur
Équipement utilisateur (terminal)
Un équipement utilisateur (ou terminal) est le matériel par lequel une personne accède au système informatique : poste fixe, ordinateur portable, client léger, tablette, smartphone.
| Équipement | Atouts | Limites | Usage chez Kervanet |
|---|---|---|---|
| Poste fixe (tour, mini-PC) | puissant pour son prix, réparable, écran et clavier confortables | reste à son poste de travail | comptoirs de réception, administration |
| Portable | mobilité, batterie | plus cher à puissance égale, risque de perte ou de vol | direction, astreinte |
| Client léger | simple, peu de pannes, données sur le serveur | dépend entièrement du réseau et du serveur | non utilisé |
| Tablette | légère, tactile, appareil photo | saisie longue peu pratique | 14 tablettes Android des techniciens et des gouvernantes (KerMaint) |
| Smartphone | toujours sur soi, connecté au réseau mobile | petit écran, usage mêlé pro / perso | non fourni chez Kervanet ; 26 smartphones chez Vellacor |
BLes terminaux mobiles
Une tablette ou un smartphone n’a pas de carte mère accessible : processeur, mémoire, stockage et puces radio sont réunis dans un système sur une puce (SoC, system on a chip) d’architecture ARM, très économe en énergie. La mémoire et le stockage ne s’étendent pas ; la batterie s’use. Le système d’exploitation (Android ou iOS) n’installe des applications que depuis une boutique contrôlée, et l’utilisateur n’est pas administrateur de l’appareil.
Ces terminaux posent des questions propres : ils se perdent, sortent de l’entreprise, se connectent à des réseaux inconnus. On les gère donc à distance avec un outil de gestion de flotte mobile (MDM), qui installe les applications, impose un code de verrouillage et peut effacer un appareil perdu. Vellacor gère ainsi ses 26 smartphones ; la sécurité des terminaux mobiles est traitée au chapitre B3-04.
Les tablettes des techniciens
Mathis Le Goff, technicien de maintenance à La Rochelle, ouvre
KerMaint sur sa tablette Android, photographie un mitigeur qui fuit et
clôt l’intervention. L’application tourne dans le navigateur de la
tablette, mais les données sont enregistrées sur le serveur
KV-KERMAINT du siège : la tablette n’est qu’un
terminal ; le service est rendu par le serveur.
CLe serveur
Serveur
Un serveur est un ordinateur (physique ou virtuel) qui rend un service à d’autres machines, appelées clientes, à travers le réseau : annuaire, partage de fichiers, base de données, site web, téléphonie. Le mot désigne à la fois la machine et le logiciel qui rend le service.
Un serveur physique contient les mêmes composants qu’un poste, mais il est conçu pour fonctionner en permanence et pour ne pas s’arrêter à la première panne.
| Élément | Poste | Serveur |
|---|---|---|
| Format | tour, mini-PC, portable | boîtier en baie (rack), hauteur en unités (1U, 2U) |
| Processeur | 1 processeur, 4 à 16 cœurs | 1 ou 2 processeurs, souvent 16 cœurs et plus chacun |
| Mémoire | sans correction d’erreurs | ECC, grande capacité |
| Stockage | un SSD | plusieurs disques regroupés pour survivre à la panne d’un disque (organisation RAID, chapitre SISR-07) |
| Alimentation | une | deux alimentations redondantes, branchées sur deux circuits et un onduleur |
| Administration | sur place | carte de gestion à distance : allumer, éteindre, voir l’écran même si le système est planté |
| Composants | remplacement à l’arrêt | disques et alimentations remplaçables à chaud, sans arrêter le serveur |
| Fonctionnement | journée de travail | 24 h sur 24, dans une salle climatisée |
Un poste est conçu pour une personne ; un serveur est conçu pour tout le monde, en permanence. Sa panne a un impact bien plus large : c’est pourquoi on y multiplie les éléments redondants (mémoire ECC, disques, alimentations) et pourquoi on le surveille et on le sauvegarde (chapitres B1-05 et SISR-09).
Au siège de Kervanet, les deux serveurs physiques KV-HV1
et KV-HV2 sont identiques : chacun a un processeur 64 bits
de 16 cœurs (32 threads), 128 Go de mémoire ECC et 3,84 To de stockage
SSD utile. Ils ne rendent pas eux-mêmes de service aux utilisateurs :
ils hébergent des machines virtuelles, qui sont les
vrais serveurs de l’annuaire, des fichiers, de la téléphonie et de
KerMaint (partie 6).
DChoisir l’équipement adapté au besoin
Choisir un équipement, c’est partir de l’usage, pas du catalogue.
Choisir un équipement
- Décrire l’usage : qui, où, quelles applications, combien de temps par jour, mobilité ou non.
- Choisir la famille (poste fixe, portable, tablette, serveur) d’après l’usage.
- Fixer les caractéristiques minimales : exigences des logiciels, plus une marge pour la durée de vie prévue.
- Vérifier la compatibilité avec l’existant : système d’exploitation, annuaire, périphériques, outil de gestion de parc.
- Penser à toute la durée de vie : garantie, pièces, consommation électrique, recyclage en fin de vie (cycle de vie du matériel : chapitre B1-03).
4. Le système d’exploitation
Sans système d’exploitation, un ordinateur n’est qu’un assemblage de composants. Le système fait le lien entre le matériel et les logiciels, partage les ressources entre les programmes et les utilisateurs, et offre une interface pour l’administrer.
ALe rôle du système d’exploitation
Système d'exploitation (SE)
Le système d’exploitation (OS, operating system) est le logiciel de base qui gère le matériel et le met à disposition des applications et des utilisateurs. Son cœur, le noyau, commande le matériel grâce à des pilotes (petits programmes propres à chaque composant).
Un logiciel de traitement de texte ne sait pas écrire sur un SSD NVMe ni dessiner sur un écran : il demande au système d’enregistrer un fichier ou d’afficher une fenêtre, et le système s’en charge. Ces demandes s’appellent des appels système. Ainsi, une même application fonctionne sur des milliers de matériels différents.
BLes fonctionnalités d’un système d’exploitation
Le référentiel demande de connaître les fonctionnalités des systèmes des postes et des serveurs. Elles sont six.
| Fonction | Ce que fait le système | Ce que tu en vois |
|---|---|---|
| Gestion des processus | lance les programmes, partage le temps de processeur entre eux, les arrête | Gestionnaire des tâches (Windows), commande ps
(Linux) |
| Gestion de la mémoire | attribue la mémoire vive à chaque processus, la protège, utilise la mémoire virtuelle quand elle manque | taux d’occupation de la mémoire, fichier d’échange ou swap |
| Gestion des fichiers | organise le stockage en dossiers et fichiers selon un système de fichiers | NTFS (Windows), ext4 (Linux), FAT32 ou exFAT (clés USB) |
| Gestion des périphériques | commande le matériel par les pilotes | Gestionnaire de périphériques, pilote manquant |
| Gestion des utilisateurs et des droits | identifie qui se connecte, contrôle ce que chacun peut faire | comptes, groupes, droits sur les fichiers (chapitre B1-04) |
| Gestion du réseau | fournit la pile de protocoles pour communiquer | adresse IP, connexion Wi-Fi (chapitre B1-02) |
À ces six fonctions s’ajoute l’interface : graphique (fenêtres, souris) ou ligne de commande (des commandes tapées au clavier). Sur un serveur, on travaille surtout en ligne de commande : c’est plus rapide, plus précis et automatisable par des scripts (chapitre B1-07).
Processus et service
- Un processus est un programme en cours d’exécution, avec sa mémoire et ses ressources. Ouvrir deux fois le navigateur crée plusieurs processus.
- Un service (Windows) ou démon (Linux) est un processus qui tourne en arrière-plan, sans fenêtre, souvent dès le démarrage : serveur web, serveur de base de données, client de mise à jour.
Mémoire virtuelle
La mémoire virtuelle permet au système de donner à chaque processus plus de mémoire qu’il n’en existe physiquement, en plaçant temporairement sur le stockage (fichier d’échange de Windows, espace swap de Linux) les parties de la mémoire les moins utilisées. Elle évite les plantages quand la mémoire manque, mais le stockage étant bien plus lent que la mémoire vive, la machine ralentit fortement.
Système de fichiers
Un système de fichiers est la façon dont le système organise les données sur un support : noms, dossiers, taille, dates, droits d’accès. Windows utilise NTFS, qui gère des droits fins par utilisateur ; Linux utilise surtout ext4 ; les clés USB utilisent souvent exFAT, lisible partout mais sans droits d’accès.
CLe démarrage d’un ordinateur
Comprendre les étapes du démarrage aide à localiser une panne : un poste qui n’affiche rien n’a pas le même problème qu’un poste qui affiche le logo de Windows puis redémarre.
Deux pannes, deux étapes
Le poste KV-ROY-REC01 reste sur un écran noir avec le
message « aucun périphérique de démarrage » : le problème se situe
avant le système (étape 2), au niveau du SSD ou des
réglages UEFI. Un autre poste affiche l’écran de connexion mais refuse
la session d’une réceptionniste : le système a démarré (étape 5) ; le
problème touche son compte ou son profil. Le diagnostic méthodique est
traité au chapitre B1-06.
DWindows et Linux
Le référentiel demande de connaître au moins deux familles de systèmes, et l’environnement de l’épreuve E5 impose deux serveurs de systèmes différents, dont un libre. Chez Vellacor comme chez Kervanet, ce sont Windows et Linux.
Logiciel libre et distribution Linux
- Un logiciel libre peut être utilisé, étudié, modifié et redistribué par tous, selon sa licence ; son code source est public. Il n’est pas forcément gratuit, mais il l’est souvent (régime juridique des licences : chapitre CEJMA-02).
- Linux désigne au sens strict le noyau ; une distribution (Debian, Ubuntu, Red Hat Enterprise Linux…) l’assemble avec des outils, un installateur et un système de paquets pour former un système complet.
| Windows (Microsoft) | Linux (distribution Debian, par exemple) | |
|---|---|---|
| Licence | propriétaire, payante (licence par poste, par serveur ou par cœur) | libre, gratuite ; support professionnel payant possible |
| Versions postes | Windows 11 Famille, Professionnel, Entreprise | distributions de bureau (Debian, Ubuntu) |
| Versions serveurs | Windows Server 2025 (Standard, Datacenter) | Debian 13 et autres distributions serveur |
| Interface d’administration | graphique (consoles) et PowerShell | ligne de commande (Bash) surtout |
| Système de fichiers | NTFS | ext4 (et d’autres) |
| Installation des logiciels | programmes d’installation, magasin, déploiement centralisé | gestionnaire de paquets (apt sous
Debian) |
| Usages serveurs typiques | annuaire Active Directory, fichiers, applications Windows | serveur web, base de données, supervision, pare-feu, hyperviseur |
| Chez Kervanet et Vellacor | postes, contrôleurs de domaine, serveur de fichiers | KerMaint, téléphonie, GLPI, Zabbix, GitLab, hyperviseurs Proxmox VE |
Les terminaux mobiles ont leurs propres systèmes : Android (Google, fondé sur un noyau Linux) et iOS (Apple).
Un système a un cycle de vie : l’éditeur fournit des mises à jour de sécurité jusqu’à une date de fin de support, après laquelle le système devient dangereux à utiliser.
| Système | Repère |
|---|---|
| Windows 10 (Famille et Professionnel) | fin du support le 14/10/2025 |
| Windows Server 2025 | disponible depuis le 1/11/2024 ; support standard jusqu’en novembre 2029, support étendu jusqu’en novembre 2034 |
| Debian 13 « Trixie » | publiée le 9/08/2025 ; version 13.7 publiée le 12/09/2026 |
| Proxmox VE 9 | hyperviseur libre fondé sur Debian 13 ; version 9.2 publiée le 21/05/2026 |
Ne confonds pas version et mise à jour. Passer de Debian 12 à Debian 13, ou de Windows 10 à Windows 11, est un changement de version qui se prépare (compatibilité, sauvegarde, tests). Installer la version 13.7 à la place de la 13.6 est une mise à jour corrective, qui apporte surtout des correctifs de sécurité et doit être appliquée régulièrement (chapitre B3-04).
EIdentifier un système en ligne de commande
Pour identifier une ressource sans ouvrir le boîtier, on interroge le
système. Sous Linux, les commandes suivantes appartiennent aux paquets
de base de Debian 13 (util-linux, procps,
coreutils).
| Commande | Ce qu’elle affiche |
|---|---|
cat /etc/os-release |
nom et version de la distribution |
uname -srm |
nom du noyau, sa version, architecture du processeur |
lscpu |
processeur : architecture, nombre de processeurs logiques, cœurs, threads par cœur, modèle, présence d’un hyperviseur |
nproc |
nombre de processeurs logiques disponibles |
free -h |
mémoire vive et swap : total, utilisé, disponible (unités binaires : Mi, Gi) |
lsblk -d -o NAME,SIZE,ROTA,TYPE |
disques : nom, taille, rotatif (1) ou non (0), type |
df -h -T / |
système de fichiers monté sur / : type, taille, espace
utilisé et disponible |
ps -e |
liste de tous les processus |
dpkg -l |
liste des paquets (logiciels) installés |
Ce qu'affiche la machine du laboratoire
Lucas interroge LAB-UBU01, une machine virtuelle du
laboratoire des alternants de Vellacor (Ubuntu 24.04, une distribution
dérivée de Debian qui utilise les mêmes outils). Sorties obtenues le
20/10/2026 (extraits) :
$ uname -srm
Linux 6.18.44-fc-v139 x86_64
$ lscpu | grep -E 'Architecture|^CPU\(s\)|Thread|Core|Model name|Hypervisor|Virtualization'
Architecture: x86_64
CPU(s): 2
Model name: Intel(R) Xeon(R) Processor @ 2.80GHz
Thread(s) per core: 1
Core(s) per socket: 2
Hypervisor vendor: KVM
Virtualization type: full
$ free -h
total used free shared buff/cache available
Mem: 7.8Gi 1.0Gi 4.7Gi 14Mi 2.4Gi 6.9Gi
Swap: 0B 0B 0B
$ ps -e --no-headers | wc -l
72
Lecture : processeur x86-64 (64 bits), 2 processeurs logiques (2
cœurs, 1 thread par cœur) ; la ligne « Hypervisor vendor: KVM » révèle
que la machine est virtuelle ; 7,8 Gio de mémoire vive
(la machine a reçu 8 Gio, dont une petite part est réservée au noyau),
dont 6,9 Gio disponibles, et pas de swap ; 72 processus en
cours. Sur une machine sous Debian 13, les colonnes et les libellés sont
les mêmes ; seule la ligne du noyau change, de la forme
Linux 6.12.113+deb13-amd64 x86_64 (série 6.12 du noyau de
Debian 13, version de sécurité d’octobre 2026).
Sous Windows, les mêmes informations s’obtiennent dans les
Paramètres (Système > Informations système), avec
l’outil Informations système (msinfo32) ou
en PowerShell. Les commandes ci-dessous ont été
vérifiées dans la documentation de Microsoft (Microsoft Learn,
20/10/2026) ; elles fonctionnent dans Windows PowerShell 5.1 (inclus
dans Windows 11 et Windows Server 2025) et dans PowerShell 7.
Commandes d’identification sous Windows (PowerShell) :
# Propriétés du système d'exploitation (nom, version, architecture…)
Get-ComputerInfo -Property "Os*"
# Nom, version, numéro de build, architecture, date du dernier démarrage
Get-CimInstance -ClassName Win32_OperatingSystem |
Select-Object Caption, Version, BuildNumber, OSArchitecture, LastBootUpTime
# Processeur : modèle, cœurs, processeurs logiques, fréquence maximale (MHz)
Get-CimInstance -ClassName Win32_Processor |
Select-Object Name, NumberOfCores, NumberOfLogicalProcessors, MaxClockSpeed
# Fabricant, modèle, mémoire (en octets), présence d'un hyperviseur
Get-CimInstance -ClassName Win32_ComputerSystem |
Select-Object Manufacturer, Model, TotalPhysicalMemory, HypervisorPresent
# Disques : nom, type (HDD, SSD), interface (SATA, NVMe), taille en octets, état
Get-PhysicalDisk |
Select-Object FriendlyName, MediaType, BusType, Size, HealthStatus
Le symbole | (pipe) transmet le résultat d’une
commande à la suivante ; Select-Object ne garde que les
propriétés utiles. L’écriture des scripts PowerShell est traitée au
chapitre B1-07.
Établir la fiche d'identification d'une machine
- Système : nom et version exacte
(
cat /etc/os-releaseouWin32_OperatingSystem), architecture. - Processeur : modèle, cœurs, processeurs logiques.
- Mémoire : total, disponible ; convertir les octets en Gio si besoin (diviser par 1 073 741 824).
- Stockage : disques, type, taille ; espace libre de chaque système de fichiers.
- Nature : machine physique ou virtuelle (ligne «
Hypervisor » de
lscpu, propriétéHypervisorPresent). - Usage : services et logiciels principaux, utilisateurs.
- Dater la fiche et noter les commandes utilisées : une autre personne doit pouvoir refaire le relevé.
Copie les sorties des commandes dans ta documentation plutôt que de les recopier à la main : tu évites les erreurs, et tu gardes une preuve de ton relevé, utile dans le portfolio de l’E5.
5. Les logiciels
Le système d’exploitation n’est qu’une partie des logiciels d’une machine. Au-dessus, des logiciels d’application et des services serveurs rendent le service attendu par les utilisateurs. Les recenser, c’est aussi connaître leur version, leur licence et leur mode d’accès.
ALogiciels système et logiciels d’application
Logiciel
Un logiciel est un ensemble de programmes et de données qui fait réaliser une tâche à un ordinateur. On distingue :
- les logiciels système : le système d’exploitation, les pilotes, les outils d’administration ;
- les logiciels d’application (applications) : ceux qu’utilisent les personnes pour leur travail (bureautique, navigateur, logiciel de gestion hôtelière, KerMaint) ;
- les logiciels serveurs (ou intermédiaires) : ceux qui rendent un service à d’autres logiciels, comme un serveur web ou un système de gestion de base de données (SGBD).
Les couches logicielles de KerMaint
Sur la machine virtuelle KV-KERMAINT : le
système Debian 13 ; un serveur web qui
reçoit les requêtes des tablettes ; l’interpréteur PHP
qui exécute le code de l’application ; le SGBD MariaDB
qui stocke les interventions ; enfin l’application
KerMaint elle-même. Une panne de n’importe quelle couche rend
l’application indisponible : savoir les nommer permet de chercher au bon
endroit.
BLes modes d’accès à une application
Une application peut être utilisée de trois façons :
| Mode | Principe | Exemple chez Kervanet |
|---|---|---|
| Installée localement | le logiciel est installé sur le poste ou le serveur de l’organisation | suite bureautique sur les postes |
| En ligne (SaaS, logiciel en tant que service) | l’éditeur héberge le logiciel ; on y accède par le navigateur, sur abonnement | logiciel de gestion hôtelière |
| Développée sur mesure | l’organisation fait développer une application propre à son métier | KerMaint et l’API KerResa (Vellacor) |
Le mode d’accès change ce que tu recenses et ce que tu gères : pour un logiciel installé, la version présente sur chaque machine ; pour un logiciel en ligne, les comptes, l’abonnement et le navigateur ; pour une application sur mesure, la version déployée et le serveur qui l’héberge. Le nuage et ses modèles (IaaS, PaaS, SaaS) sont détaillés au chapitre SISR-06.
CVersions et licences
Pour chaque logiciel, deux informations sont indispensables :
- la version exacte, qui conditionne la compatibilité et la sécurité : un logiciel dont la version n’est plus maintenue ne reçoit plus de correctifs ;
- la licence, c’est-à-dire le contrat qui fixe les droits d’utilisation : nombre de postes ou d’utilisateurs, durée (licence perpétuelle ou abonnement), conditions de copie. Utiliser plus de copies que de licences achetées expose l’organisation à des sanctions (suivi des licences : chapitre B1-03 ; droit du logiciel : chapitre CEJMA-02).
Sous Debian, le gestionnaire de paquets connaît la version de chaque logiciel installé :
$ dpkg-query -W -f='${Package} ${Version}\n' coreutils util-linux procps
coreutils 9.4-3ubuntu6.3
procps 2:4.0.4-4ubuntu3.3
util-linux 2.39.3-9ubuntu6.6
$ dpkg -l | grep -c '^ii'
1069
Sur LAB-UBU01, 1 069 paquets sont installés (lignes
commençant par ii). Sous Debian 13, la même commande
afficherait par exemple coreutils 9.7-3,
procps 2:4.0.4-9 et
util-linux 2.41.5-0+deb13u1 (versions de Debian 13 relevées
le 20/10/2026). Personne ne les recense à la main : c’est le rôle de
l’agent de l’outil d’inventaire, qui remonte ces listes automatiquement
(chapitre B1-03).
6. Le principe de la virtualisation
La plupart des serveurs d’aujourd’hui sont virtuels : plusieurs machines complètes partagent un même serveur physique. Ce chapitre en pose le principe et le vocabulaire ; la mise en œuvre est traitée en SISR-06.
AMachine virtuelle et hyperviseur
Virtualisation, hyperviseur, machine virtuelle
- La virtualisation consiste à faire fonctionner plusieurs systèmes d’exploitation, isolés les uns des autres, sur une même machine physique.
- L’hyperviseur est le logiciel qui partage les ressources de la machine physique (l’hôte) entre ces systèmes.
- Une machine virtuelle (VM) est un ordinateur simulé par l’hyperviseur : elle dispose de processeurs virtuels (vCPU), de mémoire, d’un ou plusieurs disques virtuels (des fichiers sur le stockage de l’hôte) et d’une carte réseau virtuelle. Son système s’appelle le système invité.
Chaque machine virtuelle croit disposer de son propre matériel. Elle s’installe, démarre, tombe en panne et se sauvegarde comme un ordinateur réel, mais sans boîtier : la créer prend quelques minutes.
On distingue deux types d’hyperviseurs.
| Type 1 (« sur le matériel ») | Type 2 (« hébergé ») | |
|---|---|---|
| Installation | directement sur le serveur, à la place d’un système classique | comme un logiciel, sur Windows, Linux ou macOS |
| Performances | élevées | plus faibles (une couche de plus) |
| Usage | production : serveurs de l’organisation | tests, maquettes, formation, poste du technicien |
| Exemples | Proxmox VE (libre, fondé sur Debian et KVM), Microsoft Hyper-V, VMware ESXi | Oracle VirtualBox, VMware Workstation |
| Chez Vellacor et Kervanet | KV-HV1, KV-HV2 et les hyperviseurs de
Vellacor (Proxmox VE) |
maquettes de Lucas et Sarah sur leurs portables |
Une machine virtuelle n’est pas « moins réelle » pour l’utilisateur :
le contrôleur de domaine KV-DC01 rend exactement le même
service qu’un serveur physique. En revanche, elle dépend de son
hôte : si KV-HV1 s’arrête sans solution de
reprise, toutes ses VM s’arrêtent avec lui. Dans un inventaire, une VM
se rattache toujours à son hyperviseur.
BPourquoi virtualiser
| Avantage | Explication | Exemple |
|---|---|---|
| Consolidation | un serveur physique en remplace plusieurs, souvent peu chargés : moins d’achats, de place, d’électricité et de climatisation | 5 serveurs de Kervanet sur 2 machines physiques |
| Isolation | chaque service a son propre système : une panne ou une mise à jour n’affecte pas les autres | mettre à jour KV-TEL sans toucher à KerMaint |
| Souplesse | créer, cloner, agrandir une VM en quelques minutes | VM de recette de KerMaint copiée de la VM de production |
| Instantanés | photographier l’état d’une VM avant une opération risquée, puis revenir en arrière si besoin | instantané avant une mise à jour de Debian |
| Continuité | déplacer ou redémarrer une VM sur un autre hôte en cas de panne ou de maintenance | réplication des VM de KV-HV1 vers
KV-HV2 |
| Indépendance du matériel | une VM se déplace d’un serveur à un autre plus récent sans réinstallation | renouvellement des hyperviseurs dans quelques années |
Les limites existent : l’hôte devient un point unique de défaillance s’il n’est pas doublé, les VM se disputent les mêmes ressources, et les licences de certains logiciels se comptent par cœur physique de l’hôte. Un instantané n’est pas une sauvegarde : il est stocké sur le même hôte et disparaît avec lui (chapitre B1-05).
CLes ressources d’une machine virtuelle
L’hyperviseur attribue à chaque VM une part des ressources de l’hôte. Recenser une VM, c’est noter son système invité, ses vCPU, sa mémoire, ses disques, son réseau et son hôte.
| VM | Système invité | Rôle | vCPU | Mémoire | Disque | Hôte habituel |
|---|---|---|---|---|---|---|
KV-DC01 |
Windows Server 2025 | contrôleur de domaine, DNS | 2 | 8 Go | 80 Go | KV-HV1 |
KV-DC02 |
Windows Server 2025 | contrôleur de domaine, DNS | 2 | 8 Go | 80 Go | KV-HV2 |
KV-FIC |
Windows Server 2025 | serveur de fichiers | 4 | 16 Go | 1 500 Go | KV-HV1 |
KV-TEL |
Debian 13 | téléphonie IP | 2 | 4 Go | 60 Go | KV-HV2 |
KV-KERMAINT |
Debian 13 | KerMaint et MariaDB | 4 | 8 Go | 120 Go | KV-HV2 |
| Total | 14 | 44 Go | 1 840 Go |
Les VM sont répliquées d’un hôte à l’autre : si un hôte tombe en panne, l’autre doit pouvoir les faire toutes tourner. Vellacor applique trois règles : réserver 8 Go de mémoire au système de chaque hyperviseur ; garder au moins 20 % de mémoire libre sur l’hôte restant après une panne ; ne pas occuper plus de 80 % du stockage.
Un seul hôte peut-il tout porter ?
Données : hôte de 16 cœurs (32 threads), 128 Go de mémoire, 3 840 Go de stockage ; VM : 14 vCPU, 44 Go, 1 840 Go ; réserve de l’hyperviseur : 8 Go.
Calculs :
- mémoire : 44 + 8 = 52 Go, soit 52 ÷ 128 = 40,625 % ; il reste 59,375 % de mémoire libre (règle des 20 % respectée) ;
- processeur : 14 vCPU pour 32 threads, soit 0,438 vCPU par thread (0,875 par cœur) : aucune surcharge ;
- stockage : 1 840 ÷ 3 840 = 47,92 % (règle des 80 % respectée), soit 2 000 Go libres.
Interprétation : en cas de panne d’un hôte, l’autre peut faire tourner les cinq VM avec une large marge. Les hôtes peuvent accueillir de nouvelles VM, à condition de refaire ce calcul pour un seul hôte.
On peut attribuer à l’ensemble des VM plus de vCPU qu’il n’y a de threads physiques, car les VM ne calculent pas toutes en même temps (on parle de surallocation) ; on évite en revanche de surallouer la mémoire, car une VM qui manque de mémoire ralentit fortement. Le dimensionnement fin est traité en SISR-06.
DConteneurs et nuage
Deux notions voisines complètent le panorama, sans être au programme de ce chapitre :
- un conteneur isole une application et ses dépendances, mais partage le noyau du système hôte : il est plus léger et démarre plus vite qu’une VM, qui embarque un système complet (chapitre SISR-06) ;
- l’hébergement dans le nuage (cloud) consiste à louer des VM, des plateformes ou des logiciels chez un fournisseur, payés à l’usage (IaaS, PaaS, SaaS : chapitre SISR-06 ; aspects contractuels : CEJMA-04).
7. Valoriser ce chapitre à l’épreuve E5
L’épreuve E5 évalue tes réalisations professionnelles à partir de ton portfolio. Ce chapitre ne fait pas à lui seul une réalisation, mais il te donne le vocabulaire et les méthodes pour décrire n’importe quel environnement technique, ce que le jury te demandera toujours.
AL’épreuve en bref
L’E5 (coefficient 4) est un oral de 40 minutes : 10 minutes de présentation de ton parcours de professionnalisation, puis 30 minutes d’entretien sur une ou plusieurs réalisations de ton portfolio. La commission (un enseignant de la spécialité et un professionnel du secteur, remplacé à défaut par un autre enseignant) s’appuie sur ton dossier numérique : le portfolio, qui décrit tes réalisations et les compétences mobilisées, le tableau de synthèse des réalisations et tes attestations de stage. Pour chaque réalisation, le tableau de synthèse (modèle tableur fourni par la circulaire de la session) indique notamment un intitulé court, la période, les productions et documents associés et les compétences du bloc mobilisées. La méthode du dossier est traitée au chapitre B1-12.
Toutes tes réalisations décrivent un environnement technique : matériels, systèmes, logiciels, machines virtuelles. C’est là que ce chapitre sert : un candidat qui écrit « un serveur » au lieu de « une VM Debian 13 de 4 vCPU et 8 Go hébergée sur Proxmox VE » donne l’impression de ne pas maîtriser ce qu’il a fait.
BRéalisations possibles
| Réalisation | Compétences du bloc 1 mobilisées | Ce que le chapitre apporte |
|---|---|---|
| Recenser et documenter les ressources d’un site (fiches d’identification) | 1.1 Gérer le patrimoine informatique | familles de ressources, méthode d’identification, commandes |
| Préparer et installer une VM de recette pour une application | 1.1, 1.5 Mettre à disposition un service | VM, ressources, système invité, calcul de capacité |
| Choisir et préparer le remplacement de postes | 1.1, 1.4 Travailler en mode projet, 1.5 | lecture de fiches techniques, exigences du système |
| Monter une maquette virtualisée pour se former (annuaire, serveur web) | 1.6 Organiser son développement professionnel | hyperviseur de type 2, systèmes invités |
CLes questions du jury
Répondre à une question technique du jury
- Nommer précisément : système et version, type de machine (physique ou virtuelle), ressources attribuées.
- Justifier par le besoin : « 8 Go parce que la base et le serveur web en utilisent 5 en charge, avec une marge ».
- Prouver : capture d’écran, sortie de commande, fiche d’identification datée dans le portfolio.
- Distinguer ta contribution : ce que tu as fait toi-même, ce qui a été fait par l’équipe.
- Proposer une amélioration : ce que tu ferais autrement, ou ce qui reste à faire.
Une question, deux réponses
Question du jury à Sarah : « Votre application de recette tourne sur quoi ? »
Réponse faible : « Sur un serveur Linux chez le client. »
Réponse attendue : « Sur une machine virtuelle Debian 13,
KV-RECETTE, de 2 vCPU, 4 Go de mémoire et 60 Go de disque,
hébergée par l’hyperviseur Proxmox VE KV-HV1 du siège de
Kervanet. J’ai vérifié avant sa création qu’un seul hôte pourrait encore
porter toutes les VM en cas de panne. »
Erreurs fréquentes et points de vigilance
| Erreur | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| Confondre système d’information et système informatique | le SI inclut les personnes, les procédures et les informations ; le système informatique n’en est que la partie technique |
| Confondre mémoire vive et stockage (« mon PC a 512 Go de mémoire ») | mémoire vive = travail en cours, volatile (8, 16 Go) ; stockage = conservation (512 Go) |
| Comparer deux processeurs par la seule fréquence | regarder aussi les cœurs, les threads, la génération |
| Croire qu’un disque « a perdu » de la capacité | 512 Go = 476,84 Gio : une différence d’unité, pas une perte |
| Prendre la configuration minimale comme cible | c’est un plancher ; prévoir une marge pour la durée de vie |
| Écrire « un serveur » sans préciser | physique ou virtuel, système et version, ressources, hôte |
| Recenser une VM sans son hyperviseur | une VM dépend de son hôte : noter le lien |
| Considérer un instantané comme une sauvegarde | l’instantané reste sur l’hôte ; la sauvegarde est ailleurs (B1-05) |
| Surallouer la mémoire des VM | le processeur se suralloue raisonnablement, la mémoire non |
| Vérifier la capacité des hôtes à deux | refaire le calcul pour un seul hôte, celui qui reste après une panne |
| Ne pas dater un relevé | une fiche d’identification indique la date et la méthode du relevé |
L’essentiel du chapitre
À retenir
- SI : personnes, procédures, informations et outils qui collectent, mémorisent, traitent et diffusent l’information. Système informatique : sa partie technique (matériels, logiciels, réseau, données enregistrées).
- Ressource numérique : équipement, logiciel, service, données, compte, nom de domaine. L’identifier : identifiant, nature et caractéristiques, lieu et utilisateur, usage et dépendances, criticité, date du relevé.
- Composants : processeur (architecture x86-64 ou ARM, cœurs, threads, fréquence), mémoire vive (rapide, volatile ; ECC sur les serveurs), stockage (SSD SATA ou NVMe, disque dur), carte mère, UEFI avec démarrage sécurisé, TPM 2.0, interface réseau, périphériques.
- Unités : 1 Go = 109 octets, 1 Gio = 230 octets ; 512 Go = 476,84 Gio ; 1 To = 931,32 Gio. Débit utile SATA 600 Mo/s, Ethernet 1 Gbit/s 125 Mo/s : le maillon le plus lent fixe la durée.
- Serveur : rend un service aux clients, en permanence ; redondance (ECC, disques, deux alimentations), gestion à distance, format en baie.
- Système d’exploitation : noyau et pilotes entre les
applications et le matériel ; gère processus, mémoire (virtuelle),
fichiers (NTFS, ext4), périphériques, utilisateurs et droits, réseau ;
interface graphique ou ligne de commande. Windows (propriétaire,
PowerShell) et Linux (libre, distributions, Bash,
apt). - Logiciels : système, application, serveur ; installés, en ligne (SaaS) ou sur mesure ; toujours noter version et licence.
- Virtualisation : hyperviseur de type 1 (sur le matériel : Proxmox VE, Hyper-V) ou de type 2 (sur un système : VirtualBox) ; VM = vCPU, mémoire, disques virtuels, carte réseau virtuelle ; consolidation, isolation, instantanés, continuité ; capacité vérifiée pour un seul hôte.
- E5 : décrire précisément l’environnement de chaque réalisation, justifier, prouver, distinguer sa contribution.
Sources et références
- Arrêté du 29 avril 2019 portant définition et fixant les conditions de délivrance du BTS « Services informatiques aux organisations », modifié par les arrêtés du 8 juillet 2024 et du 22 novembre 2024 ; référentiel complet de la fiche RNCP40792 (annexe I.B, bloc 1 ; annexe II.E, environnement technologique), lus le 20/10/2026.
- SIEC, BTS SIO session 2026, document « Épreuve orale E5 — déroulement de l’épreuve », lu le 20/10/2026 (dossier numérique, tableau de synthèse, déroulement).
- Microsoft, « Spécifications et configuration système requise de Windows 11 » (microsoft.com), lu le 20/10/2026.
- Microsoft Learn, cycle de vie de Windows 10 Famille et Professionnel et de Windows Server 2025, lus le 20/10/2026.
- Microsoft Learn, documentation de
Get-ComputerInfo,Get-PhysicalDisket des classesWin32_OperatingSystem,Win32_Processor,Win32_ComputerSystemetMSFT_PhysicalDisk, lue le 20/10/2026. - Debian, page de la version « trixie » (debian.org/releases/trixie) et fiches des paquets de Debian 13 (packages.debian.org : linux-image-amd64, coreutils, procps, util-linux), lues le 20/10/2026 ; Proxmox, feuille de route de Proxmox VE (pve.proxmox.com), lue le 20/10/2026 ; Microsoft, cycle de vie de Windows Server 2025 (fin du support standard le 14/11/2029, étendu le 15/11/2034, heure du Pacifique), relu le 20/10/2026.
- Commandes Linux : sorties relevées le 20/10/2026 sur
LAB-UBU01(Ubuntu 24.04.5 ; util-linux 2.39.3, procps-ng 4.0.4, coreutils 9.4). - FuturBTS : CEJM-16 (SI et management), ANG-21 (anglais de l’informaticien) ; SIO B1-02 (réseau), B1-03 (gestion de parc), B1-04 (comptes et droits), B1-05 (sauvegarde), B1-06 (assistance), B1-07 (scripts), B1-11 (déploiement), B1-12 (portfolio E5), B3-04 (sécurité des postes), SISR-06 (virtualisation), SISR-07 (disponibilité), CEJMA-02 (licences).
Contenu original FuturBTS. Vellacor Services Numériques, Kervanet Hôtels & Résidences et les personnes citées sont fictifs. Les produits nommés (Windows, Debian, Ubuntu, Proxmox VE, Hyper-V, VMware, VirtualBox) le sont à titre d’exemple. Aucun passage, exemple ou exercice n’est repris d’un manuel existant.