1. Agents économiques en relation avec Brivel
| entreprises de livraison, artisans (contexte, annexes 1 et 4) |
entreprises (et entrepreneurs individuels, classés parmi les ménages
par l’Insee) |
clients (B to B) |
| collectivités (annexe 1), collectivité qui aménage les pistes
(annexe 4) |
administrations publiques |
clientes par appels d’offres (B to G) ; la collectivité produit
aussi un service non marchand (pistes cyclables) |
| particuliers (contexte) |
ménages |
clients (B to C) |
| revendeurs vélocistes (contexte, annexes 1 et 2) |
entreprises |
distributeurs, clients intermédiaires |
| grands fabricants européens, importateurs, ateliers artisanaux
(annexe 1) |
entreprises (dont reste du monde) |
concurrents |
| équipementier de batteries, fabricants de Rennes et de Lyon (annexe
3) |
entreprises |
fournisseur ; partenaires du groupement d’achats (et
concurrents) |
| SCOP angevine (annexe 2) |
entreprise de l’économie sociale et solidaire |
fournisseur de caisses et partenaire du projet Seconde Vie |
| banque (annexe 5) |
banque |
prêteur |
| fonds régional d’investissement (annexe 5) |
société financière |
associé, apporteur de capitaux |
| organisme de collecte des batteries (annexe 4) |
entreprise (éco-organisme agréé par l’État) |
organise la collecte et le recyclage, financé par la contribution de
Brivel |
| association d’usagers (annexe 4) |
association |
auteur d’une étude, porte-parole des cyclistes |
| riverains du parc d’activités (annexe 4) |
ménages |
agents qui subissent une externalité négative |
2. Le marché des vélos cargo professionnels
Définition. Un marché est la rencontre de l’offre et de la
demande d’un produit, qui détermine un prix et une quantité
échangée.
- Demande : entreprises de livraison et artisans (B
to B), collectivités (B to G, par appels d’offres). Les critères d’achat
ne sont pas seulement le prix : coût total sur trois ans, durée de
garantie, délai d’intervention, adaptabilité de la caisse (annexe
1).
- Offre : trois familles de vendeurs — grands
fabricants européens (6 500 à 7 500 € HT), importateurs de modèles
assemblés en Asie (environ 3 900 € HT), ateliers artisanaux en petites
séries — et Brivel à 6 200 € HT.
- Structure : de nombreux vendeurs aux produits
différenciés (qualité, service, marque, caisse
modulaire) : c’est une concurrence monopolistique. Le
marché s’écarte du modèle de concurrence pure et parfaite : les produits
ne sont pas homogènes, et l’information sur la qualité n’est pas
transparente (batteries « jugées fragiles »).
- Forme de concurrence : concurrence
directe entre fabricants de vélos cargo, et
indirecte avec les camionnettes de livraison.
Concurrence hors prix. Le Porteur est vendu 6 200 € HT, soit
2 300 € de plus qu’un modèle importé à 3 900 € (+ 59,0 %). Brivel ne
peut pas gagner sur le prix ; elle attire ses clients par la qualité, la
garantie, le service après-vente et la réactivité, critères décisifs
pour les collectivités et pour des livreurs sensibles au coût
d’immobilisation d’un vélo en panne.
Barrière à l’entrée. Le brevet sur
l’attelage rapide interdit aux concurrents de copier ce système apprécié
des artisans : c’est une barrière juridique qui protège l’avantage de
Brivel. Ses références auprès des collectivités et son réseau de
revendeurs constituent aussi des barrières commerciales pour un nouvel
entrant.
3. Asymétrie d’information sur le marché de
l’occasion
Définition. Il y a asymétrie d’information quand une partie
à l’échange détient une information que l’autre n’a pas.
Démonstration. Sur le marché de l’occasion entre
particuliers, le vendeur connaît l’entretien de la batterie et les chocs
subis par le cadre ; l’acheteur ne peut pas le vérifier (annexe 2). Il
s’agit d’une sélection adverse : la qualité est cachée
avant la vente. Les conséquences décrites dans l’annexe correspondent
exactement au mécanisme : les acheteurs, méfiants, renoncent ou
proposent un prix bas ; les propriétaires de vélos en bon état
n’obtiennent pas un prix correct et hésitent à vendre. Le marché
fonctionne mal et une partie des échanges utiles n’a pas lieu.
Intérêt du projet.
- Avantages : en diagnostiquant les vélos, en
remplaçant les pièces usées et en accordant une garantie, Brivel apporte
l’information qui manque à l’acheteur et s’engage sur la qualité. La
garantie est un signal crédible : un vendeur qui
tromperait les acheteurs devrait payer les réparations. Brivel profite
en plus de sa réputation de fabricant, qu’elle ne peut
pas se permettre de perdre. Le projet ouvre un marché à des clients au
budget plus serré et valorise le savoir-faire de l’atelier ; il
s’inscrit dans l’économie circulaire avec la SCOP partenaire.
- Limites : le reconditionnement de vélos « toutes
marques » suppose de connaître des technologies et des pièces de
concurrents ; la garantie représente un coût et un risque si les
diagnostics sont imparfaits ; Brivel doit, elle aussi, respecter son
devoir d’information envers les acheteurs (article 1112-1 du Code civil)
sur l’état des vélos.
Conclusion. Le projet répond directement à la défaillance
identifiée : il peut être recommandé, à condition de fiabiliser le
diagnostic et de chiffrer le coût de la garantie.
4. La proposition de l’annexe 3
Ce qui est légitime. Le groupement d’achats de batteries est
une coopération entre concurrents (coopétition) : les
trois fabricants achètent ensemble pour peser face à l’équipementier et
ont obtenu 9 % de remise. Chaque entreprise reste indépendante et libre
de ses prix de vente : cette coopération renforce la compétitivité des
petits fabricants français face aux grands groupes européens.
Ce qui pose problème. Échanger les grilles de prix de vente
2027 aux collectivités, « pour éviter de nous concurrencer », revient à
coordonner les prix sur les appels d’offres. Or l’article L420-1 du Code
de commerce interdit les actions concertées et ententes qui ont pour
objet ou peuvent avoir pour effet de fausser la concurrence, notamment
en faisant obstacle à la fixation des prix par le libre jeu du marché ou
en répartissant les marchés. Les collectivités paieraient plus cher que
si les fabricants se faisaient réellement concurrence. Brivel
s’exposerait à des sanctions de l’Autorité de la concurrence (chapitre
6) et à une atteinte grave à sa réputation auprès de ses clients
publics.
Recommandation. Yacine doit refuser
d’inscrire ce point et le dire par écrit ; le groupement doit se limiter
aux achats.
5. Externalités
| vélos cargo qui réduisent bruit et congestion, sans
rémunération |
positive |
produite par l’activité de Brivel (par l’usage de
ses vélos chez ses clients) |
| camions de livraison gênant les voisins tôt le matin |
négative |
produite |
| nouvelles pistes cyclables de l’agglomération qui attirent des
clients |
positive |
subie |
Une externalité internalisée. Les batteries usagées
pourraient polluer si elles étaient abandonnées. Brivel paie une
contribution, proportionnelle aux batteries qu’elle met sur le marché,
pour financer leur collecte et leur recyclage : le coût de cette
pollution potentielle est intégré dans ses coûts. C’est une application
du principe pollueur-payeur (article L110-1 du Code de
l’environnement) : c’est le producteur, et non la collectivité, qui
supporte les frais de prévention de la pollution.
Ce mécanisme porte un nom : la responsabilité élargie du
producteur (REP). L’article L541-10-1 du Code de
l’environnement (6°) y soumet les batteries ; le metteur sur le marché
verse une éco-contribution à un éco-organisme agréé. Version en vigueur
depuis le 24/04/2024, lue sur Légifrance — à jour au 14/10/2026.
6. Financement de la ligne d’assemblage
Calcul. Intérêts de la première année = 1 200 000 × 3,9 % =
46 800 €.
| Avantages |
les associés gardent le contrôle (pas de nouvel associé ni de
dilution) ; coût connu à l’avance (46 800 € d’intérêts la première
année) ; les intérêts sont une charge déductible du résultat
imposable |
pas de remboursement ni d’intérêts obligatoires ; renforce les
capitaux propres ; le fonds connaît déjà l’entreprise |
| Limites |
l’endettement bancaire passerait de 1,8 M€ à 3,0 M€ pour 2,1 M€ de
capitaux propres (rapport de 0,86 à 1,43) : risque si les ventes ne
suivent pas ; remboursements obligatoires pendant 7 ans |
Claire et Yacine perdent une partie du capital et du pouvoir : le
fonds obtient plus de droits et un siège supplémentaire ; le fonds
attendra une rentabilité, souvent supérieure au coût d’un emprunt |
Recommandation argumentée (exemple ; une autre conclusion
cohérente est acceptée). L’investissement doit permettre de produire 1
000 vélos de plus par an. La demande semble porteuse (aménagements
cyclables, intérêt des collectivités), mais l’endettement existant est
déjà élevé. Une solution mixte — une partie en emprunt, une partie en
capital — limiterait à la fois le risque financier et la perte de
contrôle. Si les dirigeants tiennent avant tout à garder le contrôle,
l’emprunt est préférable, à condition que les prévisions de ventes
garantissent les remboursements. Le choix précis du mode de financement
est approfondi au chapitre 12.
Piège
Ne confonds pas associé et prêteur
: le fonds régional, s’il souscrit l’augmentation de capital, devient
propriétaire d’une part plus grande de Brivel ; la
banque, elle, reste un créancier qui sera
remboursé.