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CEJM · chapitre 1 Chapitre offert

L’épreuve, et comment on y répond

Ce que tu sauras faire : Reconnaître ce qu’un sujet de CEJM attend et construire une réponse qui rapporte des points

55 min de cours 5 exercices corrigés 5 questions de quiz

1. Ce que le sujet donne, et ce qu’il attend

Avant d’apprendre à répondre, il faut savoir à quoi. Un sujet de CEJM ne ressemble à aucune autre épreuve du BTS.

ALa forme du sujet

L’épreuve dure quatre heures et porte le coefficient 6 — c’est, après l’étude de cas professionnelle, le plus fort coefficient de l’examen. Elle pèse autant que les mathématiques et l’anglais réunis.

Le sujet présente une seule entreprise, décrite par un dossier de documents : extraits de presse, données chiffrées, contrats, témoignages de dirigeants, organigrammes. Puis il pose des questions.

Et c’est là qu’est la particularité : les questions viennent des trois disciplines, mais elles ne le disent pas toujours. Aucune n’est intitulée « question de droit ». C’est à toi de reconnaître de quoi on te parle.

Tout ce que le sujet donne sert à quelque chose. Rien n’y est décoratif.

Ce qu’on trouve dans un sujet
Ce que le sujet donne À quoi ça sert L’erreur à éviter
Une présentation de l’entreprise Situer : taille, marché, forme juridique, effectif La survoler — c’est elle qui donne les mots à réutiliser
Des annexes documentaires Fournir les faits sur lesquels on raisonne Répondre sans y renvoyer : une réponse sans annexe vaut la moitié des points
Des données chiffrées Appuyer un diagnostic, mesurer une évolution Les recopier sans les interpréter
Un extrait de texte juridique ou un contrat Donner la règle applicable — souvent, elle est fournie Ne pas s’en servir, et réciter une règle de mémoire
Les questions Dire exactement ce qu’on attend Traiter le thème au lieu de traiter la question

La quatrième ligne surprend les étudiants. Quand un sujet fournit un extrait de texte, ce n’est pas une politesse : c’est qu’il attend qu’on l’utilise. Une copie qui récite une règle apprise alors que le sujet en donnait une autre perd les points deux fois — pour ne pas avoir lu, et pour avoir mal répondu.

Définition

La situation d’entreprise

Le dossier qui décrit une organisation réelle ou vraisemblable, et à partir duquel toutes les questions sont posées. Il n’y a pas de question « de cours » détachée du cas.

Conséquence directe : une réponse générale, juste mais sans l’entreprise, ne rapporte presque rien. « Le contrat engage les parties » est une phrase vraie qui vaut zéro. « Le contrat signé entre CADENCE et son sous-traitant polonais engage les deux sociétés, et CADENCE ne peut donc pas s’en retirer seule » vaut les points.

BReconnaître de quelle discipline vient une question

Les trois disciplines, et leur signature
Économie Droit Management
La question commence souvent par « Analysez… », « Expliquez l’évolution… », « Quels sont les effets… » « CADENCE peut-elle… », « Quels sont les droits de… », « Qualifiez… » « Quel est le choix… », « Justifiez la décision… », « Appréciez… »
Elle porte sur Un marché, un prix, une politique publique, un agrégat Une règle, un contrat, une responsabilité, une sanction Une décision, une structure, une stratégie, des hommes
On attend un raisonnement Cause → conséquence, appuyé sur un mécanisme Règle → faits → conclusion Diagnostic → options → choix justifié
Le mot qui doit apparaître Le mécanisme : offre, demande, élasticité, externalité La qualification : contrat, faute, préjudice, lien de causalité L’outil : ressources, compétences, structure, parties prenantes

Ce tableau vaut d’être su par cœur avant l’épreuve. La première erreur de copie n’est pas de mal répondre : c’est de répondre en économie à une question de droit. Une question qui demande si l’entreprise peut faire quelque chose est presque toujours juridique ; une question qui demande si elle a intérêt à le faire est managériale.

Exemple

Trois questions sur le même fait

Le fait : CADENCE sous-traite 27 % de ses achats à un atelier polonais.

Question d’économie — « Expliquez les raisons économiques d’un tel choix de sous-traitance. » → on attend le coût du facteur travail, la spécialisation, les économies d’échelle, la flexibilité de la capacité.

Question de droit — « Le sous-traitant livre avec deux mois de retard. Quels sont les recours de CADENCE ? » → on attend l’inexécution contractuelle, la mise en demeure, les sanctions possibles, et la clause pénale si le contrat en contient une.

Question de management — « Appréciez les risques que cette dépendance fait courir à CADENCE. » → on attend la dépendance envers un fournisseur unique, la perte de savoir-faire, l’image, et les options : relocaliser, doubler le fournisseur, internaliser.

Un seul fait, trois raisonnements, trois vocabulaires. C’est exactement ce que l’épreuve teste.

Piège

Traiter le thème plutôt que la question

C’est l’erreur la plus coûteuse, et la plus fréquente chez les étudiants qui ont bien appris.

On reconnaît le thème — « ah, la concurrence » — et on déroule tout ce qu’on sait : les ententes, les abus, l’autorité, les sanctions. La question, elle, demandait si une clause particulière du contrat était licite.

Le correcteur ne lit pas une récitation : il cherche une réponse. Un paragraphe qui répond vaut mieux que trois pages qui racontent.

2. Répondre à une question : la règle des quatre temps

Une méthode unique, valable pour les trois disciplines, et qui tient en quatre mouvements.

ALes quatre temps

Méthode

Comment se construit une réponse qui rapporte

  1. Le principe. Énoncer la notion, la règle ou le mécanisme en jeu — en une ou deux phrases, sans le cas. C’est la seule partie « de cours » de la réponse, et elle doit être courte.

  2. Les faits. Reprendre dans le dossier ce qui est pertinent, et seulement cela. On cite l’annexe : « selon l’annexe 3… ». C’est ici que se gagnent les points de la plupart des copies, parce que c’est ici que la plupart des copies sont vides.

  3. Le rapprochement. Appliquer le principe aux faits. C’est le cœur : « or le contrat prévoit… », « ce qui signifie que… ». Un principe et des faits posés côte à côte sans être rapprochés ne font pas une réponse.

  4. La conclusion. Répondre à la question posée, explicitement, et avec une nuance quand elle s’impose : « CADENCE peut donc refuser la livraison, à condition d’avoir mis son fournisseur en demeure ».

On l’appelle parfois le syllogisme, et c’est vrai en droit. Mais les quatre temps valent aussi en économie — mécanisme, données du dossier, application, conséquence — et en management — outil, situation de l’entreprise, diagnostic, recommandation. Une seule méthode pour toute l’épreuve : c’est ce qui permet de la tenir sous la pression.

Exemple

Les quatre temps, sur une question de droit

La question. « Le fournisseur polonais de CADENCE a livré avec deux mois de retard, ce qui a fait perdre un marché public de 180 000 €. CADENCE peut-elle obtenir réparation ? »

1. Le principe. Le contrat oblige chacune des parties à exécuter ce qu’elle a promis. Celui qui n’exécute pas, ou exécute avec retard, engage sa responsabilité contractuelle : le créancier peut demander réparation du préjudice subi, à condition de prouver une inexécution, un préjudice et un lien entre les deux.

2. Les faits. Selon l’annexe 4, le contrat fixait la livraison au 15 mars ; elle est intervenue le 20 mai, soit plus de deux mois de retard. CADENCE établit avoir perdu, faute de marchandise, un marché public de 180 000 €, dont la notification figure à l’annexe 5.

3. Le rapprochement. L’inexécution est établie — le retard est un manquement au contrat. Le préjudice est chiffré et prouvé. Le lien de causalité est direct : c’est bien l’absence de marchandise qui a empêché de répondre au marché.

4. La conclusion. CADENCE peut donc engager la responsabilité contractuelle de son fournisseur et demander réparation. Une réserve cependant : si le contrat contient une clause limitant l’indemnisation, celle-ci s’appliquera et le montant obtenu sera plafonné.

Remarque de méthode : la réponse fait dix lignes. Elle n’a besoin de rien de plus, et une copie de trente lignes qui ne fait pas ces quatre mouvements vaut moins.

À retenir

Une phrase à se répéter en salle d’examen

« De quoi me parle-t-on, que dit le dossier, qu’est-ce que ça donne, et qu’est-ce que je réponds ? »

Quatre questions, quatre paragraphes. Si l’un des quatre manque, la réponse est incomplète — et le correcteur le voit en trois secondes.

BCe qui fait perdre des points sans qu’on le sache

Les réflexes qui coûtent cher
Ce qu’on fait Pourquoi ça coûte Ce qu’il faut faire
Recopier une annexe Le correcteur a le sujet sous les yeux : recopier ne prouve rien Sélectionner trois chiffres et dire ce qu’ils montrent
Répondre sans citer d’annexe Rien ne rattache la réponse au cas Renvoyer explicitement : « l’annexe 2 indique… »
Donner un avis personnel L’épreuve évalue un raisonnement, pas une opinion Argumenter : un fait, un mécanisme, une conséquence
Écrire « je pense que » Affaiblit tout ce qui suit Affirmer, puis nuancer : « … sous réserve que… »
Tout traiter au même niveau Une question sur 2 points et une sur 8 reçoivent la même longueur Regarder le barème et répartir le temps
Finir sans conclure La réponse est là mais le correcteur doit la chercher Une phrase de conclusion qui reprend la question

La cinquième ligne est celle qui fait basculer une note. Quatre heures pour, en général, huit à douze questions. Le barème est presque toujours indiqué : une question sur 6 points mérite trois fois plus de temps qu’une question sur 2, et l’étudiant qui soigne la première question et bâcle les trois dernières perd plus que celui qui répartit.

À retenir

Une annexe citée par réponse, au minimum

Chaque réponse doit renvoyer à au moins un élément du dossier. Sans cela, la copie est hors sujet même si elle est juste.

C’est la règle la plus simple du chapitre, et celle qui change le plus de notes. On l’applique mécaniquement : après avoir rédigé une réponse, on se demande « ai-je cité le dossier ? ». Si non, on n’a pas répondu au cas, on a récité.

Piège

Confondre « l’entreprise a le droit » et « l’entreprise a intérêt »

Les deux formules se ressemblent et ne vivent pas dans la même discipline.

« CADENCE peut-elle rompre ce contrat ? » est juridique : on cherche la règle et les conditions.

« CADENCE a-t-elle intérêt à rompre ce contrat ? » est managériale : on cherche les conséquences, les options et le choix.

Beaucoup de sujets posent les deux questions à la suite, exprès. Une copie qui répond deux fois la même chose perd la moitié des points des deux.

3. L’entreprise du manuel : CADENCE

Tous les chapitres de cette matière raisonnent sur la même entreprise. Autant la connaître dès maintenant.

AQui est CADENCE

Exemple

Document 1 — CADENCE en quelques lignes

Fondée en 1998 à Angers, CADENCE conçoit, fabrique et vend du mobilier de bureau : sièges, bureaux, cloisons acoustiques, rangements.

La société emploie 140 salariés et réalise 28 millions d’euros de chiffre d’affaires. Elle vend pour 62 % à des entreprises, pour 26 % à des collectivités publiques — mairies, régions, universités — et pour 12 % en location de mobilier avec service, une activité lancée il y a trois ans.

L’atelier d’Angers assure l’assemblage et la finition. La fabrication des piétements métalliques est sous-traitée depuis 2016 à un atelier polonais, qui représente aujourd’hui près de 27 % des achats.

Le capital est détenu à 54 % par la famille fondatrice, à 26 % par un fonds régional, à 7 % par les salariés et à 13 % par le public. La société est cotée sur un marché destiné aux petites et moyennes entreprises.

La direction générale prépare le lancement de Cadence Flex, une offre de location de mobilier avec entretien et reprise en fin de contrat, qui demande un investissement de 2 400 000 euros.

Présentation composée pour ce manuel, sur le modèle des dossiers d’examen. L’entreprise est fictive ; les ordres de grandeur sont ceux d’une PME industrielle française.

Garde ce document sous la main. Tous les chapitres de cette matière y renvoient, et les exercices supposent que tu connaisses ces chiffres. C’est aussi un entraînement : un sujet d’examen commence toujours par un texte de ce genre, et savoir en extraire les données utiles en trois minutes est une compétence à part entière.

Ces chiffres reviendront. Ils sont cohérents entre eux : le bilan équilibre et le compte de résultat boucle.

Les chiffres de CADENCE
Montant ou valeur Ce que ça dit
Chiffre d’affaires 28 000 000,00 € Une PME industrielle de taille moyenne
Croissance sur un an 7,28 % Une progression réelle : le marché n’est pas en déclin
Résultat net 1 050 000,00 € Soit 3,75 % du chiffre d’affaires — une marge mince, propre à l’industrie
Effectif 140 salariés Contre 132 l’an dernier : l’entreprise embauche
Charges de personnel 7 560 000,00 € Soit 27,00 % du chiffre d’affaires
Capitaux propres 9 520 000,00 € Soit 40,00 % du bilan — l’entreprise n’est ni fragile ni très solide
Dettes financières 6 860 000,00 € Un endettement significatif, qui pèsera sur le projet Flex
Clients actifs 1240 Dont les dix premiers font 38,00 % du chiffre d’affaires — une concentration à surveiller

Une lecture à faire tout de suite. La dernière ligne est un signal : dix clients pèsent près de quatre dixièmes du chiffre d’affaires. En perdre deux ferait plus de mal que d’en perdre cent petits. C’est un fait économique, un risque managérial, et — si un contrat-cadre les lie — une question juridique. Un seul chiffre, trois disciplines.

BUn dossier, et ce qu’on en tire

Exemple

Extraire les données utiles en trois minutes

Reprends le document 1 et cherche ce qui pourrait faire l’objet d’une question. En le lisant en analyste, on trouve au moins sept prises :

· « société anonyme cotée » → gouvernance, actionnaires, obligations d’information. Droit et management.

· « 26 % aux collectivités publiques » → marchés publics, procédure, délais de paiement. Droit.

· « sous-traitance en Pologne » → coût du travail, dépendance, contrat international. Les trois.

· « location avec service » → changement de modèle économique, immobilisation du matériel, besoin de financement. Économie et management.

· « 7 % détenus par les salariés » → participation, motivation, gouvernance. Management.

· « investissement de 2 400 000 € » → financement, arbitrage fonds propres et dette. Économie et management.

· « fondée en 1998, famille fondatrice majoritaire » → transmission, culture d’entreprise, horizon long. Management.

Fais cet exercice sur chaque sujet blanc. Il prend trois minutes et il transforme la lecture : on ne lit plus une histoire, on repère des prises.

À retenir

Le temps, sur quatre heures

30 minutes de lecture, 3 h 15 de rédaction, 15 minutes de relecture.

La demi-heure de lecture n’est pas du temps perdu : c’est elle qui évite de découvrir à la question 7 un document qu’on aurait dû utiliser à la question 2. On lit tout le sujet avant d’écrire une ligne, questions comprises.

À retenir

Les quatre phrases du chapitre

1. L’épreuve donne une entreprise et pose des questions des trois disciplines, sans dire laquelle. « Peut-elle ? » est juridique ; « a-t-elle intérêt ? » est managérial.

2. Toute réponse suit quatre temps : le principe, les faits, le rapprochement, la conclusion.

3. Chaque réponse cite au moins un élément du dossier. Sans annexe, la copie récite au lieu de répondre.

4. On regarde le barème avant de répartir son temps — et l’on lit tout le sujet avant d’écrire.

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