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B3SISR · chapitre 1 Chapitre offert

Durcir l'infrastructure

Ce que tu sauras faire : Vérifier les éléments qui contribuent à la sûreté d'une infrastructure, choisir un référentiel de sécurité daté, durcir les serveurs Linux, les commutateurs et le Wi-Fi (surface d'attaque, comptes par défaut, SSH, correctifs, journalisation centralisée), auditer la conformité avec un outil, traiter les écarts et intégrer ces exigences dans un projet d'infrastructure.

2 h de cours 10 exercices corrigés 10 questions de quiz

1. Pourquoi durcir

Un serveur ou un commutateur sort de son carton réglé pour « marcher tout de suite », pas pour résister. Le durcir, c’est retirer ce qui ne sert pas, régler ce qui reste selon un référentiel reconnu, puis prouver que c’est fait. Ce chapitre ouvre la partie SISR du bloc 3 : il suppose connus les risques (B3-01), les postes (B3-04), les accès (B3-05) et le chiffrement (B3-06).

ALes questions de l’assureur

Le 13 octobre 2026, l’assureur de Kervanet Hôtels & Résidences a envoyé un questionnaire avant de renouveler la garantie cyber (B3-01). Trois questions embarrassent Gwenaëlle Le Bihan : « Vos serveurs sont-ils configurés selon un référentiel de sécurité ? Vos journaux sont-ils conservés hors des machines ? En combien de jours corrigez-vous une faille critique ? »

Le 16 octobre, Julien Maréchal ouvre le ticket VEL-2026-4455 pour Lucas Ferrandi, alternant SISR : écrire un socle de durcissement des serveurs Debian et des équipements réseau, l’essayer sur la machine du laboratoire LAB-UBU01, auditer l’existant et préparer les réponses pour le comité de direction du 15 novembre. Ses premiers constats, au 20 octobre, servent de fil au chapitre.

Premiers constats de Lucas sur l’infrastructure de Kervanet (20/10/2026)
Élément Constat Partie
KV-RECETTE (Debian 13) un serveur web de développement lancé pendant la recette du 9 octobre écoute encore, sur toutes les interfaces 4
KV-TEL (téléphonie IP) interface web d’administration en HTTP, joignable depuis le VLAN 10 des réceptions 4
Commutateurs des 7 sites configuration de référence de SISR-02 pas encore appliquée : ports libres actifs dans le VLAN 10, serveur web d’administration actif, aucune surveillance DHCP 8
Onduleur du siège KV-PNF-OND01 carte réseau d’administration avec le compte d’usine ; aucun test de batterie consigné 3
Wi-Fi du personnel (KV-Personnel) WPA2/WPA3 Personnel en mode de transition, clé partagée inchangée depuis 2023 9
Journaux serveurs Debian envoyés en clair (UDP 514) au collecteur de Vellacor ; pare-feu et commutateurs non raccordés 7
À retenir

Ce que le référentiel attend de toi

  • Participer à la vérification des éléments qui contribuent à la sûreté d’une infrastructure (C3A.5-a).
  • Prendre en compte la sécurité dans un projet d’infrastructure (C3A.5-b).
  • Mettre en œuvre et vérifier la conformité à un référentiel, une norme ou un standard (C3A.5-c).

Tu participes : tu proposes, configures, testes et documentes ; les écarts acceptés sont décidés par le responsable (ici Julien Maréchal) et, s’ils engagent un risque important, par le client.

BDurcir, c’est quoi ?

Définition

Durcissement

Le durcissement (hardening) d’un système ou d’un équipement est l’ensemble des réglages qui réduisent sa surface d’attaque (B3-01) et renforcent ses protections : supprimer les logiciels, services, ports et comptes inutiles, remplacer les réglages par défaut faibles, appliquer les correctifs, limiter les droits, journaliser. Il se fait selon un référentiel et se vérifie.

Le durcissement ne remplace ni le pare-feu (B3SISR-02) ni la détection (B3SISR-03). Trois principes le guident : minimiser (ce qui n’existe pas ne peut pas être attaqué), moindre privilège (B3-05) et traçabilité.

Le cycle du durcissement
1. Choisir le référentiel ANSSI, CIS, éditeur… 2. Écrire le socle règles datées et testables 3. Appliquer maquette, puis production 4. Auditer outil + contrôles manuels 5. Traiter les écarts corriger ou accepter par écrit 6. Documenter fiche de conformité, version Recommencer changement, mise à jour, nouvelle version
On choisit un référentiel, on en tire un socle de règles testables, on l'applique d'abord en maquette, on audite, on corrige ou on accepte chaque écart par écrit, on documente, et on recommence à chaque changement.

2. Choisir un référentiel

« Sécuriser un serveur » ne veut rien dire tant qu’on ne sait pas par rapport à quoi. Un référentiel donne la liste des règles à respecter, publiée, datée et reconnue.

ALes familles de référentiels

Les familles de référentiels de sécurité
Famille Qui l’écrit Valeur Exemples
Norme organisme de normalisation (ISO, AFNOR) adoptée par consensus ; certifiable pour certaines ISO/IEC 27001 (système de management de la sécurité), ISO/IEC 27002:2022 (catalogue de mesures)
Guide de bonnes pratiques agence publique, éditeur, association recommandations ; référence pour apprécier la sécurité « adaptée au risque » guides de l’ANSSI, CIS Benchmarks, guides de configuration des éditeurs
Standard technique organisme de standardisation, consortium définit un protocole ou un format RFC de l’IETF (syslog sur TLS), IEEE 802.1X, WPA3 de la Wi-Fi Alliance, CVSS du FIRST

L’ISO/IEC 27002:2022 contient des mesures que ce chapitre met en œuvre : 8.8 gestion des vulnérabilités techniques, 8.9 gestion des configurations, 8.15 journalisation, 8.17 synchronisation des horloges, 8.20 sécurité des réseaux. Une norme dit quoi obtenir ; un guide technique dit comment le régler sur tel système.

BLes guides de l’ANSSI utiles ici

Guides de l’ANSSI pour durcir une infrastructure (pages consultées le 20/10/2026)
Guide Version et date Ce qu’il apporte
Recommandations de configuration d’un système GNU/Linux (ANSSI-BP-028) v2.0 du 03/10/2022 80 recommandations R1 à R80, classées par niveau de durcissement
Recommandations relatives à l’administration sécurisée des SI (ANSSI-PA-022) v3.0, page publiée le 11/05/2021 réseau et postes d’administration, comptes dédiés (vu en B3-05)
Recommandations pour un usage sécurisé d’(Open)SSH (DAT-NT-007) v1.3 du 17/08/2015 31 recommandations sur SSH
Recommandations pour la sécurisation d’un commutateur de desserte (DAT-NT-25) v1.0 du 24/06/2016 administration, comptes, VLAN, ports d’un commutateur d’accès
Recommandations de sécurité pour l’architecture d’un système de journalisation page publiée le 28/01/2022 collecte, centralisation, protection des journaux
Les essentiels : sécurisation des réseaux Wi-Fi v1.0 d’août 2026 (page du 31/08/2026) modes de sécurité, cloisonnement, administration des bornes

Le guide GNU/Linux classe chaque recommandation selon quatre niveaux cumulatifs : minimal (à appliquer partout), intermédiaire (dès que possible sur la plupart des systèmes), renforcé (besoin de sécurité fort) et élevé (si l’équipe a les compétences et le temps de le maintenir). Appliquer un niveau suppose d’avoir appliqué ceux du dessous.

Piège

Un guide se lit avec sa date

La note OpenSSH de l’ANSSI date de 2015 : elle préconise encore la directive Protocol 2, que les versions actuelles d’OpenSSH ne reconnaissent plus (seule la version 2 existe), et des algorithmes que le guide des mécanismes cryptographiques de 2026 a dépassés (B3-06). Cite toujours la version du guide, garde les principes (clés, comptes nominatifs, écoute limitée) et vérifie les détails techniques dans des sources à jour.

CD’autres référentiels

  • Les CIS Benchmarks (Center for Internet Security) donnent, système par système, des réglages notés et des procédures de contrôle.
  • Le projet libre ComplianceAsCode (contenu utilisé par l’outil OpenSCAP) propose, au 20/10/2026, des profils ANSSI-BP-028 (minimal, intermédiaire, renforcé, élevé) pour Debian 12 et Debian 13 : ils vérifient automatiquement une partie des recommandations.
  • Les éditeurs publient aussi leurs guides de durcissement (systèmes, commutateurs, pare-feu).

Quand deux référentiels divergent, on choisit et on écrit le choix. Exemple : Lynis (partie 10) suggère une bannière de connexion, alors que la note de l’ANSSI sur les commutateurs recommande de ne pas en configurer (R23), pour ne rien révéler de l’équipement. Vellacor a retenu un avertissement juridique court, sans aucune information technique, sur les serveurs.

DÉcrire le socle de l’organisation

Définition

Socle de sécurité

Un socle de sécurité (ou référentiel de configuration) est le document interne qui fixe, pour une famille d’équipements, les réglages obligatoires, la façon de les vérifier et les exceptions admises. Il cite les référentiels dont il s’inspire, porte un numéro de version et une date, et a un responsable.

Méthode

Construire un socle de durcissement

  1. Délimiter la famille d’équipements (serveurs Debian 13, commutateurs d’accès, bornes Wi-Fi) et ses usages.
  2. Choisir le ou les référentiels et le niveau visé (pour Vellacor : ANSSI-BP-028 niveaux minimal et intermédiaire).
  3. Traduire chaque recommandation retenue en règle testable : « SSH n’écoute que sur l’adresse d’administration », pas « SSH est sécurisé ».
  4. Associer à chaque règle sa preuve : commande, sortie attendue, test de l’outil d’audit.
  5. Essayer le socle sur une maquette avant la production.
  6. Lister les exceptions avec leur justification, leur responsable et leur date de revue.
  7. Faire valider, versionner, ranger le socle avec la documentation d’exploitation (GitLab de Vellacor).
Extrait du socle « serveurs Debian 13 » de Vellacor (v1.0 du 20/10/2026)
N° Règle Origine Preuve
S-01 seuls les paquets et services nécessaires sont installés et actifs ANSSI R58, R62 liste des services, ss -tulpn
S-02 chaque service réseau n’écoute que sur l’adresse utile ANSSI R80 ss -tulpn, balayage depuis le réseau voisin
S-03 SSH : clés seules, pas de root, groupe autorisé, écoute sur l’adresse d’administration ANSSI R33, NT OpenSSH R21, R22, R25 sshd -T
S-04 correctifs de sécurité appliqués dans les délais de la politique ANSSI R61 apt list --upgradable, ticket
S-05 paramètres réseau du noyau durcis ANSSI R12 sysctl
S-06 journaux envoyés au collecteur, horloge synchronisée ANSSI R71 message de test reçu sur le collecteur
S-07 aucun compte inutilisé ni compte par défaut actif ANSSI R30 liste des comptes
S-08 audit Lynis : aucun avertissement non traité interne rapport daté

3. Vérifier la sûreté

La sûreté protège contre les pannes, les erreurs et les accidents (B3-01). Avant de traquer l’attaquant, on vérifie que l’infrastructure tient debout toute seule : énergie, température, redondance, sauvegardes, heure, place disque. Ces vérifications font partie de la compétence C3A.5-a.

ALes éléments à vérifier

Le technicien participe à la vérification : il contrôle des points précis, relève les preuves et signale les écarts. La conception de la haute disponibilité relève de SISR-07, la sauvegarde de B1-05, la supervision de SISR-09.

Liste de vérification de la sûreté d’un site de Kervanet
Élément Ce qu’on vérifie Preuve
Énergie onduleur présent, autonomie suffisante pour un arrêt propre, test de batterie récent, arrêt automatique des serveurs programmé rapport de test daté, essai de coupure en maintenance
Environnement baie fermée à clé, température surveillée, pas d’eau au-dessus relevé de la supervision, visite
Redondance double alimentation des hyperviseurs, deux hyperviseurs, lien de secours schéma, essai de bascule (SISR-07)
Sauvegardes règle 3-2-1, dernier test de restauration rapport de restauration (B1-05)
Heure une seule source de temps : serveurs et commutateurs sur le pare-feu du site (ntp server sur un commutateur de type Cisco IOS) timedatectl ou chronyc tracking sur Debian
Capacité disques sous le seuil d’alerte, rotation des journaux supervision, df -h
Configurations copie à jour de la configuration de chaque équipement réseau date du dernier export
Cycle de vie matériels et logiciels encore pris en charge, contrats de maintenance inventaire GLPI (B1-03)
Exemple

L'onduleur du siège

L’onduleur du siège KV-PNF-OND01 a une carte réseau qui permet de le superviser et de déclencher l’arrêt propre des hyperviseurs (SISR-07). Lucas constate deux écarts : la carte a toujours son compte d’usine (un écart de sécurité, partie 4), et aucun test de batterie n’a été consigné depuis l’installation (un écart de sûreté : on ignore si l’autonomie annoncée tient encore). Il propose un test programmé en maintenance et l’envoi des alertes de l’onduleur à la supervision.

Piège

Sûreté et sécurité se mélangent

Le journal de débogage qui a rempli le disque de KV-KERMAINT le 7 octobre (B1-06) est un incident de sûreté, mais un disque plein empêche aussi d’écrire les journaux de sécurité : rotation des journaux et alerte disque sont dans le socle.

4. Réduire la surface d’attaque

Chaque service qui écoute sur le réseau est une porte ; chaque compte inutile, une clé qui traîne. La première étape du durcissement consiste à faire l’inventaire de ce qui est ouvert, puis à fermer tout ce qui ne sert pas. C’est la mesure la plus simple et souvent la plus efficace.

ARecenser les services à l’écoute

Sur un serveur Linux, la commande ss liste les connexions ; avec -tulpn, elle affiche les ports TCP et UDP en écoute, le processus concerné, et les adresses en chiffres (n). Voici LAB-UBU01 (Ubuntu 24.04 LTS, 10.20.50.20), tel que Lucas l’a reçu au laboratoire le 20/10/2026.

$ ss -tulpn
Netid State  Recv-Q Send-Q Local Address:Port Peer Address:PortProcess                          
udp   UNCONN 0      0            0.0.0.0:514       0.0.0.0:*    users:(("rsyslogd",pid=65,fd=6))
tcp   LISTEN 0      128          0.0.0.0:22        0.0.0.0:*    users:(("sshd",pid=63,fd=3))    
tcp   LISTEN 0      5            0.0.0.0:8000      0.0.0.0:*    users:(("python3",pid=71,fd=3)) 

Lecture : trois services écoutent sur 0.0.0.0, toutes les adresses de la machine : une réception syslog (UDP 514) inutile hors d’un collecteur, un serveur web de test oublié (port 8000) et SSH.

On vérifie aussi depuis le réseau. Lucas lance un balayage de ports depuis la maquette voisine LAB-LOG01 (10.20.50.42), sur sa propre machine de laboratoire :

$ nmap -n -Pn -sT -sU -p T:1-65535,U:514 10.20.50.20
Nmap scan report for 10.20.50.20
Host is up (0.00011s latency).
Not shown: 65533 closed tcp ports (conn-refused)
PORT     STATE         SERVICE
22/tcp   open          ssh
8000/tcp open          http-alt
514/udp  open|filtered syslog
Piège

Un balayage se fait avec une autorisation

nmap est un outil d’audit. Le lancer sur un équipement qui n’est pas à toi, ou hors du périmètre convenu par écrit, peut constituer une tentative d’accès frauduleux (art. 323-1 C. pén., vu en B3-05 et B3-07). Au laboratoire ou dans le cadre d’un audit commandé, avec un périmètre écrit, c’est un contrôle normal.

BFermer ce qui ne sert pas

La règle de l’ANSSI est double : n’installer que les paquets strictement nécessaires (R58) et désactiver les services qui ne servent pas (R62) ; pour les services réseau, réduire la surface exposée (R80), par exemple en n’écoutant que sur l’adresse utile.

Méthode

Réduire la surface d'un serveur

  1. Lister les services à l’écoute (ss -tulpn) et les services actifs (systemctl list-units --type=service --state=running).
  2. Justifier chaque service par un besoin (qui l’utilise, depuis où) ; sans justification, il est candidat à la suppression.
  3. Arrêter et désactiver : systemctl disable --now <service> ; si le logiciel est inutile, le désinstaller (apt purge <paquet>).
  4. Restreindre l’écoute des services utiles à l’adresse nécessaire (127.0.0.1 pour un service local).
  5. Vérifier de l’intérieur (ss) et de l’extérieur (balayage autorisé), puis consigner le résultat.

Après le traitement, LAB-UBU01 n’expose plus que SSH, et seulement sur son adresse :

$ ss -tulpn
Netid State  Recv-Q Send-Q Local Address:Port Peer Address:PortProcess                             
tcp   LISTEN 0      128      10.20.50.20:22        0.0.0.0:*    users:(("sshd",pid=42577,fd=3))    

Le balayage depuis LAB-LOG01 ne trouve plus que 22/tcp open ssh.

La surface d'attaque de LAB-UBU01, avant et après
Avant Après LAB-UBU01 — 3 services exposés écoute sur 0.0.0.0 (toutes les adresses) 22/tcp SSH : mots de passe acceptés 514/udp réception syslog inutile 8000/tcp serveur web de test oublié LAB-UBU01 — 1 service exposé écoute sur 10.20.50.20 seulement 22/tcp SSH : clés, groupe ssh-admins 514/udp : fermé (service retiré) 8000/tcp : fermé (service arrêté) sortant : journaux vers 6514/tcp (TLS) sortie de « ss -tulpn » et de nmap
Trois services exposés à toutes les adresses deviennent un seul service, SSH, limité à l'adresse de la machine ; la réception syslog et le serveur de test disparaissent.

Le même raisonnement s’applique aux constats de Kervanet. Sur KV-RECETTE, le serveur web de développement oublié depuis la recette du 9 octobre est arrêté, et la consigne de recette précise désormais qu’un outil de test s’arrête à la fin de la séance. À l’inverse, MariaDB, sur KV-KERMAINT, montre le bon réglage : elle n’est appelée que par KerMaint, installé sur la même machine, et n’écoute que sur 127.0.0.1 (directive bind-address, réglage du paquet Debian, SLAM-06) ; le port 3306 n’est pas joignable du réseau. L’interface web de KV-TEL doit passer en HTTPS et n’être joignable que depuis le VLAN d’administration, ce que le pare-feu doit aussi imposer (B3SISR-02).

CSupprimer les comptes par défaut

Définition

Compte par défaut

Un compte par défaut est un compte créé par le fabricant ou l’éditeur, avec un identifiant et souvent un mot de passe identiques sur tous les exemplaires et publiés dans la documentation : admin, root, cisco, ubnt… Les attaquants les essaient en premier.

Où chercher des comptes par défaut
Équipement Exemple de compte Mesure
Onduleur, carte d’administration compte d’usine de l’interface web changer le mot de passe, créer un compte nominatif, désactiver le compte d’usine si possible
Commutateur, borne Wi-Fi compte d’usine, mot de passe imprimé sur l’étiquette comptes nominatifs, compte local de secours unique (DAT-NT-25, R13 et R18)
Serveur Linux root avec mot de passe connexion directe de root interdite, administration par sudo (ANSSI R33)
Application compte test ou admin créé à l’installation supprimer ou désactiver, revue des comptes (B3-05)

L’ANSSI demande de désactiver les comptes inutilisés (R30) ; les comptes d’administration et leurs revues sont traités en B3-05 : ici, on vérifie qu’aucun équipement n’a gardé ses identifiants d’usine.

5. Durcir un serveur Linux

Une fois la surface réduite, on règle ce qui reste. Sur un serveur Debian, le socle de Vellacor touche quatre zones : le serveur SSH, les paramètres réseau du noyau, les droits par défaut des fichiers et l’avertissement de connexion. Chaque réglage est testé, puis vérifié.

ARenforcer SSH

Tu as vu en B3-05 les directives qui protègent les comptes (PermitRootLogin no, AllowGroups, PasswordAuthentication no, double authentification) et en B3-06 l’authentification par clé. Le socle les complète par des réglages qui réduisent ce qu’une session permet et ce qu’un attaquant peut tenter.

Sur Debian 13 comme sur Ubuntu, le fichier principal /etc/ssh/sshd_config commence par Include /etc/ssh/sshd_config.d/*.conf. On ne modifie donc pas le fichier livré : on ajoute un fichier dans sshd_config.d, qui survit aux mises à jour du paquet.

Piège

La première valeur gagne

Pour la plupart des directives, OpenSSH retient la première valeur lue. Comme l’Include est en tête du fichier principal, un réglage placé dans sshd_config.d/10-durcissement.conf l’emporte sur le même réglage écrit plus bas dans sshd_config ; et entre deux fichiers inclus, c’est celui qui vient en premier dans l’ordre alphabétique. Vérifie toujours la configuration effective avec sshd -T, pas seulement le fichier que tu as écrit.

Voici le fichier essayé sur LAB-UBU01 (OpenSSH 9.6p1 ; mêmes directives dans OpenSSH 10.0 de Debian 13) :

$ cat /etc/ssh/sshd_config.d/10-durcissement.conf
# Socle SSH des serveurs Debian gérés par Vellacor (version du 20/10/2026)
ListenAddress 10.20.50.20
PermitRootLogin no
PasswordAuthentication no
KbdInteractiveAuthentication no
AllowGroups ssh-admins
MaxAuthTries 3
LoginGraceTime 30
MaxSessions 2
ClientAliveInterval 300
ClientAliveCountMax 2
X11Forwarding no
AllowTcpForwarding no
AllowAgentForwarding no
PermitUserEnvironment no
TCPKeepAlive no
LogLevel VERBOSE
Banner /etc/issue.net
Ce qu’apportent les directives du socle (au-delà de B3-05)
Directive Effet Pourquoi
ListenAddress écoute sur une seule adresse l’ANSSI recommande d’écouter seulement sur l’adresse d’administration (NT OpenSSH, R25)
MaxAuthTries 3, LoginGraceTime 30 moins d’essais par connexion, 30 s pour s’authentifier freine les essais automatiques et les connexions laissées en attente
MaxSessions 2 deux sessions au plus par connexion limite le multiplexage abusif
ClientAliveInterval 300, ClientAliveCountMax 2 ferme la session si le client ne répond plus à deux contrôles espacés de 5 min pas de session fantôme
X11Forwarding, AllowTcpForwarding, AllowAgentForwarding à no interdit les redirections un serveur ne doit pas servir de tunnel (NT OpenSSH, R27 et R28)
PermitUserEnvironment no l’utilisateur ne modifie pas l’environnement du serveur NT OpenSSH, R23
LogLevel VERBOSE journalise l’empreinte de la clé utilisée savoir quelle clé s’est connectée (imputabilité)
Banner /etc/issue.net avertissement juridique avant l’authentification choix de Vellacor (partie 2)

On contrôle la syntaxe avant de recharger le service, en gardant une session ouverte (B3-05) :

$ sshd -t && echo syntaxe OK
syntaxe OK

Puis on lit la configuration effective, avant et après :

Configuration effective de SSH sur LAB-UBU01 (extrait de sshd -T, 20/10/2026)
Directive Avant Après
listenaddress 0.0.0.0:22 et [::]:22 10.20.50.20:22
permitrootlogin without-password no
passwordauthentication yes no
maxauthtries 6 3
clientaliveinterval 0 300
x11forwarding yes no
allowtcpforwarding yes no
allowgroups (non défini) ssh-admins
loglevel INFO VERBOSE
Astuce

Le port 22 n’est pas changé. L’ANSSI ne recommande un autre port que pour un service exposé à un réseau non maîtrisé (NT OpenSSH, R26) ; ici, SSH n’est joignable que depuis le réseau d’administration, à travers le VPN. Changer de port n’est pas une protection : c’est au mieux un filtre contre les robots les plus simples.

BRégler le noyau et les droits

Le noyau Linux expose des paramètres réglables (sysctl). La recommandation R12 de l’ANSSI fixe ceux de la pile IPv4 : un serveur qui n’est pas un routeur ne relaie pas les paquets, n’accepte pas les redirections ICMP ni le routage par la source, vérifie l’adresse d’origine des paquets (reverse path filtering) et journalise les paquets aux adresses impossibles (martians). On les écrit dans un fichier de /etc/sysctl.d/, appliqué au démarrage :

$ cat /etc/sysctl.d/60-durcissement-reseau.conf
# Paramètres réseau IPv4 (inspirés de la recommandation R12 de l'ANSSI, guide BP-028 v2.0)
net.ipv4.ip_forward = 0
net.ipv4.conf.all.accept_redirects = 0
net.ipv4.conf.default.accept_redirects = 0
net.ipv4.conf.all.send_redirects = 0
net.ipv4.conf.default.send_redirects = 0
net.ipv4.conf.all.accept_source_route = 0
net.ipv4.conf.default.accept_source_route = 0
net.ipv4.conf.all.rp_filter = 1
net.ipv4.conf.default.rp_filter = 1
net.ipv4.conf.all.log_martians = 1
net.ipv4.conf.default.log_martians = 1
net.ipv4.icmp_echo_ignore_broadcasts = 1
net.ipv4.tcp_syncookies = 1

sysctl -p /etc/sysctl.d/60-durcissement-reseau.conf applique le fichier tout de suite ; sysctl net.ipv4.ip_forward lit une valeur. Les autres paramètres du noyau se testent d’abord en maquette.

Deux réglages de comptes complètent le socle :

  • le masque par défaut des fichiers créés (UMASK dans /etc/login.defs) passe de 022 à 027 : un nouveau fichier n’est plus lisible par « les autres » (R36 de l’ANSSI, qui fixe 0077 pour les sessions des utilisateurs et en général 0027 pour les services) ;
  • les vidages mémoire (core dumps), qui peuvent contenir des mots de passe en clair, sont interdits par la ligne * hard core 0 dans /etc/security/limits.conf.

6. Corriger les vulnérabilités

Un serveur parfaitement réglé devient vulnérable le jour où une faille est publiée dans l’un de ses logiciels. Le tronc commun (B3-04, B3-07) a posé la procédure ; ici, on la précise pour les serveurs : lire un avis, comprendre un score CVSS 4.0, tenir compte des rétroportages des distributions et fixer des délais.

ALes sources d’information

Le CERT-FR (centre gouvernemental de veille, d’alerte et de réponse, rattaché à l’ANSSI, site cert.cyber.gouv.fr) publie plusieurs types de documents, reconnaissables à leur référence. Au 20/10/2026, sa page d’accueil en présente six types, dont les quatre suivants (les autres : menaces et incidents, indicateurs de compromission).

Les publications du CERT-FR (exemples relevés le 20/10/2026)
Type Référence Usage pour un administrateur
Avis de sécurité CERTFR-2026-AVI-1344 (Mattermost Server, 20/10/2026) une vulnérabilité et son correctif : à traiter dans le cycle prévu
Alerte de sécurité CERTFR-2026-ALE-013 (Ivanti Connect Secure, 14/10/2026) une vulnérabilité activement exploitée ou critique : action immédiate
Bulletin d’actualité CERTFR-2026-ACT-044 (19/10/2026) synthèse régulière de l’actualité
Durcissement et recommandations CERTFR-2025-DUR-003 (22/01/2026) recommandations de configuration

Un flux RSS permet de recevoir ces publications. L’organisation de la veille (abonnements, tri, corrélation avec l’inventaire) est traitée en B3SISR-03 ; ici, tu apprends à exploiter un avis pour un serveur.

BLire un score CVSS 4.0

Le CVSS (Common Vulnerability Scoring System), publié par le FIRST, note la gravité d’une vulnérabilité de 0 à 10. Au 20/10/2026, la version en vigueur est la 4.0, publiée en novembre 2023 ; beaucoup d’avis anciens donnent encore un score en 3.1. Les deux versions ne se comparent pas directement : on note toujours la version avec le score.

Définition

Vecteur CVSS 4.0

Le vecteur décrit la vulnérabilité par une suite de métriques, par exemple CVSS:4.0/AV:N/AC:L/AT:N/PR:N/UI:N/VC:H/VI:H/VA:H/SC:N/SI:N/SA:N. Le score se calcule à partir du vecteur. CVSS 4.0 a quatre groupes de métriques : de base (la faille elle-même), de menace (est-elle exploitée ?), environnementales (ton contexte) et supplémentaires (informations sans effet sur le score).

Les métriques de base de CVSS 4.0
Métrique Question Valeurs (de la plus grave à la moins grave)
AV, vecteur d’attaque d’où peut-on attaquer ? N réseau, A réseau adjacent, L local, P physique
AC, complexité faut-il contourner une protection ? L faible, H élevée
AT, conditions d’attaque faut-il une condition particulière de la cible ? N aucune, P présentes
PR, privilèges requis faut-il déjà un compte ? N aucun, L faibles, H élevés
UI, interaction faut-il une action d’un utilisateur ? N aucune, P passive, A active
VC, VI, VA impact sur le système vulnérable (confidentialité, intégrité, disponibilité) H élevé, L faible, N aucun
SC, SI, SA impact sur les systèmes suivants (autres systèmes atteints par rebond) H, L, N

Le groupe de menace contient la maturité de l’exploitation E : A attaquée (exploitée), P preuve de concept publiée, U aucune exploitation signalée. Le score est alors noté CVSS-BT (base et menace), au lieu de CVSS-B pour la base seule.

Échelle qualitative de CVSS
Score 0,0 0,1 à 3,9 4,0 à 6,9 7,0 à 8,9 9,0 à 10,0
Gravité aucune faible moyenne élevée critique
Exemple chiffré

Le même défaut, trois scores

Données : une faille exploitable à distance, sans compte ni interaction, avec impact élevé sur la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité du serveur : CVSS:4.0/AV:N/AC:L/AT:N/PR:N/UI:N/VC:H/VI:H/VA:H/SC:N/SI:N/SA:N.

Situation Vecteur ajouté Score Gravité
base seule (CVSS-B) — 9,3 critique
exploitation signalée (CVSS-BT) /E:A 9,3 critique
aucune exploitation connue (CVSS-BT) /E:U 8,1 élevée
même faille, mais le serveur n’est joignable que depuis son réseau local (CVSS-BE) /MAV:A 8,7 élevée

Interprétation : la menace et l’environnement ajustent le score de base à la réalité ; ici, la faille descend d’une classe, mais reste à corriger vite.

Piège

Le score n'est pas la priorité

Le score CVSS-B mesure la gravité technique, pas le risque pour toi. Une faille notée 6,5 sur le pare-feu exposé à Internet et exploitée par des attaquants passe avant une faille notée 9,3 sur un logiciel installé sur une machine isolée. Ce qui fixe la priorité : le produit est-il chez nous, exposé, exploité ? (B3-07).

Prioriser la correction d'une vulnérabilité
1. Le produit est-il dans l'inventaire ? version, rétroportage 2. Gravité CVSS 4.0 vecteur + score de 0 à 10 3. Exploitation ? alerte CERT-FR E:A dans le vecteur 4. Exposition Internet, interne, isolé Immédiat exploitée + exposée sous 24 heures, sinon contournement Accéléré critique ou élevée non exploitée : sous 7 jours Cycle normal moyenne ou faible, peu exposée : maintenance mensuelle Puis : tester, déployer, vérifier la version, documenter
Inventaire, gravité, exploitation et exposition déterminent le délai de correction ; à défaut de correctif, on applique une mesure de contournement.

CVersion affichée et version corrigée

Le 1er juillet 2024, le CERT-FR a publié l’alerte CERTFR-2024-ALE-009 sur la faille CVE-2024-6387 d’OpenSSH (surnommée « regreSSHion ») : exécution de code à distance avec les droits de root, sans authentification, sur les versions 8.5p1 à 9.7p1 ; le score donné par l’organisme qui a enregistré la CVE est 8,1 en CVSS 3.1 (CVSS:3.1/AV:N/AC:H/PR:N/UI:N/S:U/C:H/I:H/A:H). L’alerte, close le 7 octobre 2024, recommandait le correctif de l’éditeur ou de la distribution, avec un contournement temporaire (LoginGraceTime 0, au prix d’un risque de déni de service).

LAB-UBU01 affiche OpenSSH 9.6p1, dans la plage vulnérable. Est-il vulnérable ? Pas forcément : les distributions rétroportent les correctifs de sécurité dans leur propre version du paquet, sans changer le numéro de la version d’origine. Le journal des modifications du paquet le montre :

$ dpkg -s openssh-server | grep ^Version
Version: 1:9.6p1-3ubuntu13.20
$ zcat /usr/share/doc/openssh-server/changelog.Debian.gz | grep -B4 -A1 'CVE-2024-6387.patch'
openssh (1:9.6p1-3ubuntu13.3) noble-security; urgency=medium

  * SECURITY UPDATE: remote code execution via signal handler race
    condition (LP: #2070497)
    - debian/patches/CVE-2024-6387.patch: don't log in sshsigdie() in log.c.
    - CVE-2024-6387

Le correctif de CVE-2024-6387 est entré dans le paquet 1:9.6p1-3ubuntu13.3 (juin 2024) ; la machine a une version plus récente du paquet, donc corrigée, même si elle affiche « 9.6p1 ».

Définition

Rétroportage

Le rétroportage (backport) consiste, pour une distribution, à appliquer le correctif d’une faille à la version du logiciel qu’elle maintient. Pour savoir si un serveur est corrigé, on compare la version complète du paquet (dpkg -s openssh-server, champ Version) à celle qu’indique le bulletin de sécurité de la distribution (Debian Security Advisories pour Debian 13), pas le seul numéro de version du logiciel.

DLa politique de correction des serveurs

Le 20/10/2026, Julien Maréchal a validé les délais proposés par Lucas pour les serveurs et équipements gérés par Vellacor.

Délais de correction de Vellacor (politique du 20/10/2026)
Situation Délai Exemple
vulnérabilité exploitée (alerte du CERT-FR, E:A) sur un équipement exposé à Internet sous 24 heures ; contournement immédiat si le correctif manque pare-feu des sites, proxy inverse
score de base (CVSS-B) de 7,0 et plus, sans exploitation connue 7 jours serveur Debian interne
score de base inférieur à 7,0 fenêtre de maintenance mensuelle (dernier mardi du mois, 22 h – minuit) bibliothèque interne
Méthode

Appliquer un correctif sur un serveur Debian

  1. Vérifier que le paquet est installé et dans quelle version (dpkg -s <paquet>), et comparer au bulletin de la distribution.
  2. Prévenir les utilisateurs et choisir la fenêtre ; pour une machine virtuelle, prendre un instantané (SISR-06) pour pouvoir revenir en arrière.
  3. Appliquer : apt update puis apt upgrade (ou apt install --only-upgrade <paquet>).
  4. Redémarrer ce qui doit l’être : needrestart -r l liste les services qui utilisent encore l’ancienne version d’une bibliothèque ; une mise à jour du noyau impose un redémarrage de la machine.
  5. Vérifier la version installée et le bon fonctionnement du service (tests de recette, B1-11).
  6. Documenter dans le ticket : avis, version, date, durée d’exposition, exception éventuelle.

Le paquet unattended-upgrades (B3-04) installe seul les mises à jour de sécurité des serveurs internes de Vellacor, sauf sur KV-KERMAINT, où une mise à jour de PHP passe d’abord par la recette (B1-11) : exception écrite au socle.

7. Centraliser les journaux

Un attaquant qui prend la main sur un serveur efface d’abord ses traces locales. Copier les journaux, au fil de l’eau, vers un collecteur séparé les met hors de sa portée. Le tronc commun en a posé les principes (B3-07) ; ici, on configure l’envoi sur les serveurs et les équipements.

AJournald et rsyslog

Sur Debian 13, deux outils coexistent :

  • systemd-journald reçoit les messages du système et des services et les range dans un journal binaire, lu avec journalctl ; depuis Debian 12, rsyslog n’est plus installé par défaut et le journal est conservé dans /var/log/journal ;
  • rsyslog, à installer (apt install rsyslog rsyslog-gnutls), écrit des fichiers texte et surtout transmet les messages à un autre serveur, au format syslog.

Pour que le journal local survive aux redémarrages et ne remplisse pas le disque, Vellacor fixe ses réglages dans un fichier de /etc/systemd/journald.conf.d/ (directives de la page de manuel journald.conf(5)) :

[Journal]
Storage=persistent
SystemMaxUse=1G

Storage=persistent impose l’écriture sur disque ; SystemMaxUse limite la place occupée par le journal.

BEnvoyer les journaux en TLS

Le protocole syslog circule historiquement en clair sur le port UDP 514 : n’importe quel équipement du chemin peut lire les messages, et rien ne garantit qu’ils arrivent. C’est le cas chez Vellacor depuis 2023 : les serveurs Debian de Vellacor et de Kervanet envoient leurs journaux en UDP au collecteur VEL-LOG01 (Debian 13, 10.20.99.26, dans le VLAN 99 d’administration, seul réseau de Vellacor admis dans les tunnels vers Kervanet), à travers le VPN. Lucas propose le transport TCP chiffré par TLS (RFC 5425, port 6514) avec des certificats des deux côtés.

La journalisation centralisée de Kervanet
Serveurs Debian 13 KV-KERMAINT, KV-TEL… Pare-feu OPNsense des 7 sites Commutateurs, bornes logging host Même heure partout NTP VPN siège → Vellacor TCP 6514 chiffré par TLS certificats des deux côtés VEL-LOG01 10.20.99.26 un dossier par machine conservation 12 mois Analyse et alertes B3SISR-03 horodatage comparable
Serveurs, pare-feu et équipements réseau envoient leurs journaux, horodatés par la même source NTP, au collecteur VEL-LOG01 en TLS sur le port 6514 ; le collecteur range un fichier par machine, conserve douze mois et alimente la détection (B3SISR-03).

Il essaie la configuration au laboratoire : LAB-UBU01 envoie ses journaux à une maquette de collecteur, LAB-LOG01 (10.20.50.42), avec des certificats d’une autorité de test (rsyslog 8.2312 ; même syntaxe pour la version de Debian 13). Côté client, un fichier de /etc/rsyslog.d/ :

$ cat /etc/rsyslog.d/90-centralisation.conf
# Envoi de tous les journaux vers le collecteur, en TCP chiffré par TLS (port 6514)
global(
  DefaultNetstreamDriverCAFile="/etc/rsyslog-tls/ca.crt"
  DefaultNetstreamDriverCertFile="/etc/rsyslog-tls/lab-ubu01.crt"
  DefaultNetstreamDriverKeyFile="/etc/rsyslog-tls/lab-ubu01.key"
)
action(type="omfwd" target="10.20.50.42" port="6514" protocol="tcp"
       StreamDriver="gtls" StreamDriverMode="1"
       StreamDriverAuthMode="x509/name"
       StreamDriverPermittedPeers="lab-log01.vellacor.example"
       queue.type="LinkedList" queue.size="50000"
       action.resumeRetryCount="-1")
  • StreamDriver="gtls" et StreamDriverMode="1" imposent TLS ;
  • StreamDriverAuthMode="x509/name" vérifie le certificat du collecteur et son nom (StreamDriverPermittedPeers) : un faux collecteur est refusé ;
  • la file d’attente (queue.*) garde les messages si le collecteur est injoignable, et action.resumeRetryCount="-1" réessaie sans fin.

Côté collecteur, l’entrée TCP exige un certificat client valide (x509/certvalid) et range les messages par machine :

# Collecteur de journaux (maquette LAB-LOG01) : réception TLS sur 10.20.50.42:6514
global(
  workDirectory="/var/spool/rsyslog/collecteur"
  DefaultNetstreamDriver="gtls"
  DefaultNetstreamDriverCAFile="/etc/rsyslog-tls/ca.crt"
  DefaultNetstreamDriverCertFile="/etc/rsyslog-tls/lab-log01.crt"
  DefaultNetstreamDriverKeyFile="/etc/rsyslog-tls/lab-log01.key"
)
module(load="imtcp" StreamDriver.Name="gtls" StreamDriver.Mode="1"
       StreamDriver.AuthMode="x509/certvalid")
template(name="ParHote" type="string"
         string="/var/log/distant/%HOSTNAME%/%PROGRAMNAME%.log")
ruleset(name="distant") { action(type="omfile" dynaFile="ParHote") }
input(type="imtcp" address="10.20.50.42" port="6514" ruleset="distant")

Lucas vérifie la syntaxe (rsyslogd -N1), redémarre le service, puis envoie un message de test (au laboratoire, la socket locale de rsyslog est /run/devlog ; sur un serveur, logger sans -u suffit) :

$ rsyslogd -N1 -f /etc/rsyslog.conf
rsyslogd: version 8.2312.0, config validation run (level 1), master config /etc/rsyslog.conf
rsyslogd: End of config validation run. Bye.
$ logger -u /run/devlog -t verif-centralisation -p auth.notice "test de centralisation des journaux"
(sur le collecteur LAB-LOG01)
$ ls -R /var/log/distant
/var/log/distant:
lab-ubu01

/var/log/distant/lab-ubu01:
verif-centralisation.log
$ tail -n 1 /var/log/distant/lab-ubu01/verif-centralisation.log
2026-10-21T00:30:27+02:00 lab-ubu01 verif-centralisation: test de centralisation des journaux
(essai négatif : un client sans certificat envoie un faux message)
$ printf '<13>Oct 21 10:00:00 intrus faux: message non autorisé\n' | openssl s_client -connect 10.20.50.42:6514 -CAfile ca.crt -quiet
verify return:1
verify return:1
$ ls /var/log/distant
lab-ubu01

Le message de test arrive dans le dossier de lab-ubu01, avec l’heure exacte. Dans l’essai négatif, le client vérifie bien le certificat du collecteur (verify return:1), mais il n’a pas de certificat à présenter : le collecteur refuse la session et le faux message n’est écrit nulle part (aucun dossier intrus).

À retenir

Vérifier qu'un journal arrive vraiment

Une configuration d’envoi ne prouve rien. La preuve, c’est un message de test retrouvé sur le collecteur, dans le bon dossier, avec la bonne heure ; puis un essai négatif (un client sans certificat est refusé). La conservation (douze mois glissants chez Vellacor, en cohérence avec la charte de Kervanet et la recommandation de la CNIL, B3-07) et la protection du collecteur (accès réservé, aucun droit d’écriture pour les administrateurs des machines surveillées) complètent le dispositif.

CLes équipements réseau

Les pare-feu et les commutateurs doivent aussi envoyer leurs journaux. Sur OPNsense, une cible distante se déclare dans System > Settings > Logging, onglet Remote (transport, port, adresse, certificat pour TLS). Sur un commutateur de type Cisco IOS, logging host <adresse> désigne le collecteur, et l’ANSSI demande au moins de journaliser les authentifications et tentatives d’authentification (DAT-NT-25, R11). L’analyse de ces journaux, les alertes et la corrélation relèvent de B3SISR-03.

8. Sécuriser les commutateurs

Le commutateur d’accès est le premier équipement que touche un appareil branché dans un couloir ou une salle de séminaire. Bien réglé, il refuse un faux serveur DHCP, un commutateur pirate ou un appareil de trop. Mal réglé, il offre le réseau interne à quiconque trouve une prise.

AProtéger l’administration du commutateur

Les commandes de cette partie sont celles d’un commutateur à ligne de commande de type Cisco IOS (guides de configuration Cisco IOS XE 17.12 pour Catalyst 9300 et guide Cisco « Harden IOS Devices », vérifiés le 20/10/2026). Les commutateurs d’autres marques ont des fonctions équivalentes sous d’autres noms.

Le plan d’administration d’un commutateur
Règle Commandes (type Cisco IOS) Référence
SSH version 2, clé de 3 072 bits ip ssh version 2 ; crypto key generate rsa modulus 3072 DAT-NT-25 R4 ; B3-06
pas de Telnet sur les lignes virtuelles line vty 0 15 puis transport input ssh DAT-NT-25 R8
serveur web d’administration coupé no ip http server ; no ip http secure-server DAT-NT-25 R6
une seule adresse d’administration, dans le VLAN 99 interface Vlan99 + adresse ; accès filtré par le pare-feu, à défaut access-class sur les lignes DAT-NT-25 R9, R10 (R2 vise une séparation physique)
comptes nominatifs, secrets en empreinte non réversible username <nom> algorithm-type scrypt secret <mot de passe> ; jamais de mot de passe de « type 7 » DAT-NT-25 R13 ; guide Cisco
session inactive coupée exec-timeout 5 0 sur les lignes guide Cisco
journaux et heure logging host <collecteur> ; ntp server <source> DAT-NT-25 R11
Piège

Le chiffrement de « type 7 » n'en est pas un

La commande service password-encryption masque les mots de passe dans la configuration avec un codage que le guide de Cisco qualifie de « simple chiffre de Vigenère » : il se décode en quelques secondes. Elle évite seulement une lecture par-dessus l’épaule. Les secrets se stockent sous forme d’empreinte (secret, type 9 avec algorithm-type scrypt), et un fichier de configuration se protège comme un mot de passe (DAT-NT-25, R17).

BLes attaques de niveau 2

Le niveau 2 (liaison) est celui des adresses MAC, des VLAN et de l’arbre couvrant (SISR-02). Plusieurs attaques l’exploitent, souvent depuis une simple prise réseau.

Attaques de niveau 2 et protections d’un commutateur
Ce qui peut arriver Conséquence Protection
un appareil inconnu est branché sur une prise libre accès au VLAN de la prise ports libres éteints, 802.1X (B3-05)
un équipement envoie des milliers d’adresses MAC saturation de la table MAC : le commutateur diffuse tout sécurité de port (nombre d’adresses limité)
un appareil répond aux demandes DHCP les postes reçoivent une fausse passerelle ou un faux DNS surveillance DHCP (DHCP snooping)
un appareil se fait passer pour la passerelle en ARP interception du trafic (homme du milieu) inspection ARP dynamique
un commutateur pirate envoie des BPDU il perturbe l’arbre couvrant, voire en devient la racine garde BPDU et garde de racine
un port négocie tout seul une liaison 802.1Q accès à tous les VLAN ports en mode accès, négociation DTP coupée
une tempête de diffusion réseau saturé contrôle des tempêtes
Les protections d'un commutateur d'accès
KV-TRA-FW01 (pare-feu) serveur DHCP, passerelle Commutateur d'accès KV-TRA-SW02 administration : SSH v2 sur le VLAN 99 seulement port 1 : liaison 802.1Q « de confiance » DHCP et ARP Ports 2 à 4 : postes VLAN 10, mode accès sécurité de port (3 MAC) PortFast + garde BPDU DHCP et ARP contrôlés Ce qui est bloqué faux serveur DHCP usurpation ARP commutateur pirate (BPDU) trop d'adresses MAC Ports 7 et 8 : libres éteints (shutdown) VLAN 998 de quarantaine sans négociation DTP notés au brassage
Le port de liaison vers le pare-feu est de confiance pour DHCP et ARP ; les ports des postes ont la sécurité de port, PortFast et la garde BPDU ; les ports libres sont éteints dans un VLAN de quarantaine.

CLes ports et les VLAN

La note de l’ANSSI sur les commutateurs pose des règles simples : interdire la configuration automatique des ports (R26), placer les ports inutilisés dans un VLAN de quarantaine et les désactiver (R27), ne jamais utiliser le VLAN par défaut (R28) et choisir un VLAN natif différent du VLAN par défaut, non attribué aux ports d’accès (R29).

Définition

Sécurité de port

La sécurité de port (port security) limite le nombre d’adresses MAC qu’un port accepte, et peut retenir ces adresses (sticky). En cas de dépassement, le commutateur applique un mode de violation : protect (trames ignorées sans alerte), restrict (trames ignorées, compteur, alerte SNMP et message de journal) ou shutdown (port désactivé en état « err-disabled », mode par défaut). Par défaut, un port sécurisé n’accepte qu’une adresse.

Définition

Surveillance DHCP et inspection ARP

La surveillance DHCP (DHCP snooping) distingue les ports de confiance (vers le vrai serveur DHCP) des autres : une réponse DHCP qui arrive par un port non fiable est rejetée. Le commutateur construit au passage une table des baux (port, MAC, adresse IP, VLAN). L’inspection ARP dynamique (Dynamic ARP Inspection) s’appuie sur cette table pour rejeter les réponses ARP mensongères ; les ports non fiables sont en plus limités par défaut à 15 paquets ARP par seconde.

Définition

PortFast, garde BPDU et garde de racine

PortFast fait passer un port de poste directement à l’état de transmission, sans attendre l’arbre couvrant. La garde BPDU met en « err-disabled » un port PortFast qui reçoit une BPDU : un commutateur y a été branché. La garde de racine (root guard) bloque un port (état « root-inconsistent ») si l’équipement d’en face prétend devenir la racine de l’arbre.

DLa configuration d’un commutateur de TRA

Pour la 8e résidence (La Tranche-sur-Mer, site TRA, réseaux 10.48.x.0/24), Lucas prépare la configuration de KV-TRA-SW02, commutateur des bureaux de 8 ports (SISR-01) : port 1, liaison vers KV-TRA-SW01 et le pare-feu, qui sert de serveur DHCP ; ports 2 à 4, les 3 postes administratifs branchés derrière leur téléphone IP ; port 5, l’imprimante (VLAN 20) ; port 6, la borne KV-TRA-AP02 ; ports 7 et 8, libres. Il reprend la configuration de référence des commutateurs de Kervanet (SISR-02) et y ajoute l’inspection ARP. Extrait, à essayer d’abord en maquette :

! — protections globales —
ip dhcp snooping vlan 10,20,30,40
no ip dhcp snooping information option
ip dhcp snooping
ip arp inspection vlan 10,20,30,40
spanning-tree portfast bpduguard default
no ip http server
no ip http secure-server
!
! — liaison vers le reste du réseau (port de confiance) —
interface GigabitEthernet1/0/1
 switchport mode trunk
 switchport trunk native vlan 999
 switchport trunk allowed vlan 10,20,30,40,99
 switchport nonegotiate
 ip dhcp snooping trust
 ip arp inspection trust
!
! — postes des bureaux (derrière leur téléphone) —
interface range GigabitEthernet1/0/2 - 4
 switchport mode access
 switchport access vlan 10
 switchport nonegotiate
 switchport port-security
 switchport port-security maximum 3
 switchport port-security violation restrict
 switchport port-security mac-address sticky
 spanning-tree portfast
 storm-control broadcast level 5.00
!
! — ports libres —
interface range GigabitEthernet1/0/7 - 8
 switchport mode access
 switchport access vlan 998
 shutdown

Quelques choix à expliquer : maximum 3 est la valeur de la configuration de référence de Vellacor pour un poste branché derrière son téléphone IP (SISR-02) ; restrict laisse le poste légitime travailler et signale l’intrus, quand shutdown coupe tout ; no ip dhcp snooping information option évite que le commutateur ajoute l’option 82, que le serveur DHCP du pare-feu ne gère pas ; la garde BPDU est activée globalement sur tous les ports PortFast. Les ports 5 (imprimante, une seule adresse autorisée) et 6 (borne, liaison 802.1Q des VLAN 10, 30 et 99, natif 999) suivent les modèles de SISR-02.

Pour vérifier : show port-security interface <port> (maximum, mode, violations), show ip dhcp snooping et show ip dhcp snooping binding (ports de confiance, table des baux), show ip arp inspection vlan 10 et show interfaces status err-disabled (ports coupés par une protection).

Piège

Le port de confiance oublié

Activer la surveillance DHCP sans déclarer la liaison vers le serveur comme ip dhcp snooping trust bloque toutes les réponses DHCP : plus aucun poste n’obtient d’adresse. Même effet avec l’inspection ARP sur une liaison non déclarée. D’où l’essai en maquette, puis le déploiement site par site, en maintenance.

EIsoler l’administration

Pour tous les équipements (commutateurs, bornes, onduleur, hyperviseurs, pare-feu), les interfaces d’administration n’écoutent que dans le réseau d’administration (VLAN 99 de chaque site, joignable seulement depuis le VLAN 99 de Vellacor ; PA-022 ; la note DAT-NT-25 vise même une séparation physique, R2), en protocole chiffré, avec des comptes nominatifs (B3-05).

Méthode

Vérifier l'isolement de l'administration

  1. Lister les interfaces d’administration de chaque équipement (adresse, port, protocole).
  2. Tester depuis un réseau d’utilisateurs (poste du VLAN 10, en maintenance, avec accord) : aucune interface ne doit répondre.
  3. Tester depuis le réseau d’administration : chaque interface répond, en protocole chiffré.
  4. Consigner les résultats et ouvrir un ticket par écart (KV-TEL en HTTP depuis le VLAN 10, par exemple).

9. Sécuriser le Wi-Fi

Le Wi-Fi traverse les murs : un attaquant n’a pas besoin d’entrer dans l’hôtel pour l’atteindre. Il faut un mode de sécurité actuel, des réseaux séparés pour le personnel et pour les clients, et des bornes administrées comme des serveurs.

ALes modes de sécurité

Définition

WPA3

WPA3 est la génération actuelle de sécurité Wi-Fi de la Wi-Fi Alliance, obligatoire pour les équipements certifiés. WPA3-Personnel utilise une clé partagée, mais avec un échange (SAE) qui protège contre les essais de mots de passe hors ligne ; WPA3-Entreprise authentifie chaque utilisateur ou appareil par 802.1X et un serveur RADIUS (B3-05). WPA3 impose la protection des trames de gestion (PMF), qui empêche notamment de forger des trames de déconnexion.

Choisir un mode de sécurité (ANSSI, « Les essentiels : sécurisation des réseaux Wi-Fi », v1.0, août 2026)
Mode Avis Usage chez Kervanet
WPA3-Entreprise, EAP avec certificats recommandé ; vérifier le certificat du serveur avant chaque connexion Wi-Fi du personnel (cible)
WPA2-Entreprise accepté sous conditions, avec PMF activé transition si des terminaux anciens l’imposent
WPA3-Personnel mode robuste ; secret fort, propre au réseau et changé régulièrement réseau séparé pour objets connectés
mode mixte WPA3/WPA2, configurations de transition à éviter : secrets partagés entre modes, sécurité affaiblie —
WPS à désactiver systématiquement —

Le Wi-Fi du personnel de Kervanet (KV-Personnel, VLAN 10) fonctionne en WPA2/WPA3 Personnel, c’est-à-dire en mode de transition, avec une clé partagée inchangée depuis 2023 : tout salarié parti la connaît. La cible est WPA3-Entreprise avec certificats de poste (projet 802.1X de B3-05) ; en attendant, la clé doit être changée et sa rotation planifiée.

BSéparer et administrer

L’ANSSI recommande de placer chaque réseau Wi-Fi dans son propre VLAN, de filtrer les flux entre réseaux au pare-feu, d’isoler le réseau des invités, de ne pas masquer le SSID mais de choisir un nom qui ne révèle rien, et d’administrer les bornes comme tout équipement : identifiants d’usine changés, protocoles chiffrés (TLS, SSH), interface d’administration dans le réseau d’administration, mises à jour rapides, événements envoyés à la supervision.

Le Wi-Fi des clients (VLAN 30) est un réseau ouvert avec portail captif : ouvert veut dire non chiffré, un autre client peut écouter ce qui n’est pas protégé par TLS. La Wi-Fi Alliance propose Wi-Fi Enhanced Open, qui chiffre chaque connexion sans mot de passe commun et reste compatible avec les portails captifs ; Lucas propose de l’activer si les bornes le permettent, et de vérifier l’isolation entre clients (deux téléphones du même réseau ne doivent pas se voir).

Exemple

Le micrologiciel des bornes de Royan

Dans sa veille du 16 octobre (B1-12), Lucas a relevé un avis sur la version 7.2 du micrologiciel des bornes, corrigée en 7.4. Deux bornes de Royan sont encore en 7.2 (KV-ROY-AP02 et AP05) ; leur mise à jour est planifiée le 5 novembre 2026 avec Thomas Guéguen. Une borne est un équipement exposé « par les ondes » : ses correctifs suivent la même politique que ceux d’un serveur (partie 6).

10. Auditer la conformité

Le socle est écrit et appliqué : il faut maintenant prouver qu’il est respecté, et le rester. Un outil d’audit fait gagner du temps et donne une mesure ; il ne remplace ni les contrôles manuels ni le jugement du technicien.

ALynis, un outil d’audit

Définition

Audit de configuration

Un audit de configuration compare la configuration réelle d’un système à un référentiel et liste les écarts, avec un outil ou une liste de contrôles manuels (audits techniques : B3-07).

Lynis est un outil libre d’audit de sécurité pour Linux et les autres systèmes de type Unix. Il s’installe par le paquet de la distribution (apt install lynis) ou depuis le site de l’éditeur, qui publie des versions plus récentes (3.1.7 du 25/06/2026). Lancé en root par lynis audit system, il exécute plusieurs centaines de tests sans modifier la configuration et produit :

  • des avertissements (warnings) : problèmes à traiter en priorité ;
  • des suggestions : améliorations possibles, chacune avec un identifiant de test (SSH-7408, AUTH-9286…) ;
  • un indice de durcissement (hardening index) sur 100, qui résume l’état et permet de suivre l’évolution ;
  • un journal (/var/log/lynis.log) et un rapport pour les scripts (/var/log/lynis-report.dat).

BLire un rapport

Lucas audite LAB-UBU01 avant et après le durcissement des parties 4 et 5 (Lynis 3.1.7, option --quick, 20/10/2026). Avant :

  Warnings (4):
  ! Found one or more vulnerable packages. [PKGS-7392] 
  ! Nameserver 10.20.50.53 does not respond [NETW-2704] 
  ! Couldn't find 2 responsive nameservers [NETW-2705] 
  ! iptables module(s) loaded, but no rules active [FIRE-4512] 
  Suggestions (45):
  Hardening index : 66 [#############       ]
  Tests performed : 250

Après :

  Warnings (4):
  ! Found one or more vulnerable packages. [PKGS-7392] 
  ! Nameserver 10.20.50.53 does not respond [NETW-2704] 
  ! Couldn't find 2 responsive nameservers [NETW-2705] 
  ! iptables module(s) loaded, but no rules active [FIRE-4512] 
  Suggestions (31):
  Hardening index : 80 [################    ]
  Tests performed : 249

Lecture : l’indice passe de 66 à 80 (+ 14 points) et les suggestions de 45 à 31 ; les avertissements restent 4. Les suggestions disparues correspondent aux réglages appliqués (SSH, masque 027, vidages mémoire, envoi des journaux à un hôte distant) et aux deux écarts déclarés dans le profil (port 22, durée de vie des mots de passe). Les avertissements restants se traitent un par un : PKGS-7392 signale des paquets à mettre à jour (règle S-04, politique de correction) ; NETW-2704 et NETW-2705 viennent de la maquette isolée, dont le résolveur de test ne répond pas : propres au laboratoire ; FIRE-4512 relève qu’aucune règle de pare-feu local n’est chargée : le filtrage relève de B3SISR-02, et un pare-feu local sur les serveurs est à décider dans le socle.

La commande lynis show details SSH-7408 affiche ensuite, ligne par ligne, ce que le test a vérifié (option trouvée, valeur, verdict).

CTrier les résultats

Méthode

Traiter un rapport d'audit

  1. Traiter d’abord les avertissements : chacun reçoit une décision et un responsable.
  2. Classer chaque suggestion : à appliquer (conforme au socle), écart justifié (contraire au socle ou sans objet), à étudier (effet à tester), hors périmètre (relève d’un autre outil : pare-feu, supervision).
  3. Tester en maquette ce qui touche au fonctionnement (paramètres du noyau, partitions, modules).
  4. Consigner les écarts acceptés dans le socle et dans le profil de l’outil, avec la raison, pour ne pas les retrouver à chaque audit.
  5. Comparer les audits successifs : indice, nombre d’avertissements et de suggestions, nouvelles lignes.

Les écarts acceptés se déclarent dans un profil personnalisé (/etc/lynis/custom.prf), qui complète le profil par défaut. La directive skip-test exclut un test entier ou une seule option d’un test :

$ cat /etc/lynis/custom.prf
# Écarts acceptés pour les serveurs Debian de Kervanet (décision J. Maréchal)
# Port SSH 22 conservé : service joignable seulement depuis le réseau d'administration
skip-test=SSH-7408:port
# Pas d'expiration périodique des mots de passe (ANSSI, CNIL) ; comptes d'administration par clé
skip-test=AUTH-9286
Piège

Viser 100 sur 100

L’indice de durcissement est un indicateur, pas un objectif : on peut le faire monter en désactivant des tests ou en appliquant des réglages inadaptés. Ce qui compte, c’est que chaque écart restant soit expliqué et décidé. Un indice de 80 avec des écarts justifiés vaut mieux qu’un 90 obtenu en cochant tout sans comprendre.

DLa fiche de conformité

Le résultat de l’audit se présente dans une fiche de conformité : une ligne par règle du socle, son état, la preuve et la suite donnée.

Fiche de conformité de LAB-UBU01 au socle « serveurs Debian » (20/10/2026, extrait)
Règle État Preuve Suite
S-01 services nécessaires conforme ss -tulpn : seul sshd écoute —
S-02 écoute limitée conforme ListenAddress 10.20.50.20, balayage —
S-03 SSH conforme sshd -T port 22 : écart accepté
S-04 correctifs non conforme Lynis PKGS-7392 : paquets vulnérables mise à jour dans le délai de la politique
S-05 noyau (réseau) conforme sysctl autres paramètres du noyau : à tester
S-06 journaux conforme message de test reçu sur LAB-LOG01 —
S-08 avertissements Lynis partiel 4 avertissements DNS et pare-feu local : propres à la maquette, à revoir sur les serveurs réels

Taux de conformité de l’extrait : 5 règles conformes sur 7 contrôlées, soit 5 ÷ 7 × 100 = 71,43 %, une règle partielle et une non conforme, chacune avec une action.

Astuce

À l'épreuve E7

Un sujet peut te donner un extrait de rapport d’audit, une configuration ou un avis de sécurité, et te demander d’identifier les écarts à un référentiel fourni, de proposer les corrections et de justifier celles que tu n’appliques pas. Cite toujours la règle (« R27 du guide fourni ») et la preuve (« la ligne shutdown est absente du port 7 »).

11. Intégrer la sécurité au projet

Corriger un réseau déjà en service coûte cher et dérange les hôtels. Il est bien plus simple d’écrire les exigences de sécurité dès le cahier des charges, de les tester à la recette et de faire accepter les risques restants avant la mise en service. C’est la compétence C3A.5-b, appliquée au projet de la 8e résidence.

ALes exigences dès le départ

Le raccordement de la 8e résidence (TRA) sera conduit au premier trimestre 2027 (B1-10, SISR-01). Lucas propose d’ajouter au cahier des charges une rubrique « Sécurité », tirée du socle, pour que le site naisse durci au lieu d’être corrigé après coup.

Exigences de sécurité proposées pour le site TRA
N° Exigence Test de recette
E-S1 aucun compte d’usine actif sur le pare-feu, les commutateurs, les bornes et l’onduleur connexion avec l’identifiant d’usine refusée
E-S2 administration en SSH ou HTTPS, seulement depuis le VLAN 99 essai depuis le VLAN 10 refusé, depuis le VLAN 99 accepté
E-S3 ports libres éteints dans le VLAN 998 de quarantaine prise libre branchée : aucun lien
E-S4 surveillance DHCP, inspection ARP, garde BPDU sur les commutateurs d’accès faux serveur DHCP de maquette : aucun bail distribué
E-S5 Wi-Fi du personnel en WPA3-Entreprise ou, à défaut, clé propre au site ; WPS désactivé connexion sans certificat refusée
E-S6 journaux de tous les équipements reçus sur VEL-LOG01, heure synchronisée message de test de chaque équipement retrouvé
E-S7 micrologiciels et systèmes à jour à la mise en service versions comparées aux derniers avis
E-S8 configurations sauvegardées et dossier d’architecture à jour fichiers datés dans GitLab

BDe la recette à l’acceptation du risque

La recette de sécurité exécute chaque test, positif et négatif, et en garde la preuve (B3-05). Ce qui ne passe pas est corrigé avant la mise en service, ou accepté par écrit par le client, avec une date de correction. L’ANSSI appelle homologation la décision formelle, par une autorité, d’accepter les risques résiduels d’un système d’information avant sa mise en service (guide « L’homologation de sécurité des systèmes d’information », publié le 01/04/2025) ; obligatoire pour certains systèmes publics, la démarche est une bonne pratique pour toute organisation. Pour Kervanet, l’autorité est la direction (Yannick Le Floc’h), sur proposition de Vellacor.

Méthode

Prendre en compte la sécurité dans un projet d'infrastructure

  1. Partir des risques du site (B3-01) et du socle existant.
  2. Écrire les exigences de sécurité dans le cahier des charges, chacune avec son test.
  3. Revoir la conception (SISR-01), durcir en maquette et auditer avant d’installer.
  4. Recetter la sécurité : tests positifs et négatifs, preuves datées.
  5. Faire accepter les écarts restants par le client (décision écrite) et planifier leur correction.
  6. Livrer une documentation à jour : configurations, fiche de conformité, exceptions.

Erreurs fréquentes et points de vigilance

Erreur Ce qu’il faut faire
Durcir « au jugé », ou citer un guide sans sa version partir d’un guide daté (ANSSI, CIS, éditeur), en tirer un socle de règles testables
Fermer un service sans vérifier de l’extérieur ss -tulpn et balayage autorisé depuis le réseau voisin
Oublier les comptes d’usine des équipements « secondaires » (onduleur, borne) inventaire de tout ce qui s’administre, comptes nominatifs
Lire le fichier sshd_config au lieu de la configuration effective sshd -T ; la première valeur lue l’emporte
Juger un logiciel vulnérable d’après son seul numéro de version comparer la version complète du paquet au bulletin de la distribution (rétroportage)
Prioriser les correctifs sur le seul score CVSS tenir compte de l’exploitation et de l’exposition ; noter la version de CVSS
Envoyer les journaux en UDP en clair sans vérifier leur arrivée TLS sur 6514, file d’attente, message de test retrouvé sur le collecteur
Activer la surveillance DHCP sans port de confiance déclarer la liaison vers le serveur, essayer en maquette
Garder un Wi-Fi en mode de transition WPA3/WPA2 avec une clé commune WPA3-Entreprise pour le personnel, un SSID par mode
Viser 100 sur 100 à l’outil d’audit, ou ajouter la sécurité après la mise en service justifier chaque écart ; exigences testables dès le cahier des charges

L’essentiel du chapitre

À retenir

À retenir

  • Durcir = réduire la surface d’attaque et renforcer les réglages selon un référentiel, puis vérifier : référentiel → socle → maquette → audit → écarts corrigés ou acceptés par écrit → documentation.
  • Référentiels : normes (ISO/IEC 27001, 27002:2022), guides (ANSSI-BP-028 v2.0 et ses quatre niveaux, PA-022, NT OpenSSH, DAT-NT-25, essentiels Wi-Fi ; CIS ; profils ComplianceAsCode), standards (RFC 5425, 802.1X, WPA3, CVSS). Toujours version et date.
  • Sûreté : énergie, environnement, redondance, sauvegardes, heure, capacité, configurations, cycle de vie, avec preuves.
  • Surface : ss -tulpn, balayage autorisé, systemctl disable --now, apt purge, écoute limitée ; aucun compte par défaut.
  • Serveur : fichier dans sshd_config.d, sshd -t puis sshd -T ; sysctl réseau (R12) ; UMASK 027 ; pas de vidage mémoire.
  • Vulnérabilités : CERT-FR (avis, alertes…) ; CVSS 4.0 (base, menace E, environnement) ; priorité = gravité + exploitation + exposition ; rétroportage ; délais écrits ; instantané, needrestart, vérification, ticket.
  • Journaux : journald persistant ; rsyslog en TLS (6514) avec certificats et file d’attente ; message de test et essai négatif ; NTP.
  • Commutateurs : SSH v2 sur le VLAN 99, ni HTTP ni « type 7 » ; ports libres éteints en quarantaine, VLAN 1 inutilisé, DTP coupé ; sécurité de port, surveillance DHCP, inspection ARP, PortFast + garde BPDU.
  • Wi-Fi : WPA3-Entreprise, PMF, ni transition ni WPS ; un VLAN par réseau, invités isolés ; bornes à jour.
  • Audit et projet : Lynis (avertissements, suggestions, indice, custom.prf), fiche de conformité ; exigences testables, recette positive et négative, acceptation écrite des risques résiduels.

Sources et références

  • Arrêté du 29/04/2019 (BTS SIO) modifié par les arrêtés des 8/07/2024 et 22/11/2024 ; référentiel de la fiche RNCP40792, bloc 3, activité A3.5.
  • ANSSI (messervices.cyber.gouv.fr, consulté le 20/10/2026) : ANSSI-BP-028 v2.0 du 03/10/2022 (niveaux et R12, R30, R33, R36 lus dans le PDF ; liste R1 à R80 vérifiée dans le fichier de contrôles du projet ComplianceAsCode) ; PA-022 v3.0 (page du 11/05/2021) ; DAT-NT-007 v1.3 du 17/08/2015 ; DAT-NT-25 v1.0 du 24/06/2016 (R1 à R30) ; architecture d’un système de journalisation (page du 28/01/2022) ; « Les essentiels : sécurisation des réseaux Wi-Fi » v1.0 (08/2026) ; « L’homologation de sécurité des systèmes d’information » (page du 01/04/2025).
  • CERT-FR (cert.cyber.gouv.fr) : page d’accueil et alerte CERTFR-2024-ALE-009 ; enregistrement CVE-2024-6387 (API du programme CVE) ; FIRST, spécification CVSS v4.0 ; consultés le 20/10/2026.
  • ISO/IEC 27002:2022, intitulés des mesures 8.8, 8.9, 8.15, 8.17, 8.20 (table de correspondance de NQA, consultée le 20/10/2026).
  • Cisco (consultés le 20/10/2026) : guides de configuration Cisco IOS XE Dublin 17.12.x pour Catalyst 9300 (sécurité, niveau 2, VLAN), document 222274 (surveillance DHCP), « Harden IOS Devices » (13608, mis à jour le 12/09/2024).
  • Wi-Fi Alliance, page « Security » ; IETF, RFC 5425 ; Debian, notes de publication de Debian 12 (§ 5.1.7) ; journald.conf(5) ; documentation d’OPNsense (journalisation distante) ; documentation et journal des versions de Lynis ; consultés le 20/10/2026.
  • Commandes exécutées le 20/10/2026 sur LAB-UBU01 (Ubuntu 24.04 LTS : OpenSSH 9.6p1, rsyslog 8.2312.0, Lynis 3.1.7, nmap 7.94, OpenSSL 3.0.13).

Contenu original FuturBTS. Vellacor Services Numériques, Kervanet Hôtels & Résidences et les personnes citées sont fictifs ; les noms de domaine sont tirés du domaine réservé .example, les adresses du plan d’adressage fictif du fil rouge. Les configurations d’équipements sont des exemples pédagogiques à essayer en maquette. Aucun passage, exemple ou exercice n’est repris d’un manuel existant.

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