1. Pourquoi durcir
Un serveur ou un commutateur sort de son carton réglé pour « marcher tout de suite », pas pour résister. Le durcir, c’est retirer ce qui ne sert pas, régler ce qui reste selon un référentiel reconnu, puis prouver que c’est fait. Ce chapitre ouvre la partie SISR du bloc 3 : il suppose connus les risques (B3-01), les postes (B3-04), les accès (B3-05) et le chiffrement (B3-06).
ALes questions de l’assureur
Le 13 octobre 2026, l’assureur de Kervanet Hôtels & Résidences a envoyé un questionnaire avant de renouveler la garantie cyber (B3-01). Trois questions embarrassent Gwenaëlle Le Bihan : « Vos serveurs sont-ils configurés selon un référentiel de sécurité ? Vos journaux sont-ils conservés hors des machines ? En combien de jours corrigez-vous une faille critique ? »
Le 16 octobre, Julien Maréchal ouvre le ticket VEL-2026-4455 pour
Lucas Ferrandi, alternant SISR : écrire un socle de
durcissement des serveurs Debian et des équipements réseau,
l’essayer sur la machine du laboratoire LAB-UBU01, auditer
l’existant et préparer les réponses pour le comité de direction du 15
novembre. Ses premiers constats, au 20 octobre, servent de fil au
chapitre.
| Élément | Constat | Partie |
|---|---|---|
KV-RECETTE (Debian 13) |
un serveur web de développement lancé pendant la recette du 9 octobre écoute encore, sur toutes les interfaces | 4 |
KV-TEL (téléphonie IP) |
interface web d’administration en HTTP, joignable depuis le VLAN 10 des réceptions | 4 |
| Commutateurs des 7 sites | configuration de référence de SISR-02 pas encore appliquée : ports libres actifs dans le VLAN 10, serveur web d’administration actif, aucune surveillance DHCP | 8 |
Onduleur du siège KV-PNF-OND01 |
carte réseau d’administration avec le compte d’usine ; aucun test de batterie consigné | 3 |
Wi-Fi du personnel (KV-Personnel) |
WPA2/WPA3 Personnel en mode de transition, clé partagée inchangée depuis 2023 | 9 |
| Journaux | serveurs Debian envoyés en clair (UDP 514) au collecteur de Vellacor ; pare-feu et commutateurs non raccordés | 7 |
Ce que le référentiel attend de toi
- Participer à la vérification des éléments qui contribuent à la sûreté d’une infrastructure (C3A.5-a).
- Prendre en compte la sécurité dans un projet d’infrastructure (C3A.5-b).
- Mettre en œuvre et vérifier la conformité à un référentiel, une norme ou un standard (C3A.5-c).
Tu participes : tu proposes, configures, testes et documentes ; les écarts acceptés sont décidés par le responsable (ici Julien Maréchal) et, s’ils engagent un risque important, par le client.
BDurcir, c’est quoi ?
Durcissement
Le durcissement (hardening) d’un système ou d’un équipement est l’ensemble des réglages qui réduisent sa surface d’attaque (B3-01) et renforcent ses protections : supprimer les logiciels, services, ports et comptes inutiles, remplacer les réglages par défaut faibles, appliquer les correctifs, limiter les droits, journaliser. Il se fait selon un référentiel et se vérifie.
Le durcissement ne remplace ni le pare-feu (B3SISR-02) ni la détection (B3SISR-03). Trois principes le guident : minimiser (ce qui n’existe pas ne peut pas être attaqué), moindre privilège (B3-05) et traçabilité.
2. Choisir un référentiel
« Sécuriser un serveur » ne veut rien dire tant qu’on ne sait pas par rapport à quoi. Un référentiel donne la liste des règles à respecter, publiée, datée et reconnue.
ALes familles de référentiels
| Famille | Qui l’écrit | Valeur | Exemples |
|---|---|---|---|
| Norme | organisme de normalisation (ISO, AFNOR) | adoptée par consensus ; certifiable pour certaines | ISO/IEC 27001 (système de management de la sécurité), ISO/IEC 27002:2022 (catalogue de mesures) |
| Guide de bonnes pratiques | agence publique, éditeur, association | recommandations ; référence pour apprécier la sécurité « adaptée au risque » | guides de l’ANSSI, CIS Benchmarks, guides de configuration des éditeurs |
| Standard technique | organisme de standardisation, consortium | définit un protocole ou un format | RFC de l’IETF (syslog sur TLS), IEEE 802.1X, WPA3 de la Wi-Fi Alliance, CVSS du FIRST |
L’ISO/IEC 27002:2022 contient des mesures que ce chapitre met en œuvre : 8.8 gestion des vulnérabilités techniques, 8.9 gestion des configurations, 8.15 journalisation, 8.17 synchronisation des horloges, 8.20 sécurité des réseaux. Une norme dit quoi obtenir ; un guide technique dit comment le régler sur tel système.
BLes guides de l’ANSSI utiles ici
| Guide | Version et date | Ce qu’il apporte |
|---|---|---|
| Recommandations de configuration d’un système GNU/Linux (ANSSI-BP-028) | v2.0 du 03/10/2022 | 80 recommandations R1 à R80, classées par niveau de durcissement |
| Recommandations relatives à l’administration sécurisée des SI (ANSSI-PA-022) | v3.0, page publiée le 11/05/2021 | réseau et postes d’administration, comptes dédiés (vu en B3-05) |
| Recommandations pour un usage sécurisé d’(Open)SSH (DAT-NT-007) | v1.3 du 17/08/2015 | 31 recommandations sur SSH |
| Recommandations pour la sécurisation d’un commutateur de desserte (DAT-NT-25) | v1.0 du 24/06/2016 | administration, comptes, VLAN, ports d’un commutateur d’accès |
| Recommandations de sécurité pour l’architecture d’un système de journalisation | page publiée le 28/01/2022 | collecte, centralisation, protection des journaux |
| Les essentiels : sécurisation des réseaux Wi-Fi | v1.0 d’août 2026 (page du 31/08/2026) | modes de sécurité, cloisonnement, administration des bornes |
Le guide GNU/Linux classe chaque recommandation selon quatre niveaux cumulatifs : minimal (à appliquer partout), intermédiaire (dès que possible sur la plupart des systèmes), renforcé (besoin de sécurité fort) et élevé (si l’équipe a les compétences et le temps de le maintenir). Appliquer un niveau suppose d’avoir appliqué ceux du dessous.
Un guide se lit avec sa date
La note OpenSSH de l’ANSSI date de 2015 : elle préconise encore la
directive Protocol 2, que les versions actuelles d’OpenSSH
ne reconnaissent plus (seule la version 2 existe), et des algorithmes
que le guide des mécanismes cryptographiques de 2026 a dépassés (B3-06).
Cite toujours la version du guide, garde les principes
(clés, comptes nominatifs, écoute limitée) et vérifie les détails
techniques dans des sources à jour.
CD’autres référentiels
- Les CIS Benchmarks (Center for Internet Security) donnent, système par système, des réglages notés et des procédures de contrôle.
- Le projet libre ComplianceAsCode (contenu utilisé par l’outil OpenSCAP) propose, au 20/10/2026, des profils ANSSI-BP-028 (minimal, intermédiaire, renforcé, élevé) pour Debian 12 et Debian 13 : ils vérifient automatiquement une partie des recommandations.
- Les éditeurs publient aussi leurs guides de durcissement (systèmes, commutateurs, pare-feu).
Quand deux référentiels divergent, on choisit et on écrit le choix. Exemple : Lynis (partie 10) suggère une bannière de connexion, alors que la note de l’ANSSI sur les commutateurs recommande de ne pas en configurer (R23), pour ne rien révéler de l’équipement. Vellacor a retenu un avertissement juridique court, sans aucune information technique, sur les serveurs.
DÉcrire le socle de l’organisation
Socle de sécurité
Un socle de sécurité (ou référentiel de configuration) est le document interne qui fixe, pour une famille d’équipements, les réglages obligatoires, la façon de les vérifier et les exceptions admises. Il cite les référentiels dont il s’inspire, porte un numéro de version et une date, et a un responsable.
Construire un socle de durcissement
- Délimiter la famille d’équipements (serveurs Debian 13, commutateurs d’accès, bornes Wi-Fi) et ses usages.
- Choisir le ou les référentiels et le niveau visé (pour Vellacor : ANSSI-BP-028 niveaux minimal et intermédiaire).
- Traduire chaque recommandation retenue en règle testable : « SSH n’écoute que sur l’adresse d’administration », pas « SSH est sécurisé ».
- Associer à chaque règle sa preuve : commande, sortie attendue, test de l’outil d’audit.
- Essayer le socle sur une maquette avant la production.
- Lister les exceptions avec leur justification, leur responsable et leur date de revue.
- Faire valider, versionner, ranger le socle avec la documentation d’exploitation (GitLab de Vellacor).
| N° | Règle | Origine | Preuve |
|---|---|---|---|
| S-01 | seuls les paquets et services nécessaires sont installés et actifs | ANSSI R58, R62 | liste des services, ss -tulpn |
| S-02 | chaque service réseau n’écoute que sur l’adresse utile | ANSSI R80 | ss -tulpn, balayage depuis le réseau voisin |
| S-03 | SSH : clés seules, pas de root, groupe autorisé, écoute
sur l’adresse d’administration |
ANSSI R33, NT OpenSSH R21, R22, R25 | sshd -T |
| S-04 | correctifs de sécurité appliqués dans les délais de la politique | ANSSI R61 | apt list --upgradable, ticket |
| S-05 | paramètres réseau du noyau durcis | ANSSI R12 | sysctl |
| S-06 | journaux envoyés au collecteur, horloge synchronisée | ANSSI R71 | message de test reçu sur le collecteur |
| S-07 | aucun compte inutilisé ni compte par défaut actif | ANSSI R30 | liste des comptes |
| S-08 | audit Lynis : aucun avertissement non traité | interne | rapport daté |
3. Vérifier la sûreté
La sûreté protège contre les pannes, les erreurs et les accidents (B3-01). Avant de traquer l’attaquant, on vérifie que l’infrastructure tient debout toute seule : énergie, température, redondance, sauvegardes, heure, place disque. Ces vérifications font partie de la compétence C3A.5-a.
ALes éléments à vérifier
Le technicien participe à la vérification : il contrôle des points précis, relève les preuves et signale les écarts. La conception de la haute disponibilité relève de SISR-07, la sauvegarde de B1-05, la supervision de SISR-09.
| Élément | Ce qu’on vérifie | Preuve |
|---|---|---|
| Énergie | onduleur présent, autonomie suffisante pour un arrêt propre, test de batterie récent, arrêt automatique des serveurs programmé | rapport de test daté, essai de coupure en maintenance |
| Environnement | baie fermée à clé, température surveillée, pas d’eau au-dessus | relevé de la supervision, visite |
| Redondance | double alimentation des hyperviseurs, deux hyperviseurs, lien de secours | schéma, essai de bascule (SISR-07) |
| Sauvegardes | règle 3-2-1, dernier test de restauration | rapport de restauration (B1-05) |
| Heure | une seule source de temps : serveurs et commutateurs sur le pare-feu
du site (ntp server sur un commutateur de type Cisco
IOS) |
timedatectl ou chronyc tracking sur
Debian |
| Capacité | disques sous le seuil d’alerte, rotation des journaux | supervision, df -h |
| Configurations | copie à jour de la configuration de chaque équipement réseau | date du dernier export |
| Cycle de vie | matériels et logiciels encore pris en charge, contrats de maintenance | inventaire GLPI (B1-03) |
L'onduleur du siège
L’onduleur du siège KV-PNF-OND01 a une carte réseau qui
permet de le superviser et de déclencher l’arrêt propre des hyperviseurs
(SISR-07). Lucas constate deux écarts : la carte a toujours son
compte d’usine (un écart de sécurité, partie 4), et
aucun test de batterie n’a été consigné depuis
l’installation (un écart de sûreté : on ignore si l’autonomie annoncée
tient encore). Il propose un test programmé en maintenance et l’envoi
des alertes de l’onduleur à la supervision.
Sûreté et sécurité se mélangent
Le journal de débogage qui a rempli le disque de
KV-KERMAINT le 7 octobre (B1-06) est un incident de sûreté,
mais un disque plein empêche aussi d’écrire les journaux de sécurité :
rotation des journaux et alerte disque sont dans le socle.
4. Réduire la surface d’attaque
Chaque service qui écoute sur le réseau est une porte ; chaque compte inutile, une clé qui traîne. La première étape du durcissement consiste à faire l’inventaire de ce qui est ouvert, puis à fermer tout ce qui ne sert pas. C’est la mesure la plus simple et souvent la plus efficace.
ARecenser les services à l’écoute
Sur un serveur Linux, la commande ss liste les
connexions ; avec -tulpn, elle affiche les ports
TCP et UDP en écoute,
le processus concerné, et les adresses en chiffres
(n). Voici LAB-UBU01 (Ubuntu 24.04 LTS,
10.20.50.20), tel que Lucas l’a reçu au laboratoire le 20/10/2026.
$ ss -tulpn
Netid State Recv-Q Send-Q Local Address:Port Peer Address:PortProcess
udp UNCONN 0 0 0.0.0.0:514 0.0.0.0:* users:(("rsyslogd",pid=65,fd=6))
tcp LISTEN 0 128 0.0.0.0:22 0.0.0.0:* users:(("sshd",pid=63,fd=3))
tcp LISTEN 0 5 0.0.0.0:8000 0.0.0.0:* users:(("python3",pid=71,fd=3))
Lecture : trois services écoutent sur 0.0.0.0,
toutes les adresses de la machine : une réception
syslog (UDP 514) inutile hors d’un collecteur, un serveur web de test
oublié (port 8000) et SSH.
On vérifie aussi depuis le réseau. Lucas lance un
balayage de ports depuis la maquette voisine LAB-LOG01
(10.20.50.42), sur sa propre machine de laboratoire :
$ nmap -n -Pn -sT -sU -p T:1-65535,U:514 10.20.50.20
Nmap scan report for 10.20.50.20
Host is up (0.00011s latency).
Not shown: 65533 closed tcp ports (conn-refused)
PORT STATE SERVICE
22/tcp open ssh
8000/tcp open http-alt
514/udp open|filtered syslog
Un balayage se fait avec une autorisation
nmap est un outil d’audit. Le lancer sur un équipement
qui n’est pas à toi, ou hors du périmètre convenu par écrit, peut
constituer une tentative d’accès frauduleux (art. 323-1 C. pén., vu en
B3-05 et B3-07). Au laboratoire ou dans le cadre d’un audit commandé,
avec un périmètre écrit, c’est un contrôle normal.
BFermer ce qui ne sert pas
La règle de l’ANSSI est double : n’installer que les paquets strictement nécessaires (R58) et désactiver les services qui ne servent pas (R62) ; pour les services réseau, réduire la surface exposée (R80), par exemple en n’écoutant que sur l’adresse utile.
Réduire la surface d'un serveur
- Lister les services à l’écoute
(
ss -tulpn) et les services actifs (systemctl list-units --type=service --state=running). - Justifier chaque service par un besoin (qui l’utilise, depuis où) ; sans justification, il est candidat à la suppression.
- Arrêter et désactiver :
systemctl disable --now <service>; si le logiciel est inutile, le désinstaller (apt purge <paquet>). - Restreindre l’écoute des services utiles à
l’adresse nécessaire (
127.0.0.1pour un service local). - Vérifier de l’intérieur (
ss) et de l’extérieur (balayage autorisé), puis consigner le résultat.
Après le traitement, LAB-UBU01 n’expose plus que SSH, et
seulement sur son adresse :
$ ss -tulpn
Netid State Recv-Q Send-Q Local Address:Port Peer Address:PortProcess
tcp LISTEN 0 128 10.20.50.20:22 0.0.0.0:* users:(("sshd",pid=42577,fd=3))
Le balayage depuis LAB-LOG01 ne trouve plus que
22/tcp open ssh.
Le même raisonnement s’applique aux constats de Kervanet. Sur
KV-RECETTE, le serveur web de développement oublié depuis
la recette du 9 octobre est arrêté, et la consigne de recette précise
désormais qu’un outil de test s’arrête à la fin de la séance. À
l’inverse, MariaDB, sur KV-KERMAINT, montre le bon réglage
: elle n’est appelée que par KerMaint, installé sur la même machine, et
n’écoute que sur 127.0.0.1 (directive
bind-address, réglage du paquet Debian, SLAM-06) ; le port
3306 n’est pas joignable du réseau. L’interface web de
KV-TEL doit passer en HTTPS et n’être joignable que depuis
le VLAN d’administration, ce que le pare-feu doit aussi imposer
(B3SISR-02).
CSupprimer les comptes par défaut
Compte par défaut
Un compte par défaut est un compte créé par le
fabricant ou l’éditeur, avec un identifiant et souvent un mot de passe
identiques sur tous les exemplaires et publiés dans la
documentation : admin, root,
cisco, ubnt… Les attaquants les essaient en
premier.
| Équipement | Exemple de compte | Mesure |
|---|---|---|
| Onduleur, carte d’administration | compte d’usine de l’interface web | changer le mot de passe, créer un compte nominatif, désactiver le compte d’usine si possible |
| Commutateur, borne Wi-Fi | compte d’usine, mot de passe imprimé sur l’étiquette | comptes nominatifs, compte local de secours unique (DAT-NT-25, R13 et R18) |
| Serveur Linux | root avec mot de passe |
connexion directe de root interdite, administration par
sudo (ANSSI R33) |
| Application | compte test ou admin créé à
l’installation |
supprimer ou désactiver, revue des comptes (B3-05) |
L’ANSSI demande de désactiver les comptes inutilisés (R30) ; les comptes d’administration et leurs revues sont traités en B3-05 : ici, on vérifie qu’aucun équipement n’a gardé ses identifiants d’usine.
5. Durcir un serveur Linux
Une fois la surface réduite, on règle ce qui reste. Sur un serveur Debian, le socle de Vellacor touche quatre zones : le serveur SSH, les paramètres réseau du noyau, les droits par défaut des fichiers et l’avertissement de connexion. Chaque réglage est testé, puis vérifié.
ARenforcer SSH
Tu as vu en B3-05 les directives qui protègent les comptes
(PermitRootLogin no, AllowGroups,
PasswordAuthentication no, double authentification) et en
B3-06 l’authentification par clé. Le socle les complète par des réglages
qui réduisent ce qu’une session permet et ce qu’un
attaquant peut tenter.
Sur Debian 13 comme sur Ubuntu, le fichier principal
/etc/ssh/sshd_config commence par
Include /etc/ssh/sshd_config.d/*.conf. On ne modifie donc
pas le fichier livré : on ajoute un fichier dans
sshd_config.d, qui survit aux mises à jour du paquet.
La première valeur gagne
Pour la plupart des directives, OpenSSH retient la première
valeur lue. Comme l’Include est en tête du fichier
principal, un réglage placé dans
sshd_config.d/10-durcissement.conf l’emporte sur le même
réglage écrit plus bas dans sshd_config ; et entre deux
fichiers inclus, c’est celui qui vient en premier dans l’ordre
alphabétique. Vérifie toujours la configuration
effective avec sshd -T, pas seulement le fichier
que tu as écrit.
Voici le fichier essayé sur LAB-UBU01 (OpenSSH 9.6p1 ;
mêmes directives dans OpenSSH 10.0 de Debian 13) :
$ cat /etc/ssh/sshd_config.d/10-durcissement.conf
# Socle SSH des serveurs Debian gérés par Vellacor (version du 20/10/2026)
ListenAddress 10.20.50.20
PermitRootLogin no
PasswordAuthentication no
KbdInteractiveAuthentication no
AllowGroups ssh-admins
MaxAuthTries 3
LoginGraceTime 30
MaxSessions 2
ClientAliveInterval 300
ClientAliveCountMax 2
X11Forwarding no
AllowTcpForwarding no
AllowAgentForwarding no
PermitUserEnvironment no
TCPKeepAlive no
LogLevel VERBOSE
Banner /etc/issue.net
| Directive | Effet | Pourquoi |
|---|---|---|
ListenAddress |
écoute sur une seule adresse | l’ANSSI recommande d’écouter seulement sur l’adresse d’administration (NT OpenSSH, R25) |
MaxAuthTries 3, LoginGraceTime 30 |
moins d’essais par connexion, 30 s pour s’authentifier | freine les essais automatiques et les connexions laissées en attente |
MaxSessions 2 |
deux sessions au plus par connexion | limite le multiplexage abusif |
ClientAliveInterval 300,
ClientAliveCountMax 2 |
ferme la session si le client ne répond plus à deux contrôles espacés de 5 min | pas de session fantôme |
X11Forwarding, AllowTcpForwarding,
AllowAgentForwarding à no |
interdit les redirections | un serveur ne doit pas servir de tunnel (NT OpenSSH, R27 et R28) |
PermitUserEnvironment no |
l’utilisateur ne modifie pas l’environnement du serveur | NT OpenSSH, R23 |
LogLevel VERBOSE |
journalise l’empreinte de la clé utilisée | savoir quelle clé s’est connectée (imputabilité) |
Banner /etc/issue.net |
avertissement juridique avant l’authentification | choix de Vellacor (partie 2) |
On contrôle la syntaxe avant de recharger le service, en gardant une session ouverte (B3-05) :
$ sshd -t && echo syntaxe OK
syntaxe OK
Puis on lit la configuration effective, avant et après :
sshd -T, 20/10/2026)| Directive | Avant | Après |
|---|---|---|
listenaddress |
0.0.0.0:22 et [::]:22 |
10.20.50.20:22 |
permitrootlogin |
without-password |
no |
passwordauthentication |
yes |
no |
maxauthtries |
6 |
3 |
clientaliveinterval |
0 |
300 |
x11forwarding |
yes |
no |
allowtcpforwarding |
yes |
no |
allowgroups |
(non défini) |
ssh-admins |
loglevel |
INFO |
VERBOSE |
Le port 22 n’est pas changé. L’ANSSI ne recommande un autre port que pour un service exposé à un réseau non maîtrisé (NT OpenSSH, R26) ; ici, SSH n’est joignable que depuis le réseau d’administration, à travers le VPN. Changer de port n’est pas une protection : c’est au mieux un filtre contre les robots les plus simples.
BRégler le noyau et les droits
Le noyau Linux expose des paramètres réglables
(sysctl). La recommandation R12 de l’ANSSI fixe ceux de
la pile IPv4 : un serveur qui n’est pas un routeur ne relaie pas les
paquets, n’accepte pas les redirections ICMP ni le routage par la
source, vérifie l’adresse d’origine des paquets (reverse path
filtering) et journalise les paquets aux adresses impossibles
(martians). On les écrit dans un fichier de
/etc/sysctl.d/, appliqué au démarrage :
$ cat /etc/sysctl.d/60-durcissement-reseau.conf
# Paramètres réseau IPv4 (inspirés de la recommandation R12 de l'ANSSI, guide BP-028 v2.0)
net.ipv4.ip_forward = 0
net.ipv4.conf.all.accept_redirects = 0
net.ipv4.conf.default.accept_redirects = 0
net.ipv4.conf.all.send_redirects = 0
net.ipv4.conf.default.send_redirects = 0
net.ipv4.conf.all.accept_source_route = 0
net.ipv4.conf.default.accept_source_route = 0
net.ipv4.conf.all.rp_filter = 1
net.ipv4.conf.default.rp_filter = 1
net.ipv4.conf.all.log_martians = 1
net.ipv4.conf.default.log_martians = 1
net.ipv4.icmp_echo_ignore_broadcasts = 1
net.ipv4.tcp_syncookies = 1
sysctl -p /etc/sysctl.d/60-durcissement-reseau.conf
applique le fichier tout de suite ;
sysctl net.ipv4.ip_forward lit une valeur. Les autres
paramètres du noyau se testent d’abord en maquette.
Deux réglages de comptes complètent le socle :
- le masque par défaut des fichiers créés
(
UMASKdans/etc/login.defs) passe de022à027: un nouveau fichier n’est plus lisible par « les autres » (R36 de l’ANSSI, qui fixe0077pour les sessions des utilisateurs et en général0027pour les services) ; - les vidages mémoire (core dumps), qui
peuvent contenir des mots de passe en clair, sont interdits par la ligne
* hard core 0dans/etc/security/limits.conf.
6. Corriger les vulnérabilités
Un serveur parfaitement réglé devient vulnérable le jour où une faille est publiée dans l’un de ses logiciels. Le tronc commun (B3-04, B3-07) a posé la procédure ; ici, on la précise pour les serveurs : lire un avis, comprendre un score CVSS 4.0, tenir compte des rétroportages des distributions et fixer des délais.
ALes sources d’information
Le CERT-FR (centre gouvernemental de veille, d’alerte et de réponse, rattaché à l’ANSSI, site cert.cyber.gouv.fr) publie plusieurs types de documents, reconnaissables à leur référence. Au 20/10/2026, sa page d’accueil en présente six types, dont les quatre suivants (les autres : menaces et incidents, indicateurs de compromission).
| Type | Référence | Usage pour un administrateur |
|---|---|---|
| Avis de sécurité | CERTFR-2026-AVI-1344 (Mattermost Server,
20/10/2026) |
une vulnérabilité et son correctif : à traiter dans le cycle prévu |
| Alerte de sécurité | CERTFR-2026-ALE-013 (Ivanti Connect Secure,
14/10/2026) |
une vulnérabilité activement exploitée ou critique : action immédiate |
| Bulletin d’actualité | CERTFR-2026-ACT-044 (19/10/2026) |
synthèse régulière de l’actualité |
| Durcissement et recommandations | CERTFR-2025-DUR-003 (22/01/2026) |
recommandations de configuration |
Un flux RSS permet de recevoir ces publications. L’organisation de la veille (abonnements, tri, corrélation avec l’inventaire) est traitée en B3SISR-03 ; ici, tu apprends à exploiter un avis pour un serveur.
BLire un score CVSS 4.0
Le CVSS (Common Vulnerability Scoring System), publié par le FIRST, note la gravité d’une vulnérabilité de 0 à 10. Au 20/10/2026, la version en vigueur est la 4.0, publiée en novembre 2023 ; beaucoup d’avis anciens donnent encore un score en 3.1. Les deux versions ne se comparent pas directement : on note toujours la version avec le score.
Vecteur CVSS 4.0
Le vecteur décrit la vulnérabilité par une suite de
métriques, par exemple
CVSS:4.0/AV:N/AC:L/AT:N/PR:N/UI:N/VC:H/VI:H/VA:H/SC:N/SI:N/SA:N.
Le score se calcule à partir du vecteur. CVSS 4.0 a
quatre groupes de métriques : de base (la faille
elle-même), de menace (est-elle exploitée ?),
environnementales (ton contexte) et
supplémentaires (informations sans effet sur le
score).
| Métrique | Question | Valeurs (de la plus grave à la moins grave) |
|---|---|---|
| AV, vecteur d’attaque | d’où peut-on attaquer ? | N réseau, A réseau adjacent, L local, P physique |
| AC, complexité | faut-il contourner une protection ? | L faible, H élevée |
| AT, conditions d’attaque | faut-il une condition particulière de la cible ? | N aucune, P présentes |
| PR, privilèges requis | faut-il déjà un compte ? | N aucun, L faibles, H élevés |
| UI, interaction | faut-il une action d’un utilisateur ? | N aucune, P passive, A active |
| VC, VI, VA | impact sur le système vulnérable (confidentialité, intégrité, disponibilité) | H élevé, L faible, N aucun |
| SC, SI, SA | impact sur les systèmes suivants (autres systèmes atteints par rebond) | H, L, N |
Le groupe de menace contient la maturité de
l’exploitation E : A attaquée
(exploitée), P preuve de concept publiée, U
aucune exploitation signalée. Le score est alors noté
CVSS-BT (base et menace), au lieu de
CVSS-B pour la base seule.
| Score | 0,0 | 0,1 à 3,9 | 4,0 à 6,9 | 7,0 à 8,9 | 9,0 à 10,0 |
|---|---|---|---|---|---|
| Gravité | aucune | faible | moyenne | élevée | critique |
Le même défaut, trois scores
Données : une faille exploitable à distance, sans compte ni
interaction, avec impact élevé sur la confidentialité, l’intégrité et la
disponibilité du serveur :
CVSS:4.0/AV:N/AC:L/AT:N/PR:N/UI:N/VC:H/VI:H/VA:H/SC:N/SI:N/SA:N.
| Situation | Vecteur ajouté | Score | Gravité |
|---|---|---|---|
| base seule (CVSS-B) | — | 9,3 | critique |
| exploitation signalée (CVSS-BT) | /E:A |
9,3 | critique |
| aucune exploitation connue (CVSS-BT) | /E:U |
8,1 | élevée |
| même faille, mais le serveur n’est joignable que depuis son réseau local (CVSS-BE) | /MAV:A |
8,7 | élevée |
Interprétation : la menace et l’environnement ajustent le score de base à la réalité ; ici, la faille descend d’une classe, mais reste à corriger vite.
Le score n'est pas la priorité
Le score CVSS-B mesure la gravité technique, pas le risque pour toi. Une faille notée 6,5 sur le pare-feu exposé à Internet et exploitée par des attaquants passe avant une faille notée 9,3 sur un logiciel installé sur une machine isolée. Ce qui fixe la priorité : le produit est-il chez nous, exposé, exploité ? (B3-07).
CVersion affichée et version corrigée
Le 1er juillet 2024, le CERT-FR a publié l’alerte
CERTFR-2024-ALE-009 sur la faille CVE-2024-6387 d’OpenSSH
(surnommée « regreSSHion ») : exécution de code à distance avec les
droits de root, sans authentification, sur les versions
8.5p1 à 9.7p1 ; le score donné par l’organisme qui a
enregistré la CVE est 8,1 en CVSS 3.1
(CVSS:3.1/AV:N/AC:H/PR:N/UI:N/S:U/C:H/I:H/A:H). L’alerte,
close le 7 octobre 2024, recommandait le correctif de l’éditeur ou de la
distribution, avec un contournement temporaire
(LoginGraceTime 0, au prix d’un risque de déni de
service).
LAB-UBU01 affiche OpenSSH 9.6p1, dans
la plage vulnérable. Est-il vulnérable ? Pas forcément : les
distributions rétroportent les correctifs de sécurité
dans leur propre version du paquet, sans changer le numéro de la version
d’origine. Le journal des modifications du paquet le montre :
$ dpkg -s openssh-server | grep ^Version
Version: 1:9.6p1-3ubuntu13.20
$ zcat /usr/share/doc/openssh-server/changelog.Debian.gz | grep -B4 -A1 'CVE-2024-6387.patch'
openssh (1:9.6p1-3ubuntu13.3) noble-security; urgency=medium
* SECURITY UPDATE: remote code execution via signal handler race
condition (LP: #2070497)
- debian/patches/CVE-2024-6387.patch: don't log in sshsigdie() in log.c.
- CVE-2024-6387
Le correctif de CVE-2024-6387 est entré dans le paquet
1:9.6p1-3ubuntu13.3 (juin 2024) ; la machine a une version
plus récente du paquet, donc corrigée, même si elle
affiche « 9.6p1 ».
Rétroportage
Le rétroportage (backport) consiste, pour
une distribution, à appliquer le correctif d’une faille à la version du
logiciel qu’elle maintient. Pour savoir si un serveur est corrigé, on
compare la version complète du paquet
(dpkg -s openssh-server, champ Version) à
celle qu’indique le bulletin de sécurité de la
distribution (Debian Security Advisories pour Debian 13), pas
le seul numéro de version du logiciel.
DLa politique de correction des serveurs
Le 20/10/2026, Julien Maréchal a validé les délais proposés par Lucas pour les serveurs et équipements gérés par Vellacor.
| Situation | Délai | Exemple |
|---|---|---|
vulnérabilité exploitée (alerte du CERT-FR, E:A) sur un
équipement exposé à Internet |
sous 24 heures ; contournement immédiat si le correctif manque | pare-feu des sites, proxy inverse |
| score de base (CVSS-B) de 7,0 et plus, sans exploitation connue | 7 jours | serveur Debian interne |
| score de base inférieur à 7,0 | fenêtre de maintenance mensuelle (dernier mardi du mois, 22 h – minuit) | bibliothèque interne |
Appliquer un correctif sur un serveur Debian
- Vérifier que le paquet est installé et dans quelle
version (
dpkg -s <paquet>), et comparer au bulletin de la distribution. - Prévenir les utilisateurs et choisir la fenêtre ; pour une machine virtuelle, prendre un instantané (SISR-06) pour pouvoir revenir en arrière.
- Appliquer :
apt updatepuisapt upgrade(ouapt install --only-upgrade <paquet>). - Redémarrer ce qui doit l’être :
needrestart -r lliste les services qui utilisent encore l’ancienne version d’une bibliothèque ; une mise à jour du noyau impose un redémarrage de la machine. - Vérifier la version installée et le bon fonctionnement du service (tests de recette, B1-11).
- Documenter dans le ticket : avis, version, date, durée d’exposition, exception éventuelle.
Le paquet unattended-upgrades (B3-04) installe seul les
mises à jour de sécurité des serveurs internes de Vellacor, sauf sur
KV-KERMAINT, où une mise à jour de PHP passe d’abord par la
recette (B1-11) : exception écrite au socle.
7. Centraliser les journaux
Un attaquant qui prend la main sur un serveur efface d’abord ses traces locales. Copier les journaux, au fil de l’eau, vers un collecteur séparé les met hors de sa portée. Le tronc commun en a posé les principes (B3-07) ; ici, on configure l’envoi sur les serveurs et les équipements.
AJournald et rsyslog
Sur Debian 13, deux outils coexistent :
- systemd-journald reçoit les messages du système et
des services et les range dans un journal binaire, lu avec
journalctl; depuis Debian 12,rsyslogn’est plus installé par défaut et le journal est conservé dans/var/log/journal; - rsyslog, à installer
(
apt install rsyslog rsyslog-gnutls), écrit des fichiers texte et surtout transmet les messages à un autre serveur, au format syslog.
Pour que le journal local survive aux redémarrages et ne remplisse
pas le disque, Vellacor fixe ses réglages dans un fichier de
/etc/systemd/journald.conf.d/ (directives de la page de
manuel journald.conf(5)) :
[Journal]
Storage=persistent
SystemMaxUse=1G
Storage=persistent impose l’écriture sur disque ;
SystemMaxUse limite la place occupée par le journal.
BEnvoyer les journaux en TLS
Le protocole syslog circule historiquement en clair sur le port
UDP 514 : n’importe quel équipement du chemin peut lire
les messages, et rien ne garantit qu’ils arrivent. C’est le cas chez
Vellacor depuis 2023 : les serveurs Debian de Vellacor et de Kervanet
envoient leurs journaux en UDP au collecteur
VEL-LOG01 (Debian 13, 10.20.99.26, dans le
VLAN 99 d’administration, seul réseau de Vellacor admis dans les tunnels
vers Kervanet), à travers le VPN. Lucas propose le transport TCP
chiffré par TLS (RFC 5425, port 6514) avec des
certificats des deux côtés.
Il essaie la configuration au laboratoire : LAB-UBU01
envoie ses journaux à une maquette de collecteur, LAB-LOG01
(10.20.50.42), avec des certificats d’une autorité de test (rsyslog
8.2312 ; même syntaxe pour la version de Debian 13). Côté client, un
fichier de /etc/rsyslog.d/ :
$ cat /etc/rsyslog.d/90-centralisation.conf
# Envoi de tous les journaux vers le collecteur, en TCP chiffré par TLS (port 6514)
global(
DefaultNetstreamDriverCAFile="/etc/rsyslog-tls/ca.crt"
DefaultNetstreamDriverCertFile="/etc/rsyslog-tls/lab-ubu01.crt"
DefaultNetstreamDriverKeyFile="/etc/rsyslog-tls/lab-ubu01.key"
)
action(type="omfwd" target="10.20.50.42" port="6514" protocol="tcp"
StreamDriver="gtls" StreamDriverMode="1"
StreamDriverAuthMode="x509/name"
StreamDriverPermittedPeers="lab-log01.vellacor.example"
queue.type="LinkedList" queue.size="50000"
action.resumeRetryCount="-1")
StreamDriver="gtls"etStreamDriverMode="1"imposent TLS ;StreamDriverAuthMode="x509/name"vérifie le certificat du collecteur et son nom (StreamDriverPermittedPeers) : un faux collecteur est refusé ;- la file d’attente (
queue.*) garde les messages si le collecteur est injoignable, etaction.resumeRetryCount="-1"réessaie sans fin.
Côté collecteur, l’entrée TCP exige un certificat client valide
(x509/certvalid) et range les messages par
machine :
# Collecteur de journaux (maquette LAB-LOG01) : réception TLS sur 10.20.50.42:6514
global(
workDirectory="/var/spool/rsyslog/collecteur"
DefaultNetstreamDriver="gtls"
DefaultNetstreamDriverCAFile="/etc/rsyslog-tls/ca.crt"
DefaultNetstreamDriverCertFile="/etc/rsyslog-tls/lab-log01.crt"
DefaultNetstreamDriverKeyFile="/etc/rsyslog-tls/lab-log01.key"
)
module(load="imtcp" StreamDriver.Name="gtls" StreamDriver.Mode="1"
StreamDriver.AuthMode="x509/certvalid")
template(name="ParHote" type="string"
string="/var/log/distant/%HOSTNAME%/%PROGRAMNAME%.log")
ruleset(name="distant") { action(type="omfile" dynaFile="ParHote") }
input(type="imtcp" address="10.20.50.42" port="6514" ruleset="distant")
Lucas vérifie la syntaxe (rsyslogd -N1), redémarre le
service, puis envoie un message de test (au laboratoire, la socket
locale de rsyslog est /run/devlog ; sur un serveur,
logger sans -u suffit) :
$ rsyslogd -N1 -f /etc/rsyslog.conf
rsyslogd: version 8.2312.0, config validation run (level 1), master config /etc/rsyslog.conf
rsyslogd: End of config validation run. Bye.
$ logger -u /run/devlog -t verif-centralisation -p auth.notice "test de centralisation des journaux"
(sur le collecteur LAB-LOG01)
$ ls -R /var/log/distant
/var/log/distant:
lab-ubu01
/var/log/distant/lab-ubu01:
verif-centralisation.log
$ tail -n 1 /var/log/distant/lab-ubu01/verif-centralisation.log
2026-10-21T00:30:27+02:00 lab-ubu01 verif-centralisation: test de centralisation des journaux
(essai négatif : un client sans certificat envoie un faux message)
$ printf '<13>Oct 21 10:00:00 intrus faux: message non autorisé\n' | openssl s_client -connect 10.20.50.42:6514 -CAfile ca.crt -quiet
verify return:1
verify return:1
$ ls /var/log/distant
lab-ubu01
Le message de test arrive dans le dossier de lab-ubu01,
avec l’heure exacte. Dans l’essai négatif, le client vérifie bien le
certificat du collecteur (verify return:1), mais il n’a pas
de certificat à présenter : le collecteur refuse la session et le faux
message n’est écrit nulle part (aucun dossier intrus).
Vérifier qu'un journal arrive vraiment
Une configuration d’envoi ne prouve rien. La preuve, c’est un message de test retrouvé sur le collecteur, dans le bon dossier, avec la bonne heure ; puis un essai négatif (un client sans certificat est refusé). La conservation (douze mois glissants chez Vellacor, en cohérence avec la charte de Kervanet et la recommandation de la CNIL, B3-07) et la protection du collecteur (accès réservé, aucun droit d’écriture pour les administrateurs des machines surveillées) complètent le dispositif.
CLes équipements réseau
Les pare-feu et les commutateurs doivent aussi envoyer leurs
journaux. Sur OPNsense, une cible distante se déclare dans System
> Settings > Logging, onglet Remote (transport,
port, adresse, certificat pour TLS). Sur un commutateur de type Cisco
IOS, logging host <adresse> désigne le collecteur, et
l’ANSSI demande au moins de journaliser les authentifications et
tentatives d’authentification (DAT-NT-25, R11). L’analyse de ces
journaux, les alertes et la corrélation relèvent de B3SISR-03.
8. Sécuriser les commutateurs
Le commutateur d’accès est le premier équipement que touche un appareil branché dans un couloir ou une salle de séminaire. Bien réglé, il refuse un faux serveur DHCP, un commutateur pirate ou un appareil de trop. Mal réglé, il offre le réseau interne à quiconque trouve une prise.
AProtéger l’administration du commutateur
Les commandes de cette partie sont celles d’un commutateur à ligne de commande de type Cisco IOS (guides de configuration Cisco IOS XE 17.12 pour Catalyst 9300 et guide Cisco « Harden IOS Devices », vérifiés le 20/10/2026). Les commutateurs d’autres marques ont des fonctions équivalentes sous d’autres noms.
| Règle | Commandes (type Cisco IOS) | Référence |
|---|---|---|
| SSH version 2, clé de 3 072 bits | ip ssh version 2 ;
crypto key generate rsa modulus 3072 |
DAT-NT-25 R4 ; B3-06 |
| pas de Telnet sur les lignes virtuelles | line vty 0 15 puis
transport input ssh |
DAT-NT-25 R8 |
| serveur web d’administration coupé | no ip http server ;
no ip http secure-server |
DAT-NT-25 R6 |
| une seule adresse d’administration, dans le VLAN 99 | interface Vlan99 + adresse ; accès filtré par le
pare-feu, à défaut access-class sur les lignes |
DAT-NT-25 R9, R10 (R2 vise une séparation physique) |
| comptes nominatifs, secrets en empreinte non réversible | username <nom> algorithm-type scrypt secret <mot de passe>
; jamais de mot de passe de « type 7 » |
DAT-NT-25 R13 ; guide Cisco |
| session inactive coupée | exec-timeout 5 0 sur les lignes |
guide Cisco |
| journaux et heure | logging host <collecteur> ;
ntp server <source> |
DAT-NT-25 R11 |
Le chiffrement de « type 7 » n'en est pas un
La commande service password-encryption masque les mots
de passe dans la configuration avec un codage que le guide de Cisco
qualifie de « simple chiffre de Vigenère » : il se décode en quelques
secondes. Elle évite seulement une lecture par-dessus l’épaule. Les
secrets se stockent sous forme d’empreinte (secret, type 9
avec algorithm-type scrypt), et un fichier de configuration
se protège comme un mot de passe (DAT-NT-25, R17).
BLes attaques de niveau 2
Le niveau 2 (liaison) est celui des adresses MAC, des VLAN et de l’arbre couvrant (SISR-02). Plusieurs attaques l’exploitent, souvent depuis une simple prise réseau.
| Ce qui peut arriver | Conséquence | Protection |
|---|---|---|
| un appareil inconnu est branché sur une prise libre | accès au VLAN de la prise | ports libres éteints, 802.1X (B3-05) |
| un équipement envoie des milliers d’adresses MAC | saturation de la table MAC : le commutateur diffuse tout | sécurité de port (nombre d’adresses limité) |
| un appareil répond aux demandes DHCP | les postes reçoivent une fausse passerelle ou un faux DNS | surveillance DHCP (DHCP snooping) |
| un appareil se fait passer pour la passerelle en ARP | interception du trafic (homme du milieu) | inspection ARP dynamique |
| un commutateur pirate envoie des BPDU | il perturbe l’arbre couvrant, voire en devient la racine | garde BPDU et garde de racine |
| un port négocie tout seul une liaison 802.1Q | accès à tous les VLAN | ports en mode accès, négociation DTP coupée |
| une tempête de diffusion | réseau saturé | contrôle des tempêtes |
CLes ports et les VLAN
La note de l’ANSSI sur les commutateurs pose des règles simples : interdire la configuration automatique des ports (R26), placer les ports inutilisés dans un VLAN de quarantaine et les désactiver (R27), ne jamais utiliser le VLAN par défaut (R28) et choisir un VLAN natif différent du VLAN par défaut, non attribué aux ports d’accès (R29).
Sécurité de port
La sécurité de port (port security) limite
le nombre d’adresses MAC qu’un port accepte, et peut retenir ces
adresses (sticky). En cas de dépassement, le commutateur
applique un mode de violation : protect
(trames ignorées sans alerte), restrict (trames ignorées,
compteur, alerte SNMP et message de journal) ou shutdown
(port désactivé en état « err-disabled », mode par défaut). Par défaut,
un port sécurisé n’accepte qu’une adresse.
Surveillance DHCP et inspection ARP
La surveillance DHCP (DHCP snooping) distingue les ports de confiance (vers le vrai serveur DHCP) des autres : une réponse DHCP qui arrive par un port non fiable est rejetée. Le commutateur construit au passage une table des baux (port, MAC, adresse IP, VLAN). L’inspection ARP dynamique (Dynamic ARP Inspection) s’appuie sur cette table pour rejeter les réponses ARP mensongères ; les ports non fiables sont en plus limités par défaut à 15 paquets ARP par seconde.
PortFast, garde BPDU et garde de racine
PortFast fait passer un port de poste directement à l’état de transmission, sans attendre l’arbre couvrant. La garde BPDU met en « err-disabled » un port PortFast qui reçoit une BPDU : un commutateur y a été branché. La garde de racine (root guard) bloque un port (état « root-inconsistent ») si l’équipement d’en face prétend devenir la racine de l’arbre.
DLa configuration d’un commutateur de TRA
Pour la 8e résidence (La Tranche-sur-Mer, site TRA, réseaux
10.48.x.0/24), Lucas prépare la configuration de
KV-TRA-SW02, commutateur des bureaux de 8 ports (SISR-01) :
port 1, liaison vers KV-TRA-SW01 et le pare-feu, qui sert
de serveur DHCP ; ports 2 à 4, les 3 postes administratifs branchés
derrière leur téléphone IP ; port 5, l’imprimante (VLAN 20) ; port 6, la
borne KV-TRA-AP02 ; ports 7 et 8, libres. Il reprend la
configuration de référence des commutateurs de Kervanet (SISR-02) et y
ajoute l’inspection ARP. Extrait, à essayer d’abord en maquette :
! — protections globales —
ip dhcp snooping vlan 10,20,30,40
no ip dhcp snooping information option
ip dhcp snooping
ip arp inspection vlan 10,20,30,40
spanning-tree portfast bpduguard default
no ip http server
no ip http secure-server
!
! — liaison vers le reste du réseau (port de confiance) —
interface GigabitEthernet1/0/1
switchport mode trunk
switchport trunk native vlan 999
switchport trunk allowed vlan 10,20,30,40,99
switchport nonegotiate
ip dhcp snooping trust
ip arp inspection trust
!
! — postes des bureaux (derrière leur téléphone) —
interface range GigabitEthernet1/0/2 - 4
switchport mode access
switchport access vlan 10
switchport nonegotiate
switchport port-security
switchport port-security maximum 3
switchport port-security violation restrict
switchport port-security mac-address sticky
spanning-tree portfast
storm-control broadcast level 5.00
!
! — ports libres —
interface range GigabitEthernet1/0/7 - 8
switchport mode access
switchport access vlan 998
shutdown
Quelques choix à expliquer : maximum 3 est la valeur de
la configuration de référence de Vellacor pour un poste branché derrière
son téléphone IP (SISR-02) ; restrict laisse le poste
légitime travailler et signale l’intrus, quand
shutdown coupe tout ;
no ip dhcp snooping information option évite que le
commutateur ajoute l’option 82, que le serveur DHCP du pare-feu ne gère
pas ; la garde BPDU est activée globalement sur tous
les ports PortFast. Les ports 5 (imprimante, une seule adresse
autorisée) et 6 (borne, liaison 802.1Q des VLAN 10, 30 et 99, natif 999)
suivent les modèles de SISR-02.
Pour vérifier :
show port-security interface <port> (maximum, mode,
violations), show ip dhcp snooping et
show ip dhcp snooping binding (ports de confiance, table
des baux), show ip arp inspection vlan 10 et
show interfaces status err-disabled (ports coupés par une
protection).
Le port de confiance oublié
Activer la surveillance DHCP sans déclarer la liaison vers le serveur
comme ip dhcp snooping trust bloque toutes
les réponses DHCP : plus aucun poste n’obtient d’adresse. Même effet
avec l’inspection ARP sur une liaison non déclarée. D’où l’essai en
maquette, puis le déploiement site par site, en maintenance.
EIsoler l’administration
Pour tous les équipements (commutateurs, bornes, onduleur, hyperviseurs, pare-feu), les interfaces d’administration n’écoutent que dans le réseau d’administration (VLAN 99 de chaque site, joignable seulement depuis le VLAN 99 de Vellacor ; PA-022 ; la note DAT-NT-25 vise même une séparation physique, R2), en protocole chiffré, avec des comptes nominatifs (B3-05).
Vérifier l'isolement de l'administration
- Lister les interfaces d’administration de chaque équipement (adresse, port, protocole).
- Tester depuis un réseau d’utilisateurs (poste du VLAN 10, en maintenance, avec accord) : aucune interface ne doit répondre.
- Tester depuis le réseau d’administration : chaque interface répond, en protocole chiffré.
- Consigner les résultats et ouvrir un ticket par
écart (
KV-TELen HTTP depuis le VLAN 10, par exemple).
9. Sécuriser le Wi-Fi
Le Wi-Fi traverse les murs : un attaquant n’a pas besoin d’entrer dans l’hôtel pour l’atteindre. Il faut un mode de sécurité actuel, des réseaux séparés pour le personnel et pour les clients, et des bornes administrées comme des serveurs.
ALes modes de sécurité
WPA3
WPA3 est la génération actuelle de sécurité Wi-Fi de la Wi-Fi Alliance, obligatoire pour les équipements certifiés. WPA3-Personnel utilise une clé partagée, mais avec un échange (SAE) qui protège contre les essais de mots de passe hors ligne ; WPA3-Entreprise authentifie chaque utilisateur ou appareil par 802.1X et un serveur RADIUS (B3-05). WPA3 impose la protection des trames de gestion (PMF), qui empêche notamment de forger des trames de déconnexion.
| Mode | Avis | Usage chez Kervanet |
|---|---|---|
| WPA3-Entreprise, EAP avec certificats | recommandé ; vérifier le certificat du serveur avant chaque connexion | Wi-Fi du personnel (cible) |
| WPA2-Entreprise | accepté sous conditions, avec PMF activé | transition si des terminaux anciens l’imposent |
| WPA3-Personnel | mode robuste ; secret fort, propre au réseau et changé régulièrement | réseau séparé pour objets connectés |
| mode mixte WPA3/WPA2, configurations de transition | à éviter : secrets partagés entre modes, sécurité affaiblie | — |
| WPS | à désactiver systématiquement | — |
Le Wi-Fi du personnel de Kervanet (KV-Personnel, VLAN
10) fonctionne en WPA2/WPA3 Personnel, c’est-à-dire en mode de
transition, avec une clé partagée inchangée depuis 2023 : tout
salarié parti la connaît. La cible est WPA3-Entreprise avec certificats
de poste (projet 802.1X de B3-05) ; en attendant, la clé doit être
changée et sa rotation planifiée.
BSéparer et administrer
L’ANSSI recommande de placer chaque réseau Wi-Fi dans son propre VLAN, de filtrer les flux entre réseaux au pare-feu, d’isoler le réseau des invités, de ne pas masquer le SSID mais de choisir un nom qui ne révèle rien, et d’administrer les bornes comme tout équipement : identifiants d’usine changés, protocoles chiffrés (TLS, SSH), interface d’administration dans le réseau d’administration, mises à jour rapides, événements envoyés à la supervision.
Le Wi-Fi des clients (VLAN 30) est un réseau ouvert avec portail captif : ouvert veut dire non chiffré, un autre client peut écouter ce qui n’est pas protégé par TLS. La Wi-Fi Alliance propose Wi-Fi Enhanced Open, qui chiffre chaque connexion sans mot de passe commun et reste compatible avec les portails captifs ; Lucas propose de l’activer si les bornes le permettent, et de vérifier l’isolation entre clients (deux téléphones du même réseau ne doivent pas se voir).
Le micrologiciel des bornes de Royan
Dans sa veille du 16 octobre (B1-12), Lucas a relevé un avis sur la
version 7.2 du micrologiciel des bornes, corrigée en 7.4. Deux bornes de
Royan sont encore en 7.2 (KV-ROY-AP02 et AP05)
; leur mise à jour est planifiée le 5 novembre 2026 avec Thomas Guéguen.
Une borne est un équipement exposé « par les ondes » : ses correctifs
suivent la même politique que ceux d’un serveur (partie 6).
10. Auditer la conformité
Le socle est écrit et appliqué : il faut maintenant prouver qu’il est respecté, et le rester. Un outil d’audit fait gagner du temps et donne une mesure ; il ne remplace ni les contrôles manuels ni le jugement du technicien.
ALynis, un outil d’audit
Audit de configuration
Un audit de configuration compare la configuration réelle d’un système à un référentiel et liste les écarts, avec un outil ou une liste de contrôles manuels (audits techniques : B3-07).
Lynis est un outil libre d’audit de sécurité pour
Linux et les autres systèmes de type Unix. Il s’installe par le paquet
de la distribution (apt install lynis) ou depuis le site de
l’éditeur, qui publie des versions plus récentes (3.1.7 du 25/06/2026).
Lancé en root par lynis audit system, il
exécute plusieurs centaines de tests sans modifier la configuration et
produit :
- des avertissements (warnings) : problèmes à traiter en priorité ;
- des suggestions : améliorations possibles, chacune
avec un identifiant de test (
SSH-7408,AUTH-9286…) ; - un indice de durcissement (hardening index) sur 100, qui résume l’état et permet de suivre l’évolution ;
- un journal (
/var/log/lynis.log) et un rapport pour les scripts (/var/log/lynis-report.dat).
BLire un rapport
Lucas audite LAB-UBU01 avant et après le durcissement
des parties 4 et 5 (Lynis 3.1.7, option --quick,
20/10/2026). Avant :
Warnings (4):
! Found one or more vulnerable packages. [PKGS-7392]
! Nameserver 10.20.50.53 does not respond [NETW-2704]
! Couldn't find 2 responsive nameservers [NETW-2705]
! iptables module(s) loaded, but no rules active [FIRE-4512]
Suggestions (45):
Hardening index : 66 [############# ]
Tests performed : 250
Après :
Warnings (4):
! Found one or more vulnerable packages. [PKGS-7392]
! Nameserver 10.20.50.53 does not respond [NETW-2704]
! Couldn't find 2 responsive nameservers [NETW-2705]
! iptables module(s) loaded, but no rules active [FIRE-4512]
Suggestions (31):
Hardening index : 80 [################ ]
Tests performed : 249
Lecture : l’indice passe de 66 à 80 (+ 14 points) et
les suggestions de 45 à 31 ; les avertissements restent
4. Les suggestions disparues correspondent aux réglages
appliqués (SSH, masque 027, vidages mémoire, envoi des
journaux à un hôte distant) et aux deux écarts déclarés dans le profil
(port 22, durée de vie des mots de passe). Les avertissements restants
se traitent un par un : PKGS-7392 signale des paquets à
mettre à jour (règle S-04, politique de correction) ;
NETW-2704 et NETW-2705 viennent de la maquette
isolée, dont le résolveur de test ne répond pas : propres au laboratoire
; FIRE-4512 relève qu’aucune règle de pare-feu local n’est
chargée : le filtrage relève de B3SISR-02, et un pare-feu local sur les
serveurs est à décider dans le socle.
La commande lynis show details SSH-7408 affiche ensuite,
ligne par ligne, ce que le test a vérifié (option trouvée, valeur,
verdict).
CTrier les résultats
Traiter un rapport d'audit
- Traiter d’abord les avertissements : chacun reçoit une décision et un responsable.
- Classer chaque suggestion : à appliquer (conforme au socle), écart justifié (contraire au socle ou sans objet), à étudier (effet à tester), hors périmètre (relève d’un autre outil : pare-feu, supervision).
- Tester en maquette ce qui touche au fonctionnement (paramètres du noyau, partitions, modules).
- Consigner les écarts acceptés dans le socle et dans le profil de l’outil, avec la raison, pour ne pas les retrouver à chaque audit.
- Comparer les audits successifs : indice, nombre d’avertissements et de suggestions, nouvelles lignes.
Les écarts acceptés se déclarent dans un profil
personnalisé (/etc/lynis/custom.prf), qui complète
le profil par défaut. La directive skip-test exclut un test
entier ou une seule option d’un test :
$ cat /etc/lynis/custom.prf
# Écarts acceptés pour les serveurs Debian de Kervanet (décision J. Maréchal)
# Port SSH 22 conservé : service joignable seulement depuis le réseau d'administration
skip-test=SSH-7408:port
# Pas d'expiration périodique des mots de passe (ANSSI, CNIL) ; comptes d'administration par clé
skip-test=AUTH-9286
Viser 100 sur 100
L’indice de durcissement est un indicateur, pas un objectif : on peut le faire monter en désactivant des tests ou en appliquant des réglages inadaptés. Ce qui compte, c’est que chaque écart restant soit expliqué et décidé. Un indice de 80 avec des écarts justifiés vaut mieux qu’un 90 obtenu en cochant tout sans comprendre.
DLa fiche de conformité
Le résultat de l’audit se présente dans une fiche de conformité : une ligne par règle du socle, son état, la preuve et la suite donnée.
| Règle | État | Preuve | Suite |
|---|---|---|---|
| S-01 services nécessaires | conforme | ss -tulpn : seul sshd écoute |
— |
| S-02 écoute limitée | conforme | ListenAddress 10.20.50.20, balayage |
— |
| S-03 SSH | conforme | sshd -T |
port 22 : écart accepté |
| S-04 correctifs | non conforme | Lynis PKGS-7392 : paquets vulnérables |
mise à jour dans le délai de la politique |
| S-05 noyau (réseau) | conforme | sysctl |
autres paramètres du noyau : à tester |
| S-06 journaux | conforme | message de test reçu sur LAB-LOG01 |
— |
| S-08 avertissements Lynis | partiel | 4 avertissements | DNS et pare-feu local : propres à la maquette, à revoir sur les serveurs réels |
Taux de conformité de l’extrait : 5 règles conformes sur 7 contrôlées, soit 5 ÷ 7 × 100 = 71,43 %, une règle partielle et une non conforme, chacune avec une action.
À l'épreuve E7
Un sujet peut te donner un extrait de rapport d’audit, une
configuration ou un avis de sécurité, et te demander
d’identifier les écarts à un référentiel fourni, de
proposer les corrections et de
justifier celles que tu n’appliques pas. Cite toujours
la règle (« R27 du guide fourni ») et la preuve (« la ligne
shutdown est absente du port 7 »).
11. Intégrer la sécurité au projet
Corriger un réseau déjà en service coûte cher et dérange les hôtels. Il est bien plus simple d’écrire les exigences de sécurité dès le cahier des charges, de les tester à la recette et de faire accepter les risques restants avant la mise en service. C’est la compétence C3A.5-b, appliquée au projet de la 8e résidence.
ALes exigences dès le départ
Le raccordement de la 8e résidence (TRA) sera conduit au premier trimestre 2027 (B1-10, SISR-01). Lucas propose d’ajouter au cahier des charges une rubrique « Sécurité », tirée du socle, pour que le site naisse durci au lieu d’être corrigé après coup.
| N° | Exigence | Test de recette |
|---|---|---|
| E-S1 | aucun compte d’usine actif sur le pare-feu, les commutateurs, les bornes et l’onduleur | connexion avec l’identifiant d’usine refusée |
| E-S2 | administration en SSH ou HTTPS, seulement depuis le VLAN 99 | essai depuis le VLAN 10 refusé, depuis le VLAN 99 accepté |
| E-S3 | ports libres éteints dans le VLAN 998 de quarantaine | prise libre branchée : aucun lien |
| E-S4 | surveillance DHCP, inspection ARP, garde BPDU sur les commutateurs d’accès | faux serveur DHCP de maquette : aucun bail distribué |
| E-S5 | Wi-Fi du personnel en WPA3-Entreprise ou, à défaut, clé propre au site ; WPS désactivé | connexion sans certificat refusée |
| E-S6 | journaux de tous les équipements reçus sur VEL-LOG01,
heure synchronisée |
message de test de chaque équipement retrouvé |
| E-S7 | micrologiciels et systèmes à jour à la mise en service | versions comparées aux derniers avis |
| E-S8 | configurations sauvegardées et dossier d’architecture à jour | fichiers datés dans GitLab |
BDe la recette à l’acceptation du risque
La recette de sécurité exécute chaque test, positif et négatif, et en garde la preuve (B3-05). Ce qui ne passe pas est corrigé avant la mise en service, ou accepté par écrit par le client, avec une date de correction. L’ANSSI appelle homologation la décision formelle, par une autorité, d’accepter les risques résiduels d’un système d’information avant sa mise en service (guide « L’homologation de sécurité des systèmes d’information », publié le 01/04/2025) ; obligatoire pour certains systèmes publics, la démarche est une bonne pratique pour toute organisation. Pour Kervanet, l’autorité est la direction (Yannick Le Floc’h), sur proposition de Vellacor.
Prendre en compte la sécurité dans un projet d'infrastructure
- Partir des risques du site (B3-01) et du socle existant.
- Écrire les exigences de sécurité dans le cahier des charges, chacune avec son test.
- Revoir la conception (SISR-01), durcir en maquette et auditer avant d’installer.
- Recetter la sécurité : tests positifs et négatifs, preuves datées.
- Faire accepter les écarts restants par le client (décision écrite) et planifier leur correction.
- Livrer une documentation à jour : configurations, fiche de conformité, exceptions.
Erreurs fréquentes et points de vigilance
| Erreur | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| Durcir « au jugé », ou citer un guide sans sa version | partir d’un guide daté (ANSSI, CIS, éditeur), en tirer un socle de règles testables |
| Fermer un service sans vérifier de l’extérieur | ss -tulpn et balayage autorisé depuis
le réseau voisin |
| Oublier les comptes d’usine des équipements « secondaires » (onduleur, borne) | inventaire de tout ce qui s’administre, comptes nominatifs |
Lire le fichier sshd_config au lieu de la configuration
effective |
sshd -T ; la première valeur lue l’emporte |
| Juger un logiciel vulnérable d’après son seul numéro de version | comparer la version complète du paquet au bulletin de la distribution (rétroportage) |
| Prioriser les correctifs sur le seul score CVSS | tenir compte de l’exploitation et de l’exposition ; noter la version de CVSS |
| Envoyer les journaux en UDP en clair sans vérifier leur arrivée | TLS sur 6514, file d’attente, message de test retrouvé sur le collecteur |
| Activer la surveillance DHCP sans port de confiance | déclarer la liaison vers le serveur, essayer en maquette |
| Garder un Wi-Fi en mode de transition WPA3/WPA2 avec une clé commune | WPA3-Entreprise pour le personnel, un SSID par mode |
| Viser 100 sur 100 à l’outil d’audit, ou ajouter la sécurité après la mise en service | justifier chaque écart ; exigences testables dès le cahier des charges |
L’essentiel du chapitre
À retenir
- Durcir = réduire la surface d’attaque et renforcer les réglages selon un référentiel, puis vérifier : référentiel → socle → maquette → audit → écarts corrigés ou acceptés par écrit → documentation.
- Référentiels : normes (ISO/IEC 27001, 27002:2022), guides (ANSSI-BP-028 v2.0 et ses quatre niveaux, PA-022, NT OpenSSH, DAT-NT-25, essentiels Wi-Fi ; CIS ; profils ComplianceAsCode), standards (RFC 5425, 802.1X, WPA3, CVSS). Toujours version et date.
- Sûreté : énergie, environnement, redondance, sauvegardes, heure, capacité, configurations, cycle de vie, avec preuves.
- Surface :
ss -tulpn, balayage autorisé,systemctl disable --now,apt purge, écoute limitée ; aucun compte par défaut. - Serveur : fichier dans
sshd_config.d,sshd -tpuissshd -T; sysctl réseau (R12) ;UMASK 027; pas de vidage mémoire. - Vulnérabilités : CERT-FR (avis, alertes…) ;
CVSS 4.0 (base, menace
E, environnement) ; priorité = gravité + exploitation + exposition ; rétroportage ; délais écrits ; instantané,needrestart, vérification, ticket. - Journaux : journald persistant ; rsyslog en TLS (6514) avec certificats et file d’attente ; message de test et essai négatif ; NTP.
- Commutateurs : SSH v2 sur le VLAN 99, ni HTTP ni « type 7 » ; ports libres éteints en quarantaine, VLAN 1 inutilisé, DTP coupé ; sécurité de port, surveillance DHCP, inspection ARP, PortFast + garde BPDU.
- Wi-Fi : WPA3-Entreprise, PMF, ni transition ni WPS ; un VLAN par réseau, invités isolés ; bornes à jour.
- Audit et projet : Lynis (avertissements,
suggestions, indice,
custom.prf), fiche de conformité ; exigences testables, recette positive et négative, acceptation écrite des risques résiduels.
Sources et références
- Arrêté du 29/04/2019 (BTS SIO) modifié par les arrêtés des 8/07/2024 et 22/11/2024 ; référentiel de la fiche RNCP40792, bloc 3, activité A3.5.
- ANSSI (messervices.cyber.gouv.fr, consulté le 20/10/2026) : ANSSI-BP-028 v2.0 du 03/10/2022 (niveaux et R12, R30, R33, R36 lus dans le PDF ; liste R1 à R80 vérifiée dans le fichier de contrôles du projet ComplianceAsCode) ; PA-022 v3.0 (page du 11/05/2021) ; DAT-NT-007 v1.3 du 17/08/2015 ; DAT-NT-25 v1.0 du 24/06/2016 (R1 à R30) ; architecture d’un système de journalisation (page du 28/01/2022) ; « Les essentiels : sécurisation des réseaux Wi-Fi » v1.0 (08/2026) ; « L’homologation de sécurité des systèmes d’information » (page du 01/04/2025).
- CERT-FR (cert.cyber.gouv.fr) : page d’accueil et alerte CERTFR-2024-ALE-009 ; enregistrement CVE-2024-6387 (API du programme CVE) ; FIRST, spécification CVSS v4.0 ; consultés le 20/10/2026.
- ISO/IEC 27002:2022, intitulés des mesures 8.8, 8.9, 8.15, 8.17, 8.20 (table de correspondance de NQA, consultée le 20/10/2026).
- Cisco (consultés le 20/10/2026) : guides de configuration Cisco IOS XE Dublin 17.12.x pour Catalyst 9300 (sécurité, niveau 2, VLAN), document 222274 (surveillance DHCP), « Harden IOS Devices » (13608, mis à jour le 12/09/2024).
- Wi-Fi Alliance, page « Security » ; IETF, RFC 5425 ; Debian, notes
de publication de Debian 12 (§ 5.1.7) ;
journald.conf(5); documentation d’OPNsense (journalisation distante) ; documentation et journal des versions de Lynis ; consultés le 20/10/2026. - Commandes exécutées le 20/10/2026 sur
LAB-UBU01(Ubuntu 24.04 LTS : OpenSSH 9.6p1, rsyslog 8.2312.0, Lynis 3.1.7, nmap 7.94, OpenSSL 3.0.13).
Contenu original FuturBTS. Vellacor Services Numériques, Kervanet
Hôtels & Résidences et les personnes citées sont fictifs ; les noms
de domaine sont tirés du domaine réservé .example, les
adresses du plan d’adressage fictif du fil rouge. Les configurations
d’équipements sont des exemples pédagogiques à essayer en maquette.
Aucun passage, exemple ou exercice n’est repris d’un manuel
existant.