1. Un risque rare mais grave
L’électricité ne se voit pas, ne s’entend pas et ne prévient pas. Ce chapitre ouvre tout le BTS : avant de concevoir, de mesurer ou de conduire un chantier, tu dois savoir pourquoi le courant est dangereux et comment on protège les personnes. Tous les chapitres pratiques y renvoient.
APourquoi ce chapitre compte
Lundi 12 octobre 2026, au siège de Calvérac Électricité, au Mans. Nadège Collin, responsable qualité, sécurité et environnement, réunit les deux jeunes de l’entreprise : Inès Morand, étudiante en 2e année de BTS Électrotechnique, stagiaire au bureau d’études, et Bilal Ouazzani, apprenti en 2e année, qui travaille sur les chantiers et en maintenance avec son maître d’apprentissage Fabrice Delorme, chef de chantier.
« Au printemps prochain, nous câblons la nouvelle ligne 3 des Papeteries Ternevault, à Sablé-sur-Sarthe. Puis nous rénovons le pôle tertiaire de Quervany Immobilier, au Mans, avec des bureaux encore occupés. Sur ces deux chantiers, il y aura des installations sous tension tout près des zones de travail. Avant de vous confier quoi que ce soit, je veux que vous sachiez reconnaître le danger électrique et le faire reculer. »
Ce chapitre suit la démarche de Nadège : comprendre le danger, l’évaluer, le prévenir, et réagir si un accident arrive.
Dans ce BTS, tu comprends, prépares, contrôles, analyses et rédiges. Toute opération sur une installation électrique (mesure, consignation, raccordement, mise sous tension, essai) est faite par une personne habilitée par son employeur pour cette opération, avec le matériel adapté. Ce cours ne donne aucun mode opératoire à reproduire toi-même.
BCe que disent les chiffres
À quoi servent les chiffres ? À mesurer le poids réel d’un risque, pour lui donner la bonne place dans les priorités d’un chantier.
Les accidents d’origine électrique sont peu nombreux mais souvent graves. L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité, organisme de référence pour la prévention des accidents du travail en France) publie les données suivantes.
Les accidents d'origine électrique en France
- De 2014 à 2018, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) a enregistré en moyenne 660 accidents du travail d’origine électrique par an, soit 0,10 % de l’ensemble des accidents du travail (INRS, brochure ED 6127, édition de décembre 2020, données du régime général).
- Pour l’électricité, 0,43 % des accidents du travail sont mortels, contre 0,08 % tous risques confondus (même source).
- Chaque année, moins d’une dizaine de travailleurs meurent électrocutés (INRS, page « Accidents d’origine électrique », mise à jour le 20/05/2022).
- Selon l’Observatoire national pour la sécurité électrique (ONSE), cité par l’INRS sur la même page, 25 % des incendies seraient d’origine électrique.
Ce que ces chiffres veulent dire concrètement : un accident électrique reste rare, mais quand il arrive, il tue plus souvent qu’un accident ordinaire. Faisons le calcul.
Comparer la gravité de deux risques
- Données : part des accidents mortels pour l’électricité = 0,43 % ; part pour l’ensemble des risques = 0,08 %.
- Formule : rapport = 0,43 % ÷ 0,08 %.
- Calcul : 0,43 ÷ 0,08 = 5,375, soit environ 5,4.
- Interprétation : un accident du travail d’origine électrique est environ 5 fois plus souvent mortel qu’un accident du travail moyen.
Ne conclus pas « l’électricité est un petit risque » parce qu’elle représente 0,10 % des accidents. En prévention, on regarde la fréquence et la gravité. Un risque rare mais mortel est toujours traité en priorité.
CÉlectrisation et électrocution
Deux mots reviennent sans cesse. Il faut les distinguer, car ils ne décrivent pas la même issue.
Électrisation et électrocution
- L’électrisation est le passage d’un courant électrique dans le corps humain. Elle provoque des lésions plus ou moins graves : simple secousse, brûlure, perte de connaissance.
- L’électrocution est une électrisation qui entraîne la mort.
Un courant ne circule que dans une boucle fermée. Pour qu’une personne soit traversée par le courant, il faut qu’elle touche deux points à des potentiels différents : par exemple une pièce sous tension d’une main et la terre par les pieds, ou deux conducteurs à la fois. C’est le principe de base de toute la prévention : empêcher le corps de fermer la boucle.
Un oiseau posé sur une seule ligne aérienne n’est pas électrisé : il ne touche qu’un seul conducteur, aucun courant ne le traverse. Un ouvrier sur une nacelle qui touche cette même ligne avec un outil, alors que la nacelle est en contact avec le sol, ferme la boucle par son corps. C’est pour cela qu’on ne s’approche jamais d’une ligne aérienne sans mesures particulières.
DLes domaines de tension
À quoi ça sert ? Le niveau de danger et les règles à appliquer dépendent de la tension. Le Code du travail classe donc les installations en quatre domaines de tension (art. R. 4226-2).
Tension électrique
La tension (symbole U, unité le volt, V) est la « pression » électrique qui pousse le courant dans un circuit. Ordres de grandeur : une pile de lampe torche, 1,5 V ; une prise de courant de bureau, 230 V ; le réseau qui arrive à l’usine Ternevault, 20 000 V, soit 20 kV (le kilovolt vaut 1 000 V).
Une installation est classée d’après la plus grande tension nominale qui existe entre deux de ses conducteurs, ou entre un conducteur et la terre. La tension nominale est la tension pour laquelle l’installation est prévue. En alternatif, on raisonne en valeur efficace (la valeur indiquée sur les plaques et les appareils, voir U4-02) ; en continu, en continu lisse (sans ondulation notable).
| Domaine | Sigle | Courant alternatif | Courant continu lisse | Exemple dans le fil rouge |
|---|---|---|---|---|
| Très basse tension | TBT | U ≤ 50 V | U ≤ 120 V | automate de la ligne 3 alimenté en 24 V continu |
| Basse tension | BT | 50 V < U ≤ 1 000 V | 120 V < U ≤ 1 500 V | TGBT (tableau général basse tension) de Ternevault en 400 V ; prises en 230 V |
| Haute tension A | HTA | 1 000 V < U ≤ 50 000 V | 1 500 V < U ≤ 75 000 V | arrivée du réseau à Ternevault en 20 kV |
| Haute tension B | HTB | U > 50 000 V | U > 75 000 V | lignes du réseau de transport |
Chez Ternevault, Inès classe trois tensions du projet photovoltaïque : la sortie de l’onduleur en 400 V alternatif est en BT (entre 50 V et 1 000 V) ; les chaînes de panneaux, qui peuvent monter à 780 V en continu, sont aussi en BT (entre 120 V et 1 500 V) ; l’arrivée 20 kV du poste est en HTA.
« Très basse tension » ne veut pas dire « sans aucun danger ». Une batterie en TBT peut provoquer un court-circuit violent et des brûlures. Et une tension continue de 110 V est en TBT, alors qu’une tension alternative de 110 V est en BT : regarde toujours le type de courant avant de classer.
2. Le courant dans le corps
Ce n’est pas la tension qui blesse directement, c’est le courant qui traverse le corps. Sa valeur dépend de la tension et de la résistance du trajet. Comprendre ce lien permet de comprendre pourquoi les protections fonctionnent.
ALe corps conduit le courant
Courant électrique et résistance
- Le courant (ou intensité, symbole I, unité l’ampère, A) est la quantité d’électricité qui circule par seconde. On utilise souvent le milliampère (mA) : 1 mA = 0,001 A. Ordres de grandeur : une lampe de 15 W sous 230 V consomme environ 65 mA (exemple cité par l’INRS) ; un radiateur de 2 000 W sous 230 V, environ 8,7 A.
- La résistance (symbole R, unité l’ohm, Ω) est la capacité d’un matériau à freiner le passage du courant. En alternatif, on parle d’impédance (symbole Z, en ohms aussi).
Le corps humain est un conducteur : il est fait en grande partie d’eau salée. Il laisse donc passer le courant, avec une certaine résistance. Le lien entre tension, courant et résistance est la loi d’Ohm (voir U4-01) :
I = U ÷ R (I en ampères, U en volts, R en ohms).
Ce que cela veut dire : à résistance égale, plus la tension est élevée, plus le courant est fort ; à tension égale, plus la résistance du trajet est faible (peau mouillée, grande surface de contact), plus le courant est fort.
Trouver la résistance à partir de laquelle un seuil est dépassé
- Données : tension de contact U = 230 V ; seuil de courant choisi I = 25 mA = 0,025 A.
- Formule : d’après la loi d’Ohm, le courant atteint le seuil quand R = U ÷ I.
- Calcul : R = 230 V ÷ 0,025 A = 9 200 Ω.
- Interprétation : si la résistance du trajet dans le corps est inférieure à 9 200 Ω, le courant dépasse 25 mA. Sous 50 V, il faudrait une résistance inférieure à 50 V ÷ 0,025 A = 2 000 Ω : la limite est 4,6 fois plus basse, il est donc plus difficile d’atteindre ce seuil.
Retiens l’idée : baisser la tension ou augmenter la résistance du trajet (isolation, gants, sol isolant) réduit le courant. C’est la logique de la très basse tension et des protections isolantes.
BLes effets selon l’intensité
À quoi ça sert ? Connaître les seuils permet de comprendre pourquoi certains dispositifs de protection sont réglés sur quelques dizaines de milliampères, et pourquoi chaque seconde compte.
| Intensité | Effet | Ce que cela veut dire |
|---|---|---|
| 0,5 mA | perception cutanée | on sent un picotement |
| 5 mA | secousse électrique | réflexe brutal, risque de chute |
| 10 mA | contracture, incapacité à lâcher prise | les muscles de la main se serrent sur la pièce |
| 25 mA | tétanisation des muscles respiratoires | on ne respire plus ; asphyxie au-delà de 3 min |
| 40 mA pendant 5 s, ou 50 mA pendant 1 s | fibrillation ventriculaire | le cœur bat de façon désordonnée et n’envoie plus le sang |
| 2 000 mA | inhibition des centres nerveux | arrêt des fonctions vitales commandées par le cerveau |
Tétanisation et fibrillation
- La tétanisation est la contraction forcée et continue d’un muscle traversé par le courant : la victime ne peut ni lâcher la pièce, ni respirer si les muscles du thorax sont atteints.
- La fibrillation ventriculaire est un fonctionnement désordonné du cœur : il « tremble » au lieu de battre, le sang ne circule plus. Sans secours rapide, elle est mortelle.
Deux idées ressortent du tableau. D’abord, les seuils dangereux sont très faibles : quelques dizaines de milliampères, alors qu’un simple disjoncteur de prise est prévu pour laisser passer 16 A, soit 16 000 mA. Un disjoncteur ordinaire ne protège donc pas une personne. Ensuite, la durée compte : 40 mA pendant 5 s produisent le même effet grave que 50 mA pendant 1 s.
« 25 mA, c’est minuscule. » Non : c’est environ 350 fois moins que le courant d’un radiateur de 2 000 W (8,7 A ÷ 0,025 A ≈ 348), mais c’est assez pour bloquer la respiration. En électricité, on ne juge jamais le danger à l’œil ni « au ressenti ».
CCe qui aggrave les effets
Les effets ne dépendent pas seulement de l’intensité. L’INRS cite plusieurs facteurs, que l’on peut regrouper ainsi.
| Facteur | Pourquoi il aggrave |
|---|---|
| intensité du courant | plus elle est forte, plus les effets sont graves |
| durée du passage | un courant qui dure franchit les seuils de fibrillation |
| trajet dans le corps | un trajet qui passe par le cœur ou la poitrine (main-main, main-pieds) est le plus dangereux |
| fréquence du courant | les effets changent avec la fréquence ; ceux du tableau valent pour l’alternatif du réseau |
| surface de contact | une grande surface (paume, corps appuyé) laisse passer plus de courant qu’un bout de doigt |
| état de la peau | une peau mouillée ou en sueur résiste beaucoup moins |
| type de sol | un sol mouillé ou métallique ferme facilement la boucle ; un sol sec et isolant la freine |
Le courant suit le chemin qui lui oppose le moins d’impédance : il peut donc atteindre n’importe quel organe sur son passage.
Pourquoi la flaque d'eau inquiète Bilal
Lors d’une visite de maintenance chez Ternevault, Bilal remarque une flaque d’eau sous un tableau d’éclairage, causée par une fuite de toiture. Il le signale aussitôt à Fabrice Delorme. Pourquoi ? Une personne aux pieds mouillés qui toucherait une pièce sous tension aurait un trajet main-pieds de faible résistance : le courant serait plus fort. La flaque n’est pas un détail, c’est un facteur aggravant à supprimer (réparer la fuite, assécher, interdire l’accès en attendant).
DBrûlures et effets indirects
Le courant ne provoque pas que des effets sur les muscles et le cœur.
- Brûlures électriques : le courant chauffe les tissus qu’il traverse. Les brûlures peuvent être internes, même quand la peau semble peu marquée.
- Brûlures par arc : un arc électrique projette du métal en fusion et dégage une chaleur intense (voir la partie 3). Il brûle la peau et peut atteindre les yeux, même sans contact direct.
- Effets indirects : une simple secousse (5 mA) peut faire tomber d’une échelle ou d’un escabeau, ou provoquer un geste réflexe contre une machine en mouvement. La chute est alors l’accident principal.
Une victime d’électrisation qui « se sent bien » doit quand même être vue par les secours ou le service de santé au travail : certaines lésions ne se voient pas tout de suite. Sur un chantier, la règle est simple : toute électrisation est signalée.
3. Les situations dangereuses
Pour qu’il y ait électrisation, il faut un contact. On distingue le contact direct et le contact indirect, auxquels s’ajoutent le court-circuit et l’arc électrique. Chaque situation appelle des protections différentes.
ALe contact direct
Contact direct
Un contact direct est un contact d’une personne avec une partie active sous tension. Une partie active est un conducteur ou une pièce conductrice destinée à être sous tension en fonctionnement normal : conducteur de phase, conducteur de neutre, borne de raccordement, jeu de barres (les barres de cuivre nues qui distribuent le courant à l’intérieur d’un tableau).
Exemples : toucher un conducteur dont l’isolant est arraché, une borne de raccordement non protégée, un jeu de barres dans un tableau dont un obturateur manque (l’obturateur est la plaque qui ferme l’emplacement vide d’un appareil modulaire).
Le schéma montre pourquoi le contact direct est grave : le corps est placé directement entre la phase et la terre. La tension appliquée au corps peut atteindre toute la tension entre phase et terre, soit 230 V sur un réseau 230/400 V. Le disjoncteur Q1 ne réagit pas : le courant qui traverse le corps est très inférieur à son calibre.
BLe contact indirect
Masse et contact indirect
- Une masse est une partie conductrice d’un matériel électrique, accessible au toucher, qui n’est pas sous tension en temps normal, mais qui peut le devenir en cas de défaut : carcasse métallique d’un moteur, porte d’armoire, boîtier d’une machine.
- Un contact indirect est un contact avec une masse mise accidentellement sous tension par un défaut d’isolement.
- Un défaut d’isolement est une perte de l’isolant entre une partie active et une masse : isolant usé, abîmé par l’humidité, conducteur desserré qui touche le boîtier.
Le contact indirect est traître : la personne touche une pièce qu’elle croit, à juste titre, sans danger. Rien ne signale le défaut.
Conducteur de protection et prise de terre
- Le conducteur de protection (repère PE, gaine vert et jaune) relie les masses à la terre. Il n’est pas parcouru par le courant en temps normal ; il sert à écouler un courant de défaut.
- La prise de terre est l’ensemble des conducteurs enterrés qui assurent le contact électrique avec le sol. Sa résistance de terre (en ohms) se mesure par un technicien habilité, avec un appareil dédié (voir U5-03).
CLe court-circuit et l’arc
Court-circuit et arc électrique
- Un court-circuit est une liaison accidentelle entre deux pièces conductrices à des potentiels différents (deux phases, une phase et le neutre). Rien ne limite alors le courant, sauf l’installation elle-même : l’INRS indique qu’il peut atteindre 50 kA et plus (50 000 A).
- Un arc électrique est une décharge à travers l’air entre deux pièces conductrices. Il peut apparaître à l’ouverture ou à la fermeture d’un circuit, ou lors d’un court-circuit. Il projette des particules de métal en fusion à plus de 3 000 °C (INRS).
Les causes citées par l’INRS sont la détérioration des isolants, la rupture d’un conducteur, la chute ou l’introduction d’un outil conducteur dans un circuit. Pour l’homme, l’arc provoque des brûlures plus ou moins graves, même à distance ; pour les installations, il peut provoquer un incendie ou une explosion.
Lors du raccordement d’un nouveau départ dans le TGBT de Ternevault, la principale crainte de Fabrice Delorme n’est pas le contact avec une barre : c’est la clé de serrage qui glisse et tombe entre deux barres voisines restées sous tension. C’est pour cela que le raccordement se fait hors tension, après consignation (la procédure qui garantit que la tension ne peut pas revenir, voir partie 5) par une personne habilitée, ou, si une partie voisine doit rester sous tension, avec des écrans isolants posés par du personnel habilité (voir U6-02).
Le court-circuit n’est pas « un problème de matériel seulement ». C’est aussi un danger direct pour la personne qui se trouve devant l’armoire, à cause de l’arc. Un arc ne touche pas que celui qui tient l’outil.
DLa tension de contact
À quoi ça sert ? À juger si un défaut d’isolement est dangereux, et à vérifier qu’une protection coupera assez tôt.
Tension de contact et tension limite
- La tension de contact (Uc, en volts) est la tension qui apparaît entre deux parties touchées en même temps par une personne, par exemple entre une masse en défaut et le sol.
- La tension limite conventionnelle (UL) est la tension de contact que l’on considère comme supportable sans danger pendant une durée indéterminée, dans des conditions données. Dans le cas général, on retient UL = 50 V en courant alternatif : c’est la valeur que l’INRS désigne comme une tension dangereuse (120 V en continu). Les locaux mouillés ont des règles plus sévères (partie 6).
Dans un réseau où le neutre et les masses ont chacun leur prise de terre (le schéma TT, étudié dans U4-11), un défaut franc provoque un courant de défaut qui traverse les deux prises de terre. La tension de contact est alors, en première approche, la tension aux bornes de la prise de terre des masses : Uc = RA × Id.
Un défaut au pôle tertiaire Quervany
Données : réseau 230 V entre phase et neutre (U0 = 230 V) ; prise de terre du bâtiment de Quervany RA = 22 Ω (relevé d’Alvesque Contrôle du mardi 6/10/2026) ; prise de terre du neutre du distributeur prise égale à RB = 8 Ω pour l’exemple ; défaut franc (sans résistance) entre phase et masse ; on néglige la résistance des câbles.
- Courant de défaut : Id = U0 ÷ (RA + RB) = 230 V ÷ (22 Ω + 8 Ω) = 230 V ÷ 30 Ω ≈ 7,67 A.
- Tension de contact : Uc = RA × Id = 22 Ω × 7,67 A ≈ 169 V.
- Comparaison : 169 V est plus de trois fois supérieur à UL = 50 V : la masse est dangereuse.
- Le disjoncteur de 16 A ne coupe pas rapidement : 7,67 A est inférieur à son calibre. Il faut un autre moyen de coupure : le dispositif différentiel (partie 6).
Ordre de grandeur : quelques ampères de défaut, quelques centaines de volts sur la masse. C’est cohérent : la tension se répartit entre RA et RB, et RA est la plus grande.
4. Évaluer le risque électrique
On ne prévient bien que ce qu’on a identifié. L’évaluation des risques est une obligation de l’employeur et une compétence que l’E6 observe : repérer les dangers d’un chantier, les coter, les classer et en tirer un plan d’actions.
ACe que la loi demande
Le Code du travail fixe le cadre général, valable pour tous les risques, électricité comprise.
Les obligations de l'employeur (C. trav., art. L. 4121-1, L. 4121-3 et L. 4121-3-1)
- L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs : actions de prévention, information et formation, organisation et moyens adaptés (art. L. 4121-1).
- Il évalue les risques pour la santé et la sécurité, notamment dans le choix des équipements, l’aménagement des lieux et des installations, l’organisation du travail (art. L. 4121-3).
- Il transcrit les résultats dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), qu’il tient à jour. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, cette évaluation débouche sur un programme annuel de prévention (art. L. 4121-3-1).
Textes lus sur Légifrance, version en vigueur au 22/10/2026.
Ce que cela veut dire concrètement pour Calvérac, qui compte 68 salariés : Nadège Collin tient le DUERP de l’entreprise, avec une partie consacrée au risque électrique ; elle en tire chaque année un programme de prévention (formations, renouvellement des équipements, contrôles). Pour chaque chantier, l’évaluation est affinée : un chantier dans une usine en fonctionnement n’a pas les mêmes risques qu’un atelier.
Pour le risque électrique, un article précise l’objectif : l’employeur doit supprimer ou, à défaut, réduire autant que possible le risque d’origine électrique lors des opérations sur les installations ou dans leur voisinage (art. R. 4544-4). Les moyens sont présentés en partie 5.
BDanger, situation et risque
Danger, situation dangereuse et risque
- Un danger est ce qui peut causer un dommage : une pièce sous tension, un câble enterré, un jeu de barres.
- Une situation dangereuse (ou situation d’exposition) est le moment où une personne se trouve exposée au danger : un électricien qui travaille à 30 cm d’un jeu de barres resté sous tension.
- Le risque combine la gravité du dommage possible et la probabilité (ou la fréquence) qu’il se produise.
Un danger sans personne exposée ne crée pas de risque pour les personnes : un poste HTA fermé à clé, dont personne n’approche, présente un danger mais un risque faible. À l’inverse, une rallonge abîmée utilisée tous les jours sur un chantier présente un danger modéré mais un risque important, car l’exposition est quotidienne.
CCoter et classer les risques
À quoi ça sert ? À décider par où commencer. Un chantier présente souvent une dizaine de risques électriques ; on ne peut pas tous les traiter en même temps.
Chaque entreprise choisit sa grille. Calvérac utilise une grille simple à quatre niveaux (grille interne, fictive pour ce cours).
| Note | Gravité G | Fréquence F |
|---|---|---|
| 1 | blessure légère, sans arrêt de travail | rare : moins d’une fois par chantier |
| 2 | blessure avec arrêt de travail | occasionnelle : quelques fois par chantier |
| 3 | blessure grave, séquelles possibles | fréquente : chaque semaine |
| 4 | blessure mortelle ou invalidante | quotidienne |
La criticité est le produit : C = G × F. Elle va de 1 à 16.
Coter et classer des risques électriques
- Pour chaque situation, choisis la gravité en pensant au pire dommage raisonnablement possible (pour un contact avec une pièce en 400 V : 4).
- Choisis la fréquence d’exposition sur la durée du chantier.
- Calcule C = G × F.
- Classe les risques par criticité décroissante. À criticité égale, place d’abord celui dont la gravité est la plus forte.
- Toute situation de gravité 4 reçoit une mesure, même si sa criticité est faible.
Ne cote pas la gravité en pensant « ça n’arrivera pas, on fait attention ». La gravité décrit le dommage si l’accident arrive ; la probabilité est déjà prise en compte par la fréquence. Sinon, tous les risques finissent faibles.
DUn exemple sur la ligne 3
Fabrice Delorme et Nadège Collin préparent l’évaluation du chantier de la ligne 3, du lundi 12 avril au vendredi 21 mai 2027. Le raccordement de la ligne 3 au TGBT est prévu le samedi 15 mai 2027, pendant l’arrêt de maintenance hebdomadaire de l’usine. Ils retiennent quatre situations.
| Code | Situation | G | F | C | Zone |
|---|---|---|---|---|---|
| E1 | raccordement du nouveau départ dans le TGBT, avec des barres voisines restées sous tension | 4 | 2 | 8 | prioritaire |
| E2 | outils portatifs et rallonges sur le chantier | 3 | 2 | 6 | à traiter |
| E4 | essais de la nouvelle armoire de la ligne 3 sous tension | 4 | 1 | 4 | à traiter |
| E3 | tirage de câbles dans un chemin de câbles proche de l’armoire fermée de la ligne 2 | 3 | 1 | 3 | faible |
Calculs : E1 : 4 × 2 = 8 ; E2 : 3 × 2 = 6 ; E4 : 4 × 1 = 4 ; E3 : 3 × 1 = 3. Le classement donne E1, puis E2, E4 et E3. E4 et E3 ont des criticités proches, mais E4 est de gravité 4 : il reçoit une mesure obligatoire.
Les mesures retenues sont présentées après les principes de prévention : elles suivent un ordre précis.
5. Les principes de prévention
Le Code du travail ne laisse pas le choix des mesures au hasard. Il fixe neuf principes généraux, dans un ordre de priorité, et des règles propres à l’électricité : priorité au hors tension, habilitation obligatoire, rôle de chacun.
ALes neuf principes généraux
L’employeur applique les mesures de prévention en suivant neuf principes généraux de prévention (C. trav., art. L. 4121-2). Le tableau les applique au risque électrique.
| Principe (art. L. 4121-2) | Application au risque électrique |
|---|---|
| 1. Éviter les risques | travailler hors tension ; supprimer un voisinage en consignant la partie concernée |
| 2. Évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités | évaluation du chantier, DUERP |
| 3. Combattre les risques à la source | réparer un isolant, remplacer un obturateur, refermer une armoire |
| 4. Adapter le travail à l’homme | prévoir le temps nécessaire, un éclairage suffisant, des postes accessibles |
| 5. Tenir compte de l’évolution de la technique | appareillage plus sûr, dispositifs de vérification d’absence de tension adaptés |
| 6. Remplacer ce qui est dangereux par ce qui l’est moins | outil sur batterie en TBT plutôt qu’en 230 V ; matériel de classe II (à double isolation, voir partie 6) |
| 7. Planifier la prévention | intégrer la sécurité au planning, au plan de prévention, à l’organisation |
| 8. Donner la priorité aux protections collectives | enveloppes, écrans, balisage avant les gants isolants |
| 9. Donner les instructions appropriées | consignes, accueil sécurité, carnet de prescriptions |
Commencer par « on donnera des gants isolants » est l’erreur classique. Les gants ne suppriment pas le danger : ils ne protègent que si tout le reste a été fait et s’ils sont en bon état. Un correcteur d’E6 attend d’abord hors tension, puis protections collectives.
BD’abord travailler hors tension
Le Code du travail traduit le premier principe pour l’électricité (art. R. 4544-4 et R. 4544-5).
La priorité au hors tension (C. trav., art. R. 4544-4 à R. 4544-7)
- Les travaux sont faits hors tension, sauf si l’évaluation des risques montre que couper le courant rendrait l’exploitation dangereuse, ou en cas d’impossibilité technique (art. R. 4544-4).
- Les opérations au voisinage de pièces nues sous tension sont limitées aux cas où l’on n’a pas pu supprimer ce voisinage, en consignant la partie concernée ou, à défaut, en protégeant par éloignement, obstacle ou isolation (art. R. 4544-4).
- Avant des travaux hors tension, la partie d’installation est identifiée et consignée, de sorte qu’aucune tension ne subsiste, n’apparaisse ou ne réapparaisse pendant toute la durée des travaux ; la tension n’est rétablie qu’après déconsignation et si cela ne présente aucun risque (art. R. 4544-5).
- Les travaux sous tension exigent un ordre écrit du chef de l’établissement qui justifie cette nécessité (art. R. 4544-7) et une habilitation spécifique.
Textes lus sur Légifrance, version en vigueur au 22/10/2026 (rédaction issue du décret n° 2010-1118 du 22/09/2010).
Consignation
La consignation est une procédure qui protège les personnes et les installations contre le maintien accidentel ou la réapparition intempestive de la tension. Elle est réservée à un chargé de consignation habilité, désigné par l’employeur. Ses étapes, les documents et le rôle de chacun sont présentés dans U6-02.
Ce que cela veut dire pour le chantier de la ligne 3 : le raccordement au TGBT (E1) est programmé le samedi de l’arrêt de maintenance, pour pouvoir consigner la partie concernée. Aucun travail sous tension n’est prévu par Calvérac sur ses chantiers.
Pour une question d’E6 sur un aléa (« le client refuse la coupure prévue »), la bonne réponse n’est jamais « on travaille sous tension ». C’est : reporter, replanifier une coupure avec le client, ou supprimer le voisinage par d’autres moyens décidés par le chargé de travaux habilité. Voir U6-06.
CSeuls les habilités interviennent
L'habilitation électrique (C. trav., art. R. 4544-9 à R. 4544-11-1)
- Les opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage ne peuvent être effectuées que par des travailleurs habilités (art. R. 4544-9).
- L’habilitation est délivrée par l’employeur, dans les limites des attributions confiées au travailleur ; elle précise la nature des opérations autorisées. Avant de la délivrer, l’employeur s’assure que le travailleur a reçu une formation théorique et pratique sur les risques et les mesures de sécurité. Il remet un carnet de prescriptions (art. R. 4544-10).
- Depuis le 1er octobre 2025, une habilitation qui autorise les opérations au voisinage de pièces nues sous tension n’est valable que si le travailleur détient une attestation du médecin du travail indiquant qu’il ne présente pas de contre-indication médicale ; cette attestation vaut cinq ans (art. R. 4544-10 et R. 4544-11-1, issus du décret n° 2025-355 du 18/04/2025).
Textes lus sur Légifrance, version en vigueur au 22/10/2026.
Les modalités recommandées pour exécuter ces opérations figurent dans des normes homologuées dont la liste est fixée par arrêté (art. R. 4544-3). L’arrêté du 5 juillet 2024 cite la NF C 18-510 de janvier 2012 et son amendement A1 de février 2020 (opérations sur les ouvrages et installations électriques et dans un environnement électrique), ainsi que la NF C 18-550 d’août 2015 pour les véhicules. La NF C 18-510 est une norme payante, éditée par l’AFNOR : ce cours en explique les principes avec ses propres mots, sans la reproduire. Les symboles d’habilitation, les rôles et la consignation sont étudiés dans U6-02.
Bilal est habilité par Calvérac pour des opérations limitées, toujours sous la responsabilité d’un chargé de travaux. Inès, stagiaire au bureau d’études, n’intervient pas sur les installations. Quand Inès prépare le dossier de chantier, elle vérifie dans le tableau des habilitations de l’équipe que chaque tâche est confiée à quelqu’un qui détient l’habilitation correspondante : c’est un travail de préparation, pas une intervention.
DLe rôle de chacun
La prévention n’est pas l’affaire de l’employeur seul.
Obligations du travailleur et droit de retrait (C. trav., art. L. 4122-1 et L. 4131-1)
- Chaque travailleur prend soin, selon sa formation et ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité, et de celles des autres personnes concernées par ses actes, en suivant les instructions de l’employeur. Cela ne retire rien à la responsabilité de l’employeur (art. L. 4122-1).
- Le travailleur alerte immédiatement l’employeur de toute situation dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, et de toute défectuosité des systèmes de protection. Il peut se retirer de cette situation (art. L. 4131-1).
Textes lus sur Légifrance, version en vigueur au 22/10/2026.
| Acteur | Rôle dans la prévention du risque électrique |
|---|---|
| Gérald Calvérac (employeur) | évalue les risques, délivre les habilitations, fournit les moyens, organise la formation |
| Nadège Collin (QSE) | tient le DUERP, prépare les documents de prévention, contrôle les équipements de protection |
| Fabrice Delorme (chef de chantier, chargé de travaux) | organise le travail sur place, fait appliquer les règles, vérifie les habilitations de l’équipe |
| chargé de consignation désigné | consigne et déconsigne les installations |
| Bilal (apprenti habilité) | agit dans les limites de son titre, signale toute anomalie, alerte en cas de danger |
| Inès (stagiaire) | prépare, vérifie les documents, n’intervient pas sur les installations |
| client (Ternevault, Quervany) | exploite ses installations ; avec Calvérac, établit le plan de prévention des risques liés à la coactivité (voir U6-04) |
Le droit de retrait ne veut pas dire « je m’en vais sans rien dire ». Il va avec le devoir d’alerter immédiatement. Et il ne s’applique qu’à un danger grave et imminent : une armoire ouverte sur des barres sous tension dans ta zone de travail, oui ; une simple étiquette manquante, non (on la signale).
6. Protections collectives et individuelles
Quand on ne peut pas supprimer le danger, on le tient à distance. Les installations sont conçues pour qu’aucune partie active ne soit accessible et pour qu’un défaut d’isolement soit coupé à temps. Les équipements individuels ne viennent qu’en dernier.
Le Code du travail fixe deux objectifs de conception (art. R. 4215-3) : aucune partie active dangereuse ne doit être accessible aux travailleurs (protection contre les contacts directs), et, en cas de défaut d’isolement, aucune masse ne doit présenter une différence de potentiel dangereuse (protection contre les contacts indirects). Les règles techniques détaillées de l’installation relèvent de la norme NF C 15-100 (voir U6-03 et U4-11).
AContre les contacts directs
À quoi ça sert ? À empêcher le doigt, la main ou l’outil d’atteindre une partie active. L’INRS cite l’éloignement, les barrières ou enveloppes (qui forment un obstacle), l’isolation des parties actives et la très basse tension ; la très basse tension est présentée après le tableau.
| Moyen | Principe | Exemple chez Ternevault ou Quervany |
|---|---|---|
| isolation des parties actives | un isolant qui ne peut être enlevé que par destruction | gaine des câbles, isolant des conducteurs |
| barrières ou enveloppes | coffret, armoire, obturateurs ; ouverture seulement avec une clé ou un outil | TGBT fermé à clé, obturateurs sur les emplacements vides |
| éloignement | mettre les parties actives hors de portée | lignes aériennes placées en hauteur, hors de portée |
| obstacles | empêcher l’approche involontaire | grillage devant une cellule du poste HTA |
Indice de protection IP2X ou IPXXB
L’indice de protection (IP) indique ce qu’une enveloppe empêche de passer. Le premier chiffre concerne les corps solides, le second l’eau. IP2X signifie que les objets de plus de 12,5 mm de diamètre ne passent pas ; IPXXB signifie que le doigt ne peut pas atteindre les parties dangereuses. L’INRS indique ce degré minimal pour les barrières et enveloppes en basse tension (IP3X ou IPXXC en haute tension).
La très basse tension de sécurité (TBTS) est aussi un moyen de protection : on alimente le circuit sous une tension assez basse pour qu’un contact ne soit pas dangereux, à partir d’une source séparée du réseau. L’INRS indique que la TBTS en alternatif est limitée à 50 V dans le cas général et à 12 V en milieu mouillé.
Sur le chantier de Quervany, l’éclairage provisoire installé dans les sanitaires en cours de rénovation (sol mouillé) est prévu en TBTS 12 V par le bureau d’études : même en cas de contact avec une partie active, la tension appliquée au corps reste très faible.
BContre les contacts indirects
À quoi ça sert ? À éviter qu’une masse reste longtemps à une tension dangereuse après un défaut. Trois solutions existent.
- Relier les masses à la terre et couper automatiquement l’alimentation dès qu’un défaut apparaît. La façon de couper dépend du schéma de liaison à la terre (TT, TN ou IT), étudié dans U4-11.
- Utiliser du matériel à double isolation (classe II) : un défaut ne peut pas atteindre une partie accessible.
- Alimenter en très basse tension (classe III) : la tension reste trop faible pour être dangereuse.
CLe dispositif différentiel
Dispositif différentiel (DDR)
Un dispositif différentiel à courant résiduel (DDR) coupe le circuit quand une partie du courant s’échappe vers la terre au lieu de revenir par les conducteurs actifs. Sa sensibilité, notée IΔn (en ampères ou milliampères), est le courant de fuite à partir duquel il déclenche. On le trouve sous forme d’interrupteur différentiel ou de disjoncteur différentiel.
Le principe est simple : un DDR compare ce qui part et ce qui revient. Il ne voit pas le courant normal du récepteur, même s’il est fort ; il ne voit que la fuite. C’est pour cela qu’il peut réagir à quelques dizaines de milliampères, là où un disjoncteur ordinaire attend plusieurs ampères.
L’INRS classe les DDR de 30 mA et moins dans la haute sensibilité ; la norme NF C 15-100 les impose notamment sur les prises jusqu’à 32 A et sur les chantiers. Ils sont utilisés comme protection complémentaire contre les contacts directs : si une personne touche une phase en étant reliée à la terre, le courant qui la traverse est une fuite que le DDR peut détecter. Mais ce n’est jamais une protection suffisante à elle seule contre le contact direct : un courant qui passe d’un conducteur actif à l’autre à travers le corps (main sur la phase, autre main sur le neutre) n’est pas une fuite, le DDR ne le voit pas.
Vérifier qu'un DDR protège contre les contacts indirects en schéma TT
- Données : résistance de la prise de terre des masses RA (relevée par un technicien habilité) ; tension limite UL (50 V en alternatif dans le cas général).
- Condition : au seuil de déclenchement, la tension de contact RA × IΔn ne doit pas dépasser UL, soit IΔn ≤ UL ÷ RA.
- Calcul pour Quervany : IΔn ≤ 50 V ÷ 22 Ω ≈ 2,27 A.
- Vérification : le départ du chantier est protégé par un DDR de 500 mA : 22 Ω × 0,5 A = 11 V, inférieur à 50 V. La condition est respectée. Avec un DDR de 30 mA, la tension au seuil serait de 22 Ω × 0,03 A = 0,66 V.
Un DDR qui ne déclenche pas « parce qu’il n’y a pas de défaut » n’est pas forcément en bon état. Son bon fonctionnement est contrôlé périodiquement par du personnel habilité ou un organisme de vérification (voir U5-03). Et un DDR n’empêche pas l’électrisation : il en limite la durée.
DLes classes de matériel
Les matériels électriques sont classés selon la façon dont ils protègent contre les contacts indirects. Tu retrouveras ces classes sur les plaques signalétiques des outils et des appareils.
| Classe | Principe | Usage sur un lieu de travail |
|---|---|---|
| 0 | isolation principale seule, pas de borne de terre | interdite sur les lieux de travail |
| I | masses reliées au conducteur de protection PE | machines fixes ; nécessite une installation avec terre et coupure automatique |
| II | double isolation ou isolation renforcée, pas de liaison à la terre | outils portatifs, matériels non fixes |
| III | alimentation en TBTS ou TBTP | appareils portatifs en milieu confiné humide ou mouillé |
La TBTP (très basse tension de protection) ressemble à la TBTS, mais son circuit peut être relié à la terre.
Pour le chantier de la ligne 3, Nadège Collin prévoit des perceuses sur batterie (TBT) et des baladeuses alimentées en TBTS pour les fosses de convoyeurs humides. Les rallonges sont vérifiées avant chaque usage : une rallonge à la gaine fendue est retirée du chantier, pas réparée avec du ruban adhésif.
ELes équipements de protection individuelle
Équipement de protection individuelle (EPI)
Un EPI est un équipement porté par une personne pour la protéger d’un risque : gants, casque, écran facial, chaussures, vêtements. Les EPI contre le risque électrique sont des EPI de catégorie III (celle des risques aux conséquences très graves, comme la mort) et portent le marquage CE. L’employeur les choisit et les fournit gratuitement.
Les EPI n’interviennent qu’en dernier recours, lorsque la suppression du risque et les protections collectives ne suffisent pas (INRS). Ils complètent, ils ne remplacent pas.
| EPI | Ce qu’il protège | Point d’attention |
|---|---|---|
| gants isolants | les mains contre le contact | classés de la classe 00 (500 V en alternatif) à la classe 4 (36 kV en alternatif) ; vérifiés avant chaque usage |
| écran facial | le visage et les yeux contre l’arc | doit être abaissé pendant l’opération |
| casque isolant | la tête | casque prévu pour l’électricité, jusqu’à 1 000 V |
| chaussures isolantes | le trajet par les pieds | efficaces uniquement en milieu sec |
L’INRS précise qu’aucun EPI n’est adapté au-delà de 36 000 V en alternatif : au-delà, seule la distance protège.
Des gants isolants ne servent à rien s’ils sont d’une classe trop basse pour la tension, percés, ou portés sans le reste de l’équipement. Et porter des EPI ne t’autorise pas à faire une opération pour laquelle tu n’es pas habilité.
FRetour sur la ligne 3
Avec ces outils, Nadège et Fabrice complètent leur évaluation par des mesures classées dans l’ordre de priorité.
| Code | Mesures (dans l’ordre de priorité) |
|---|---|
| E1 (8) | raccordement le samedi 15/05/2027 pendant l’arrêt de l’usine, partie concernée consignée par le chargé de consignation désigné ; si des barres voisines restent sous tension : écrans isolants posés par du personnel habilité, zone balisée ; intervenants habilités pour l’opération ; gants isolants, écran facial |
| E2 (6) | outils sur batterie et matériel de classe II ; prises de chantier protégées par DDR 30 mA ; contrôle visuel des rallonges chaque matin ; retrait immédiat de tout matériel abîmé |
| E4 (4) | essais faits par du personnel habilité selon le protocole de mise en service (voir U8-05) ; armoire refermée pendant les essais ; zone balisée ; personnes non concernées tenues à distance |
| E3 (3) | armoire de la ligne 2 maintenue fermée à clé ; consigne aux tireurs de câbles ; surveillance par Fabrice Delorme |
7. Réagir en cas d’accident
Malgré la prévention, un accident peut arriver. Les premières secondes décident souvent de l’issue. Le réflexe naturel, saisir la victime, est le plus dangereux : il faut d’abord faire couper le courant.
AProtéger sans se mettre en danger
À quoi ça sert ? À éviter un sur-accident : un deuxième blessé, celui qui voulait aider.
Une victime d’électrisation peut rester collée à la pièce sous tension (tétanisation, dès 10 mA). Si tu la touches, tu fermes la boucle à ton tour : le courant te traverse aussi.
La règle d'or
Ne touche jamais la victime tant que le courant n’est pas coupé. Fais couper l’alimentation : bouton d’arrêt d’urgence, coupure générale du local, ou personne habilitée présente. Le Code du travail impose des dispositifs de coupure d’urgence sur les installations (art. R. 4215-8) : repère-les dès ton arrivée sur un chantier.
En haute tension, ou si tu ne sais pas où couper, ne t’approche pas : la distance est la seule protection. Fais évacuer la zone et alerte.
Le réarmement automatique ou le retour de la tension est un danger après l’accident : une fois le courant coupé, personne ne remet sous tension avant l’accord du responsable du chantier, même pour « éclairer la victime ».
BAlerter et secourir
L’INRS résume la conduite à tenir : couper le courant sans toucher la victime, appeler les secours (15, 18 ou 112), rester avec la victime et lui porter les premiers secours.
Passer l'alerte
- Appelle le 15 (SAMU, service d’aide médicale urgente), le 18 (sapeurs-pompiers) ou le 112 (numéro d’urgence européen).
- Dis où tu es (adresse du site, bâtiment, local, accès pour les secours).
- Dis ce qui s’est passé : accident d’origine électrique, tension concernée si tu la connais, courant coupé ou non.
- Décris l’état de la victime : consciente ou non, respire ou non, brûlures visibles.
- Ne raccroche pas le premier : réponds aux questions et suis les consignes.
Les gestes de secours (vérifier la respiration, masser le cœur, utiliser un défibrillateur) s’apprennent en formation de secourisme, par exemple celle de sauveteur secouriste du travail (SST). L’INRS recommande que les personnes qui travaillent à proximité d’installations sous tension connaissent les gestes de base. Repère aussi l’emplacement du défibrillateur le plus proche.
Avant chaque chantier, Fabrice Delorme affiche dans la base vie une consigne d’urgence : emplacement de l’arrêt d’urgence et de la coupure générale, numéros d’urgence, adresse exacte du site, nom des sauveteurs secouristes de l’équipe, emplacement du défibrillateur. Lors de l’accueil sécurité, chaque intervenant doit montrer où se trouve l’arrêt d’urgence.
CAprès l’accident
Un accident ou un presque-accident (un événement qui aurait pu blesser quelqu’un, sans blessure cette fois) est une information précieuse.
- Informer l’encadrement et le client, déclarer l’accident du travail selon les règles de l’entreprise.
- Laisser l’installation en l’état et hors tension jusqu’à l’analyse, sauf pour la mise en sécurité.
- Analyser les causes (techniques, organisationnelles, humaines) avec une méthode comme l’arbre des causes, puis mettre à jour l’évaluation des risques et le DUERP (voir U6-06).
Un presque-accident chez Ternevault
Lundi 14 septembre 2026, un opérateur de Ternevault, non habilité, ouvre le tableau d’éclairage TD-E2 avec la clé restée sur la serrure, pour réarmer un disjoncteur. Un obturateur manque ; il frôle le jeu de barres et ressent une secousse, sans blessure. Thierry Bouvet, responsable maintenance du site, et Élodie Fournel, de Calvérac, analysent l’événement : clé laissée sur la porte (organisation), obturateur absent depuis une modification ancienne (technique), opérateur non formé au risque électrique (formation). Trois actions suivent : remise de l’obturateur, gestion des clés, information des opérateurs sur ce qu’ils peuvent faire ou non. L’exercice 8 reprend ce cas.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Juger le danger d’après la tension seulement | c’est le courant qui blesse ; il dépend aussi de la résistance du trajet, de la durée et du trajet dans le corps |
| Croire que la TBT est sans danger | elle limite le risque de choc, pas celui de court-circuit ni de brûlure ; et 110 V continu est en TBT alors que 110 V alternatif est en BT |
| Confondre contact direct et contact indirect | direct : partie active ; indirect : masse mise sous tension par un défaut d’isolement |
| Penser qu’un disjoncteur protège les personnes | un disjoncteur de 16 A protège le circuit contre les surintensités ; la protection des personnes repose sur l’isolation, les enveloppes, la terre et le DDR |
| Présenter le DDR 30 mA comme une protection totale | c’est une protection complémentaire contre le contact direct, jamais suffisante seule |
| Commencer par les EPI | ordre : supprimer (hors tension) → protections collectives → organisation → EPI → instructions |
| Coter la gravité en fonction de la prudence de l’équipe | la gravité est le dommage si l’accident arrive |
| Toucher la victime pour la dégager | faire couper d’abord, puis alerter, puis secourir |
| Dire « l’apprenti peut le faire, il est formé » | seule l’habilitation délivrée par l’employeur pour l’opération autorise à intervenir |
L’essentiel du chapitre
À retenir
- Chiffres : 660 accidents du travail d’origine électrique par an en moyenne de 2014 à 2018 (Cnam, 0,10 % des accidents), mais 0,43 % sont mortels contre 0,08 % tous risques (INRS, ED 6127) ; moins d’une dizaine de décès par an (INRS, 2022).
- Électrisation : passage du courant dans le corps ; électrocution : électrisation mortelle. Le courant ne passe que si le corps ferme une boucle.
- Domaines de tension (art. R. 4226-2) : TBT ≤ 50 V alternatif ou 120 V continu ; BT ≤ 1 000 V ou 1 500 V ; HTA ≤ 50 kV ou 75 kV ; HTB au-delà.
- Effets (alternatif, INRS) : 0,5 mA perception ; 5 mA secousse ; 10 mA impossible de lâcher ; 25 mA tétanisation respiratoire ; 40 mA pendant 5 s ou 50 mA pendant 1 s fibrillation ; 2 000 mA inhibition des centres nerveux. Facteurs : intensité, durée, trajet, surface, peau, sol, fréquence. I = U ÷ R.
- Situations : contact direct (partie active), contact indirect (masse en défaut), court-circuit (50 kA et plus), arc (métal en fusion à plus de 3 000 °C). Tension de contact Uc ; tension limite UL = 50 V en alternatif dans le cas général (règles plus sévères en local mouillé).
- Évaluer : danger → situation → cotation G × F → classement → mesures → suivi (DUERP, art. L. 4121-3 et L. 4121-3-1).
- Prévenir : neuf principes (art. L. 4121-2) ; hors tension en priorité, consignation par un chargé de consignation (art. R. 4544-4 et R. 4544-5) ; travaux sous tension sur ordre écrit seulement (art. R. 4544-7) ; habilitation délivrée par l’employeur (art. R. 4544-9 et R. 4544-10), attestation médicale de 5 ans pour le voisinage depuis le 1/10/2025 ; normes recommandées : NF C 18-510 (janvier 2012) et A1 (février 2020).
- Protéger : contre le contact direct (isolation, enveloppes IP2X/IPXXB, éloignement, obstacles, TBTS) ; contre le contact indirect (terre + coupure automatique, DDR avec IΔn ≤ UL ÷ RA en TT, classe II, classe III) ; EPI en dernier recours.
- Accident : ne pas toucher la victime avant la coupure ; alerter (15, 18, 112) ; secourir ; déclarer et analyser.
Sources et références
- Arrêté du 21 février 2020 portant définition et fixant les conditions de délivrance du BTS « Électrotechnique », modifié notamment par l’arrêté du 30 mars 2026 (session 2027) : compétence C3, tâche T5.4 (voir ANALYSE_REFERENTIEL_ELEC.md).
- Code du travail, art. L. 4121-1, L. 4121-2, L. 4121-3, L. 4121-3-1, L. 4122-1, L. 4131-1, R. 4215-3 à R. 4215-8, R. 4226-2, R. 4544-1 à R. 4544-11-2 (dont la rédaction issue du décret n° 2025-355 du 18 avril 2025, en vigueur depuis le 1er octobre 2025), lus sur Légifrance le 22/10/2026 (version en vigueur à cette date).
- Arrêté du 5 juillet 2024 relatif aux normes définissant les modalités recommandées pour l’exécution des opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage (NOR TSST2417111A, JORF n° 0160 du 7 juillet 2024), lu sur Légifrance le 22/10/2026.
- AFNOR, NF C 18-510 (janvier 2012) et NF C 18-510/A1 (février 2020), fiches de la boutique AFNOR consultées le 22/10/2026 ; normes présentées en principe, non reproduites.
- INRS, brochure ED 6127 « L’habilitation électrique » (édition de décembre 2020, catalogue : janvier 2021), consultée le 22/10/2026.
- INRS, dossier « Risques électriques » (pages « Ce qu’il faut retenir », « Risques liés à l’électricité », « Accidents d’origine électrique », « Prévention du risque électrique », « Opérations sur les installations électriques », « Glossaire »), mises à jour le 20/05/2022, consultées le 22/10/2026.
- INRS, brochure ED 6345 « L’électricité » (novembre 2019), consultée le 22/10/2026 : tension dangereuse de 50 V, DDR de 30 mA au plus.
- NF C 15-100, série d’août 2024 remplaçant l’édition de 2002, citée en principe.
- Guide « La protection différentielle » (Intersections, 2001, éduscol STI), en complément pour le schéma TT.
- FuturBTS : U4-01, U4-02, U4-11, U4-12, U5-03, U6-02, U6-03, U6-04, U6-06, U8-05.
Contenu original FuturBTS. Calvérac Électricité, Papeteries Ternevault, Quervany Immobilier, Alvesque Contrôle et les personnes citées sont fictifs ; la grille de cotation, les valeurs de prises de terre et les événements décrits sont des exemples. Aucun passage, exemple ou exercice n’est repris d’un manuel existant.