Démarche. Lis d’abord les trois questions, puis les
documents en les annotant : pour le document 1, les procédés d’ironie ;
pour le document 2, ce que voit le spectateur et ce qu’il comprend
ensuite ; pour le document 3, qui a cru, pourquoi, et qui a vérifié.
Prépare au brouillon un tableau de confrontation (méthode complète au
chapitre 04). Temps conseillé, d’après le barème : environ 15 minutes
pour chacune des questions 1 et 2, 20 minutes pour la question 3, après
35 minutes de lecture.
Tableau de confrontation (brouillon)
| Ce qui trompe |
une dent recouverte d’or |
une peinture de l’envers d’un tableau |
une image générée présentée comme une photo |
| Qui est trompé |
des savants |
le spectateur, un instant |
des milliers d’internautes, des visiteurs |
| Intention |
ruse humaine (inconnue) |
jeu artistique, assumé |
inconnue ; légende trompeuse |
| Qui vérifie |
un orfèvre |
le spectateur lui-même, en regardant mieux |
des journalistes, un spécialiste de l’image |
| Leçon |
vérifier avant d’expliquer |
l’illusion peut être un plaisir et faire réfléchir |
commenter avant de vérifier : l’erreur de Fontenelle se répète |
Question 1 — Réponse rédigée modèle (3 points)
Fontenelle reproche aux savants une erreur de
méthode : ils cherchent la cause d’un fait
avant de s’être assurés que ce fait est vrai. Il
formule lui-même la règle inverse au début de l’extrait : «
Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. »
Ceux qui « courent naturellement à la cause » s’exposent au « ridicule
d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point ».
Son récit rend cette erreur ridicule par plusieurs procédés. D’abord,
il accumule les savants aux noms latinisés (Horstius, Rullandus,
Ingolsteterus, Libavius) et les publications qui se répondent, ce qui
donne à la querelle une ampleur disproportionnée pour une simple dent.
Ensuite, il use de l’ironie : l’exclamation « Figurez-vous quelle
consolation » souligne l’absurdité de l’explication religieuse, et les
éloges (« une belle et docte réplique », « un autre grand homme ») sont
des antiphrases. Enfin, la chute renverse tout : il ne manquait à ces
ouvrages « sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or ». Un simple
orfèvre, par un examen, défait des années de savoir livresque. La
dernière phrase, « on commença par faire des livres, et puis on consulta
l’orfèvre », résume l’erreur en inversant l’ordre logique : la
vérification aurait dû venir en premier.
Question 2 — Réponse rédigée modèle (3 points)
Les deux images ont un point commun : elles imitent la réalité avec
assez de précision pour tromper le regard. Le
spectateur de Gijsbrechts croit voir un tableau retourné, avec son
châssis, ses clous et son petit papier numéroté ; l’internaute croit
voir une vraie abbaye à demi immergée.
Mais l’illusion n’a ni le même cadre, ni la même
intention, ni les mêmes effets. Le
trompe-l’œil de Gijsbrechts est une œuvre d’art
assumée, peinte pour le roi de Danemark et exposée
aujourd’hui dans un musée : la tromperie dure un instant, puis le
spectateur comprend et admire l’habileté du peintre. L’illusion devient
un plaisir et même une réflexion sur
la peinture, puisque le tableau montre l’envers de ce qu’on attend d’un
tableau. La photographie du document 3, au contraire, est présentée
comme un document réel : sa légende (« Trésor oublié de
Picardie ») fait croire que l’abbaye existe. Personne ne sait qui l’a
produite ni pourquoi, et la tromperie a des conséquences
réelles : accusations, fausse « histoire » inventée, visiteurs
qui se déplacent pour rien.
La différence ne tient donc pas à l’image elle-même, mais au
contrat passé avec celui qui regarde. Une image générée
présentée comme une création artistique ne tromperait personne ; un
trompe-l’œil présenté comme un vrai tableau retourné serait une
mystification.
Question 3 — Réponse rédigée modèle (4 points)
Faire preuve de discernement, c’est savoir
distinguer : le vrai du faux, mais aussi les situations
où l’illusion est un danger et celles où elle est un jeu. Les trois
documents y invitent de façon complémentaire.
D’abord, les documents 1 et 3 montrent qu’il faut vérifier
avant d’expliquer ou de commenter. À plus de quatre siècles
d’écart, l’erreur est la même : les savants de 1593 écrivent des livres
sur une dent qu’ils n’ont pas examinée, les internautes de 2026
commentent, expliquent et accusent à partir d’une image qu’ils n’ont pas
vérifiée. La professeure citée dans l’article le dit presque dans les
mots de Fontenelle : le problème n’est pas que l’image soit fausse,
c’est que tant de gens l’aient commentée « avant de se demander si elle
était vraie ». Dans les deux cas, la vérité est rétablie par un examen
concret : l’orfèvre d’un côté, les journalistes et le spécialiste de
l’image de l’autre.
Ensuite, le discernement suppose d’apprendre à
regarder. L’orfèvre voit la feuille d’or ; le spécialiste
repère une fenêtre qui se dédouble et des pierres qui se répètent ; le
visiteur de Copenhague qui s’approche découvre que les clous sont
peints. Le faux laisse des indices, encore faut-il les chercher.
Enfin, le document 2 nuance cette leçon : le discernement n’est pas
le refus de toute illusion. Le trompe-l’œil de
Gijsbrechts trompe volontairement, mais pour le plaisir et pour faire
réfléchir à ce qu’est une peinture. Être averti ne gâche pas ce plaisir
; au contraire, c’est en sachant que l’on est devant une œuvre que l’on
peut l’apprécier.
À mon sens, ces documents montrent que le discernement est moins une
méfiance générale qu’une attention au cadre : qui me
montre cette image, dans quel but, et quelles preuves m’en donne-t-il ?
On peut alors goûter l’illusion de l’art sans se laisser prendre à celle
de la désinformation.
À retenir
Barème indicatif
- Question 1 (3 points) : erreur de méthode
identifiée et appuyée sur une citation (1 pt) ; deux procédés de
moquerie expliqués (1,5 pt) ; expression (0,5 pt).
- Question 2 (3 points) : point commun (0,5 pt) ;
différences de cadre, d’intention et d’effets, appuyées sur les deux
documents (2 pts) ; nuance finale (0,5 pt).
- Question 3 (4 points) : définition du discernement
(0,5 pt) ; mobilisation des trois documents, avec des références
précises (2 pts) ; organisation en étapes et confrontation (1 pt) ; avis
personnel nuancé (0,5 pt).
Piège
Les pièges de ce sujet
- Oublier le document 2 dans la question 3, ou le
traiter comme un simple exemple de plus de tromperie : il apporte
justement la nuance (l’illusion peut être
légitime).
- Résumer les documents l’un après l’autre au lieu de
les confronter : dans les questions 2 et 3, chaque paragraphe doit faire
dialoguer au moins deux documents.
- Faire de l’IA la seule coupable : l’article montre
que le faux prospère parce que des gens le relaient sans vérifier, comme
les savants de Fontenelle.