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CGE · chapitre 1 Chapitre offert

Réussir l'épreuve de CGE

Ce que tu sauras faire : Connaître précisément l'épreuve de culture générale et expression (écrit de 3 h, CCF, oral de contrôle), lire la note de service du thème « Le vrai du faux » et organiser son année avec des écrits de travail efficaces.

1 h 30 de cours 10 exercices corrigés 10 questions de quiz
FUTUR BTS

Cherche d’abord au brouillon, puis ouvre le corrigé. Les exercices vont du plus simple au plus exigeant : les points indiquent leur difficulté. Compare ta démarche, pas seulement ton résultat.

Exercice 1

Vrai ou faux sur l’épreuve

Application

Pour chaque affirmation, indique si elle est vraie ou fausse. Corrige les affirmations fausses en une phrase.

  1. L’écrit de CGE de la session 2027 dure 4 heures.

  2. Le corpus de l’épreuve écrite comporte deux ou trois documents de nature différente.

  3. La première partie de l’écrit est une synthèse de documents.

  4. Les deux parties de l’écrit sont notées chacune sur 10 points.

  5. Pour l’essai, le candidat doit traiter les deux sujets proposés.

  6. Il faut avoir lu toutes les œuvres de la bibliographie de la note de service.

  7. Dans l’essai, on peut utiliser les documents du corpus comme exemples.

  8. Le coefficient de l’épreuve de CGE est le même dans tous les BTS.

  9. À l’épreuve de contrôle de CGE, le candidat reçoit deux documents, l’un textuel, l’autre non textuel.

  10. L’arrêté fixe la longueur attendue des réponses aux questions sur le corpus.

Voir le corrigé détaillé

Démarche. Pour chaque affirmation, retrouve la règle dans le cours (partie 2 pour l’écrit, partie 3 pour le CCF et l’oral de contrôle, partie 4 pour la note de service).

Réponse Correction ou justification
a) Faux Depuis la session 2025, l’écrit dure 3 heures (annexe III de l’arrêté du 13/07/2023). Les 4 heures, c’était l’ancienne épreuve.
b) Vrai Deux à trois documents « de nature différente », chacun daté et situé.
c) Faux La première partie comporte 2 à 4 questions sur le corpus. La synthèse a disparu.
d) Vrai Questions /10, essai /10 : les deux parties sont « d’égale importance ».
e) Faux Le candidat choisit un sujet parmi les deux proposés.
f) Faux La bibliographie est indicative : elle oriente, elle n’oblige pas.
g) Vrai L’arrêté cite le corpus parmi les appuis de l’essai, à côté des connaissances personnelles, des lectures et du cours. Mais il ne doit pas être le seul.
h) Faux L’épreuve est identique, mais le coefficient varie selon le BTS (de 2 à 4).
i) Vrai Arrêté du 21/07/2026 : deux documents, l’un textuel, l’autre non textuel, avec une consigne fixe.
j) Faux L’arrêté ne fixe ni la longueur des réponses ni la répartition des points entre les questions.
Piège

Le piège de l'exercice

Beaucoup d’informations qui circulent entre étudiants (« 4 heures », « synthèse », « liste d’œuvres obligatoires ») datent de l’ancienne épreuve. Pour toute règle d’examen, remonte au texte officiel : l’arrêté du 13 juillet 2023 et la note de service de l’année.

Exercice 2

Les mots-clefs du thème

Application

Voici douze mots-clefs tirés de la note de service du thème « Le vrai du faux » :

canular, trompe-l’œil, simili, métavers, propagande, faussaire, mimesis, prestidigitation, bourrage de crâne, authenticité, chimère, simulation.

  1. Classe chacun d’eux dans l’une des quatre séries présentées dans le cours : fiction et illusion, tromperie, copie, réel et virtuel.
  2. Définis avec tes mots trois d’entre eux : canular, simili, mimesis.
  3. Écris une phrase liée au thème qui emploie correctement le mot authenticité.
Voir le corrigé détaillé

1. Classement (selon les séries de la note de service)

Série Mots-clefs
Fiction et illusion trompe-l’œil, mimesis, chimère
Tromperie canular, propagande, bourrage de crâne
Copie simili, faussaire, authenticité
Réel et virtuel métavers, prestidigitation, simulation
Astuce

Les frontières entre séries

Certains mots pourraient aller dans deux séries : le trompe-l’œil est aussi une forme de simulation, le faussaire pratique la tromperie. Le classement de la note est une aide pour mémoriser, pas une vérité absolue. Dans une copie, ce qui compte est d’employer le mot avec précision.

2. Définitions (formulations possibles)

  • Canular : fausse nouvelle ou mise en scène inventée pour tromper quelqu’un, le plus souvent pour s’amuser, avant d’être révélée.
  • Simili : imitation d’une matière précieuse ou coûteuse (simili cuir, simili marbre). Le mot sert aussi de préfixe : « similicuir ».
  • Mimesis (ou mimèsis) : mot grec qui signifie « imitation ». Chez Aristote, c’est l’imitation de la réalité par l’art, source de connaissance et de plaisir.

3. Phrase possible : « Un certificat d’authenticité accompagne le tableau, mais il peut lui-même être un faux : le faussaire imite aussi les preuves. »

Exercice 3

Organiser ses 3 heures

Calcul

Situation 1. Lors d’un devoir sur table de 3 heures (de 9 h à 12 h), Nora a procédé ainsi : 10 minutes pour lire le sujet, 20 minutes pour lire le corpus, puis 80 minutes pour répondre aux trois questions, en rédigeant d’abord tout au brouillon puis en recopiant.

  1. À quelle heure Nora a-t-elle commencé l’essai ? Combien de minutes lui restait-il pour l’essai si elle voulait garder 15 minutes de relecture ?
  2. Compare avec la répartition conseillée dans le cours. Quelles conséquences prévois-tu pour sa note ? Donne-lui deux conseils précis.

Situation 2. Au devoir suivant, le sujet indique un barème pour la partie 1 : question 1 sur 3 points, question 2 sur 3 points, question 3 sur 4 points. Nora décide de consacrer 50 minutes en tout à ces trois questions (brouillon et rédaction).

  1. Répartis ces 50 minutes entre les questions, proportionnellement aux points.

Situation 3. Malik bénéficie d’un temps majoré d’un tiers.

  1. Calcule la durée totale de son épreuve. Reprends le tableau de répartition du cours (10, 25, 15, 35, 25, 55 et 15 minutes) et calcule la durée de chaque étape pour Malik, arrondie à la minute.
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1. Heure de début de l’essai

Données : début à 9 h ; 10 + 20 + 80 minutes avant l’essai.

Calcul : 10 + 20 + 80 = 110 minutes, soit 1 h 50. Nora commence l’essai à 10 h 50.

Temps restant : 180 − 110 = 70 minutes. Si elle garde 15 minutes de relecture : 70 − 15 = 55 minutes pour tout l’essai (analyse du sujet, plan et rédaction).

2. Comparaison et conseils

Le cours conseille 80 minutes pour l’essai (25 de préparation, 55 de rédaction). Il manque donc 25 minutes à Nora. Avec 55 minutes au total, elle devra soit bâcler son plan, soit écrire un essai inachevé, sans conclusion. Or l’essai vaut 10 points, autant que la partie 1. Elle risque de perdre sur l’essai bien plus qu’elle n’a gagné sur les questions.

Conseils :

  • Ne pas tout rédiger au brouillon : noter idées et références, puis rédiger directement au propre. C’est là qu’elle a perdu le plus de temps (elle a recopié).
  • Écrire ses horaires en haut du brouillon (« 10 h 25 : essai ») et s’y tenir, même si une réponse n’est pas parfaite.

3. Répartition des 50 minutes

Formule : temps d’une question = 50 × (points de la question ÷ 10).

Question Points Calcul Temps
1 3 50 × 3/10 15 min
2 3 50 × 3/10 15 min
3 4 50 × 4/10 20 min
Total 10 50 min

4. Temps majoré de Malik

Durée totale : 180 × 4/3 = 240 minutes, soit 4 heures.

Étape Temps normal × 4/3 Arrondi
Lire tout le sujet 10 13,3 13 min
Lire et annoter le corpus 25 33,3 33 min
Partie 1 : brouillon 15 20 20 min
Partie 1 : rédaction 35 46,7 47 min
Essai : choix, analyse, plan 25 33,3 33 min
Essai : rédaction 55 73,3 73 min
Relecture 15 20 20 min
Total 180 240 239 min

Les arrondis font perdre une minute : Malik peut l’ajouter à la relecture (21 minutes).

Exercice 4

Prendre des notes sur un exposé

Application

Mme Vasseur fait un court exposé à la classe. Voici ce qu’elle dit (texte écrit pour l’exercice).

« Je vais vous raconter deux histoires de peintres qui nous viennent de l’Antiquité. Elles sont rapportées par Pline l’Ancien, un savant romain du Ier siècle, au livre XXXV de son Histoire naturelle, qui est en grande partie consacré à la peinture. D’abord, Zeuxis. Il peint des raisins si ressemblants que des oiseaux viennent voler jusqu’au tableau pour les manger. Tout le monde l’admire. Mais retenez ceci : la note de service de cette année ajoute un détail important. Sur une autre peinture, Zeuxis avait représenté un enfant qui porte des raisins ; les oiseaux viennent becqueter les raisins, et Zeuxis est mécontent. Pourquoi ? Parce que si l’enfant avait été aussi bien peint que les fruits, les oiseaux auraient dû avoir peur de lui. Autrement dit, l’illusion n’était pas complète. Ensuite, deuxième histoire, Parrhasios, son rival. Les deux peintres s’affrontent dans un concours. Parrhasios présente un tableau couvert d’un rideau. Zeuxis, fier de ses raisins, lui demande d’écarter le rideau pour montrer enfin sa peinture. Mais le rideau était peint ! Zeuxis reconnaît sa défaite : lui avait trompé des oiseaux, Parrhasios avait trompé un peintre. Ce que je voudrais que vous reteniez, c’est que dès l’Antiquité, le talent du peintre se mesure à sa capacité de tromper. L’illusion est une performance, et elle procure du plaisir. Vous retrouverez cette idée chez Aristote, qui dit que nous prenons plaisir à l’imitation, la mimèsis, et plus tard dans les trompe-l’œil de l’époque baroque. Nous y reviendrons au chapitre 10. »

  1. Prends des notes sur cet exposé selon la méthode du cours : en-tête, colonne de droite abrégée (au moins quatre abréviations ou symboles différents), marge à gauche avec les mots-clés, résumé de deux lignes en bas.
  2. Indique à quel mouvement de la problématique de la note de service ces notes se rattachent, et pour quel sujet d’essai elles pourraient servir.
Voir le corrigé détaillé

1. Exemple de prise de notes

En-tête : « CGE — 14/10 — exposé Mme Vasseur — Zeuxis et Parrhasios »

Marge (mots-clés, ajoutés après) Notes (colonne de droite)
Source Pline l’A. (savant romain, Ier s.), Hist. nat., l. XXXV (≈ peinture)
Zeuxis : illusion réussie… 1) Zeuxis peint raisins → oiseaux viennent les manger = illusion parfaite
… mais partielle Détail (note de service) : enfant qui porte raisins → oiseaux pas effrayés ∴ enfant moins bien peint que fruits ; Z. mécontent
Parrhasios : tromper un peintre 2) Concours Z. ≠ Parrhasios. P. : tableau + rideau. Z. demande d’écarter rideau → rideau peint ! Z. vaincu : « oiseaux » < « peintre »
Idée clé Talent = capacité de tromper ; illusion = performance + plaisir
Liens cf. Aristote (plaisir de l’imitation, mimèsis) ; trompe-l’œil baroque ; ch. 10

Résumé : « Deux anecdotes antiques (Pline) montrent que l’art a d’abord été jugé à sa capacité de tromper. L’illusion procure du plaisir et se mesure à qui elle trompe. »

Abréviations et symboles utilisés : → (entraîne), ∴ (donc), ≠ (s’oppose à), ≈ (à peu près), < (moins que), cf., l., s.

Piège

Ce qu'il ne fallait pas faire

  • Tout recopier : les phrases d’introduction (« Je vais vous raconter… ») et les transitions orales n’ont pas à être notées.
  • Oublier la source (Pline, livre XXXV) : sans elle, l’anecdote est inutilisable dans une copie.
  • Oublier le détail de l’enfant, que l’oratrice signale (« retenez ceci ») : c’est un signal d’importance.

2. Rattachement

Ces notes relèvent du deuxième mouvement de la problématique : le plaisir de l’illusion et la valeur de l’imitation. Elles pourraient servir pour un sujet comme « Aimons-nous être trompés ? » ou « L’art doit-il imiter la réalité ? ».

Exercice 5

Lire un passage de la problématique

Analyse

Voici le deuxième paragraphe de la problématique de la note de service du 1er avril 2026 (BO n° 17 du 23 avril 2026).

« Pourtant, notre propension à croire si facilement au faux, à y goûter même, révèle sans doute quelque chose de fondamental. Dès l’Antiquité, Pline l’Ancien racontait, au livre XXXV de son Histoire naturelle que le peintre Zeuxis avait peint des raisins si ressemblants que des oiseaux tentèrent de venir les manger. Mais le peintre se désolait : s’il avait aussi bien réussi l’enfant qui figurait également sur sa peinture, les oiseaux auraient dû avoir peur de lui, et s’enfuir ! L’illusion est ainsi l’objet d’un plaisir, celui qu’Aristote associe à la mimésis, mais qui trompe-t-elle, et jusqu’où ? Le vrai du faux : avant de les démêler, n’y a-t-il pas à considérer combien le trompe-l’œil dans le domaine visuel, comme la fiction dans le domaine narratif, peuvent révéler de ce qu’ils imitent ? L’art baroque a su jouer de toutes les valeurs et de tous les vertiges de l’illusion. Aragon a appris à appeler « mentir-vrai » l’art romanesque et avec lui l’ambition de la littérature qui, représentant le monde, en divulgue la vérité. C’est que, le théâtre lui aussi ne cesse de nous l’enseigner, le fictif n’est pas le mensonge : s’il invente, c’est pour dévoiler. La suspension volontaire de l’incrédulité théorisée par Samuel Taylor Coleridge ne fait pas des lecteurs et des spectateurs des oiseaux dupés ; elle prouve au contraire une réception avertie, qui tirera tout le suc et toute la valeur d’un spectacle ou d’une lecture. Il y a un vrai du faux, un vrai qui peut-être n’est accessible que par le faux. »

  1. Le paragraphe commence par « Pourtant ». Qu’est-ce que ce connecteur indique sur le lien avec le paragraphe précédent (le brouillage contemporain, la désinformation) ?
  2. Relève deux oppositions (couples de notions) sur lesquelles repose ce paragraphe.
  3. Relève les références (auteurs, notions, mouvements artistiques) citées, et classe-les : Antiquité, XVIIe siècle, XIXe-XXe siècles.
  4. Explique avec tes mots la phrase : « le fictif n’est pas le mensonge : s’il invente, c’est pour dévoiler ».
  5. Transforme ce paragraphe en trois questions d’essai possibles, formulées comme de vrais sujets.
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1. « Pourtant »

Ce connecteur marque une opposition, ou plutôt un renversement. Le paragraphe précédent présentait le faux comme un danger (désinformation, post-vérité, IA générative). « Pourtant » annonce un autre regard : notre goût pour le faux n’est pas seulement une faiblesse, il « révèle quelque chose de fondamental ». Le faux devient objet de plaisir et même chemin vers la vérité.

2. Deux oppositions (au choix)

  • tromper / dévoiler : l’illusion trompe, mais la fiction « invente pour dévoiler » ;
  • fictif / mensonge : la fiction n’est pas le mensonge ;
  • spectateur dupé / spectateur averti : les oiseaux de Zeuxis sont dupés, le lecteur qui suspend son incrédulité ne l’est pas ;
  • vrai / faux, réunis dans la dernière phrase : « un vrai qui peut-être n’est accessible que par le faux ».

3. Références classées

Époque Références
Antiquité Pline l’Ancien et Zeuxis ; Aristote (mimésis)
XVIIe siècle (et autour) l’art baroque ; le trompe-l’œil
XIXe-XXe siècles Coleridge et la « suspension volontaire de l’incrédulité » (XIXe) ; Aragon et le « mentir-vrai » (XXe)

Le théâtre est cité comme genre, sans époque précise.

4. Explication

Une fiction (un roman, une pièce, un film) raconte des choses qui ne sont pas arrivées. Mais elle ne cherche pas à faire croire qu’elles sont arrivées : le lecteur sait que c’est inventé. Le mensonge, lui, veut tromper. La fiction invente des personnages et des situations pour montrer une vérité sur les êtres humains ou la société : une vérité qu’un simple récit des faits ne montrerait pas aussi bien.

5. Trois questions d’essai possibles

  • « Aimons-nous être trompés ? »
  • « La fiction peut-elle dire la vérité ? »
  • « Être un spectateur averti, est-ce renoncer au plaisir de l’illusion ? »
Astuce

Vérifier ses questions

Une bonne question d’essai doit admettre plusieurs réponses défendables. « La fiction est-elle un mensonge ? » fonctionne : on peut répondre oui, non, ou « cela dépend ». « Qui est Zeuxis ? » ne fonctionne pas : c’est une question de connaissance.

Exercice 6

Construire une fiche de référence

Analyse

Voici un extrait de l’Histoire des oracles de Fontenelle (1657-1757), publiée en 1687, première dissertation, chapitre IV (texte de Wikisource).

Il serait difficile de rendre raison des histoires et des oracles que nous avons rapportés, sans avoir recours aux démons ; mais aussi tout cela est-il bien vrai ? Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point.

Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d’Allemagne, que je ne puis m’empêcher d’en parler ici.

En 1593, le bruit courut que, les dents étant tombées à un enfant de Silésie âgé de sept ans, il lui en était venu une d’or à la place d’une de ses grosses dents. Horstius, professeur en médecine dans l’université de Helmstad, écrivit, en 1595, l’histoire de cette dent, et prétendit qu’elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu’elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs ! Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens ni aux Turcs ! En la même année, afin que cette dent d’or ne manquât pas d’historiens, Rullandus en écrit l’histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d’or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme, nommé Libavius, ramasse tout ce qui avait été dit de la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or. Quand un orfèvre l’eut examinée, il se trouva que c’était une feuille d’or appliquée à la dent, avec beaucoup d’adresse : mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre.

Rien n’est plus naturel que d’en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que, non seulement nous n’avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d’autres qui s’accommodent très bien avec le faux.

  1. Rédige la fiche de référence de ce texte en suivant le modèle du cours (identité, en deux phrases, détail précis, citation courte, idées qu’il illustre, mouvements et mots-clefs, sujets possibles).
  2. Relève deux procédés par lesquels Fontenelle se moque des savants.
  3. Cite une situation actuelle (sans nommer de personne réelle) qui reproduit l’erreur décrite par Fontenelle.
Voir le corrigé détaillé

1. Fiche de référence

Rubrique Contenu
Identité Fontenelle (1657-1757), Histoire des oracles, 1687, chapitre IV. Essai qui critique la croyance aux oracles antiques ; esprit qui annonce les Lumières.
En deux phrases Avant d’expliquer un fait extraordinaire, il faut vérifier qu’il est vrai. Fontenelle l’illustre par l’histoire d’une prétendue dent d’or (1593) que des savants ont expliquée dans plusieurs livres avant qu’un orfèvre ne découvre une feuille d’or collée.
Détail précis la succession des savants (Horstius, Rullandus, Ingolsteterus, Libavius) qui se répondent par livres et répliques, puis l’orfèvre qui règle la question par un simple examen.
Citations courtes « Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. » ; « on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre. »
Idées qu’il illustre 1. La crédulité touche aussi les savants. 2. On est tenté d’expliquer avant de vérifier. 3. Une erreur répétée par plusieurs sources ne devient pas vraie. 4. Le faux peut s’accommoder très bien de nos raisonnements.
Mouvements et mots-clefs mouvement 1 (tromperie) ; crédulité, véracité, mystification, désinformation, discernement
Sujets possibles « Est-il encore possible de distinguer le vrai du faux ? » ; « Pourquoi croyons-nous si facilement au faux ? » ; « Le savoir protège-t-il de la crédulité ? »

2. Deux procédés de moquerie (au choix)

  • L’exclamation ironique : « Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens ni aux Turcs ! » souligne l’absurdité de l’explication de Horstius.
  • L’antiphrase : « une belle et docte réplique », « un autre grand homme » : les éloges sont ironiques.
  • L’accumulation des savants aux noms latinisés et des publications, qui rend la querelle disproportionnée face à l’objet.
  • La chute : « Il ne manquait autre chose […] sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or », puis la phrase finale qui inverse l’ordre logique (livres d’abord, vérification ensuite).

3. Situation actuelle possible

Une vidéo truquée circule sur un réseau social ; des centaines de comptes publient des analyses, des explications et des accusations ; un journaliste ou un spécialiste montre ensuite que la vidéo est un montage. On a « fait des livres » (des commentaires, des fils d’analyse) avant de « consulter l’orfèvre » (vérifier la source).

Exercice 7

Diagnostiquer un carnet de lecture

Analyse

Voici quatre entrées du carnet numérique de Malik, en novembre.

Entrée 1. « The Truman Show. Film super. Un homme vit dans une émission de télé sans le savoir, tout est faux autour de lui. À la fin il s’en va. 10/10. »

Entrée 2. « Citation trouvée sur Instagram : “Un mensonge fait le tour du monde pendant que la vérité met ses chaussures.” Signé : un grand écrivain. À mettre dans tous mes essais. »

Entrée 3. « Histoire des oracles, Fontenelle, 1687, ch. IV. Anecdote de la dent d’or (1593) : des savants écrivent des livres pour expliquer une dent d’or ; un orfèvre montre que c’est une feuille d’or collée. Citation : “on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre.” Ce qui m’a frappé : ça ressemble aux débats sur des vidéos truquées. Lien : mouvement 1 (tromperie, crédulité). »

Entrée 4. « Podcast sur les fake news, écouté dans le bus. Très intéressant, plein d’idées sur le cerveau. »

  1. Évalue chaque entrée : est-elle utilisable telle quelle le jour de l’épreuve ? Justifie à l’aide de la méthode du carnet de lecture.
  2. Explique pourquoi l’entrée 2 est dangereuse, en employant le mot apocryphe.
  3. Réécris l’entrée 1 pour qu’elle devienne utile. N’ajoute que des informations que tu peux vérifier (tu peux indiquer entre crochets ce qu’il faudrait vérifier).
Voir le corrigé détaillé

1. Évaluation des entrées

Entrée Utilisable ? Pourquoi
1. The Truman Show Non ni réalisateur, ni date ; résumé vague ; aucune scène précise ; « super », « 10/10 » n’est pas une réaction argumentée ; aucun lien avec le thème
2. Citation Instagram Non, dangereuse source non fiable ; auteur non identifié ; aucune référence (œuvre, page) ; projet de l’utiliser « dans tous les essais », donc plaquée
3. Fontenelle Oui identité complète, résumé court, citation exacte et sourcée, réaction personnelle, lien avec la problématique et les mots-clefs
4. Podcast Non ni titre, ni émission, ni date, ni intervenant ; aucune idée notée : « plein d’idées » ne permet pas de les retrouver

2. Pourquoi l’entrée 2 est dangereuse

Une citation sans référence, attribuée vaguement à « un grand écrivain », est très souvent apocryphe : on la fait circuler sous un nom prestigieux sans que l’auteur l’ait jamais écrite. L’utiliser dans une copie, c’est risquer une erreur d’attribution, ce qui est particulièrement maladroit sur un thème consacré au vrai et au faux. Malik doit soit trouver la source exacte (œuvre, édition, page) dans une source fiable, soit renoncer à la citer et reformuler l’idée avec ses mots.

3. Réécriture de l’entrée 1 (exemple)

The Truman Show, film de Peter Weir, 1998 (cité dans la problématique de la note de service). Truman vit depuis sa naissance, sans le savoir, dans une ville factice, Seahaven : un décor de télévision où tous ses proches sont des acteurs et où sa vie est filmée en permanence pour le public. [Scène précise à noter au prochain visionnage, avec la minute.] Ce qui m’a frappé : le public regarde avec plaisir une illusion dont Truman est la seule victime. Lien : mouvement 1 (univers artificiels, Seahaven citée par la note) et mouvement 2 (plaisir de l’illusion). Mots-clefs : simulacre, factice, illusion, manipulation. Sujets : « Aimons-nous être trompés ? » ; « Peut-on vivre dans l’illusion ? ».

Piège

Ne rien inventer

Si tu ne te souviens plus d’une scène précise, ne l’invente pas : note ce qu’il faut revoir. Une référence fausse dans une copie est pire qu’une référence absente.

Exercice 8

Choisir ses ressources

Analyse

Pour préparer le thème, Nora a repéré six ressources (toutes fictives sauf mention contraire).

N° Ressource
A une vidéo de 45 secondes d’un compte anonyme : « 5 tableaux qui sont en réalité des faux ! », sans nom de musée ni date
B la page d’un grand musée présentant un tableau en trompe-l’œil de sa collection : artiste, date, dimensions, notice
C le texte intégral d’une fable de La Fontaine sur Wikisource, avec l’indication de l’édition reproduite
D un blog de révision qui résume 1984 d’Orwell en dix lignes, sans auteur identifié, avec plusieurs fautes de date
E le dossier de presse d’une exposition sur le faux dans l’art, publié par l’institution organisatrice (ressource citée par la note de service)
F une image partagée sur un réseau social : une phrase sur la vérité attribuée à Victor Hugo, sans référence
  1. Classe ces ressources en trois catégories : fiable, utilisable telle quelle ; utile comme point de départ, à vérifier ; à écarter. Justifie chaque classement par au moins un critère précis.
  2. Pour les ressources « à vérifier », indique concrètement comment Nora peut les vérifier.
  3. Explique en quelques lignes pourquoi ce travail de tri est particulièrement cohérent avec le thème « Le vrai du faux ».
Voir le corrigé détaillé

1. Classement

Catégorie Ressources Justification
Fiable, utilisable telle quelle B, C, E B : institution identifiée (musée), notice complète (artiste, date, dimensions). C : texte intégral d’un auteur du domaine public, édition indiquée. E : document publié par l’institution organisatrice, cité par la note de service elle-même.
Point de départ, à vérifier A, D A : peut donner des pistes (noms d’œuvres) mais aucune source, auteur anonyme, format trop court pour être précis. D : un résumé peut aider à comprendre, mais auteur inconnu et erreurs de date repérées.
À écarter F citation sans référence, attribuée à un auteur célèbre : très probablement apocryphe ; impossible à vérifier sans source.
Astuce

Les trois questions à poser à une source

Qui parle (auteur ou institution identifiés) ? D’où vient l’information (source primaire, références précises) ? Quand a-t-elle été publiée ou mise à jour ? Si l’une des trois réponses manque, la ressource est au mieux un point de départ.

2. Comment vérifier

  • A : relever le nom de chaque tableau cité, puis chercher sa notice sur le site du musée qui le conserve ou dans une source institutionnelle ; ne garder que ce qui est confirmé.
  • D : vérifier les dates et les informations clés dans l’œuvre elle-même (1984) ou dans une source de référence (catalogue de la BnF, éditeur) ; idéalement, lire au moins les premiers chapitres.
  • F (si Nora tient à l’utiliser) : chercher la phrase dans les œuvres de l’auteur sur une source fiable (Gallica, Wikisource) ; sans référence précise, renoncer.

3. Cohérence avec le thème

Trier ses ressources, c’est appliquer à soi-même ce que le thème étudie : distinguer l’information de l’infox, la source fiable de la rumeur. Comme le montre Fontenelle avec la dent d’or, l’erreur ne vient pas seulement des menteurs : elle vient aussi de ceux qui répètent sans vérifier. Un étudiant qui cite une citation apocryphe dans un essai sur le vrai et le faux se contredirait lui-même.

Exercice 9

Planifier son année

Calcul et analyse

Nora dispose de 27 semaines avant l’épreuve et se fixe une routine de 2 heures par semaine de travail personnel en CGE. Elle veut :

  • faire 3 entraînements chronométrés complets de 3 heures chacun ;
  • rédiger 25 fiches de référence, à raison d’une demi-heure par fiche ;
  • relire son carnet une heure par mois, pendant 6 mois.
  1. Calcule le nombre total d’heures dont elle dispose, puis le temps qui lui reste pour lire, regarder et écouter des œuvres.
  2. Ce temps te paraît-il suffisant ? Propose deux moyens de l’augmenter sans dépasser 2 heures par semaine.
  3. Nora veut couvrir les quatre tensions du thème (infox / information ; fiction / mensonge ; plaisir / duperie ; original / copie). Propose-lui une œuvre de la bibliographie de la note de service par tension, en variant les domaines (littérature, film, arts plastiques, essai), et justifie chaque choix en une phrase. N’affirme sur ces œuvres que ce qui figure dans le cours ou que tu sais avec certitude.
Voir le corrigé détaillé

1. Calculs

Données : 27 semaines × 2 heures.

Poste Calcul Heures
Temps total 27 × 2 54 h
Entraînements chronométrés 3 × 3 9 h
Fiches de référence 25 × 0,5 12,5 h
Relecture du carnet 6 × 1 6 h
Reste pour lire, regarder, écouter 54 − 9 − 12,5 − 6 26,5 h

2. Analyse

26,5 heures, c’est environ une heure par semaine : assez pour un film par mois et quelques podcasts, mais court pour un roman de plusieurs centaines de pages en plus du reste. C’est suffisant si Nora choisit bien ses œuvres et s’appuie aussi sur le cours.

Deux moyens d’augmenter ce temps sans dépasser 2 heures par semaine :

  • utiliser les temps morts (transports, pauses) pour les podcasts et les lectures courtes, qui ne sont alors pas décomptés de la routine ;
  • faire compter le cours : les œuvres étudiées en classe (chapitres 09 à 12) ne demandent qu’une fiche, pas une lecture complète ;
  • autre piste : regrouper deux références dans une même séance (un film et le dossier de presse qui l’accompagne).

3. Une œuvre par tension (réponse possible parmi d’autres)

Tension Œuvre de la bibliographie Domaine Justification
infox / information George Orwell, 1984 (1949) littérature un régime réécrit sans cesse les archives : le faux devient un système de gouvernement
fiction / mensonge Pierre Corneille, L’Illusion comique (créée en 1636) théâtre du théâtre dans le théâtre : la fiction trompe un personnage, mais pour lui révéler une vérité
plaisir / duperie Peter Weir, The Truman Show (1998) film le public prend plaisir à une illusion dont un homme est la victime
original / copie Walter Benjamin, L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935-1939) essai réfléchit à ce que l’œuvre perd quand elle est reproduite en série (son « aura »)

On pouvait aussi retenir une œuvre d’arts plastiques, par exemple un trompe-l’œil de Gijsbrechts (voir exercice 10) pour la tension plaisir / duperie.

Piège

Choisir une œuvre qu'on ne connaît pas

Proposer une œuvre dont on ne sait rien, simplement parce qu’elle est dans la bibliographie, ne sert à rien. Le choix doit être réaliste : une œuvre que Nora lira ou verra vraiment, et sur laquelle elle pourra rédiger une fiche précise.

Exercice 10

Entraînement à l’épreuve : questions sur un corpus

Entraînement E1

Partie 1 de l’épreuve, à traiter en 1 h 25 environ (lecture du sujet comprise). Thème : « Le vrai du faux ».

Document 1. Fontenelle, Histoire des oracles, première dissertation, chapitre IV, 1687.

Reprends l’extrait de l’exercice 6, depuis « Il serait difficile » jusqu’à « on consulta l’orfèvre. »

Document 2. Cornelis Norbertus Gijsbrechts (ou Gysbrechts), Trompe-l’œil. Le revers d’un tableau encadré, peinture, 1668-1672, Copenhague, Statens Museum for Kunst (SMK, n° d’inventaire KMS1989).

Description (l’œuvre est consultable en ligne sur le site des collections du SMK, open.smk.dk). Le peintre, alors au service de la cour de Danemark, a représenté avec une extrême précision l’arrière d’un tableau : le châssis de bois, la toile tendue, les petits clous qui la fixent, un petit papier portant un numéro. L’œuvre n’est pas accrochée comme un tableau ordinaire : elle est présentée posée au sol, contre le mur, comme une toile qui attendrait d’être accrochée. Le spectateur croit voir un tableau posé à l’envers, qu’il aurait envie de retourner pour voir enfin « la peinture ». Or c’est cela, la peinture.

Document 3. « L’abbaye engloutie qui n’a jamais existé », article paru dans Le Veilleur, quotidien régional, 3 mars 2026.

Document fictif créé pour l’exercice.

Elle a fait le tour des réseaux en quarante-huit heures. Une photographie montrait une abbaye gothique à moitié immergée dans un lac de la Somme, ses arcades se reflétant dans une eau couleur d’argent. Légende : « Trésor oublié de Picardie, à découvrir avant qu’il ne disparaisse. » Plus de 40 000 partages, des milliers de commentaires. Certains internautes y voyaient la preuve du réchauffement climatique ; d’autres accusaient la région d’avoir laissé un monument à l’abandon ; un compte spécialisé a même publié une longue « histoire » de l’abbaye, avec des dates et des noms de moines.

Samedi, une dizaine de voitures se sont garées au bord de l’étang communal, à la recherche du site. Le maire, amusé puis agacé, a dû afficher un avis à l’entrée du chemin : « Il n’y a pas d’abbaye ici. »

Notre rédaction a fait ce que personne n’avait fait : nous avons interrogé la mairie, le service régional de l’archéologie et un spécialiste de l’image. Aucune abbaye n’est connue à cet endroit. L’image présente des indices typiques des images produites par une intelligence artificielle : une fenêtre qui se dédouble dans le reflet, des pierres dont le motif se répète à l’identique.

« Ce qui me frappe, ce n’est pas que l’image soit fausse, nous a confié une professeure de lettres de la région. C’est que tant de gens aient commenté, expliqué, accusé, avant de se demander si elle était vraie. »

Questions

  1. (3 points) Dans le document 1, quelle erreur de méthode Fontenelle reproche-t-il aux savants, et comment son récit la rend-il ridicule ?
  2. (3 points) Les documents 2 et 3 présentent tous deux une image qui trompe le regard. En quoi l’illusion produite par le tableau de Gijsbrechts diffère-t-elle de celle de la photographie décrite dans le document 3 ?
  3. (4 points) En vous appuyant sur les trois documents, montrez en quoi ils invitent à « faire preuve de discernement » face à ce que nous voyons et lisons.
Voir le corrigé détaillé

Démarche. Lis d’abord les trois questions, puis les documents en les annotant : pour le document 1, les procédés d’ironie ; pour le document 2, ce que voit le spectateur et ce qu’il comprend ensuite ; pour le document 3, qui a cru, pourquoi, et qui a vérifié. Prépare au brouillon un tableau de confrontation (méthode complète au chapitre 04). Temps conseillé, d’après le barème : environ 15 minutes pour chacune des questions 1 et 2, 20 minutes pour la question 3, après 35 minutes de lecture.

Tableau de confrontation (brouillon)
Doc. 1 Fontenelle (1687) Doc. 2 Gijsbrechts (1668-1672) Doc. 3 article (2026)
Ce qui trompe une dent recouverte d’or une peinture de l’envers d’un tableau une image générée présentée comme une photo
Qui est trompé des savants le spectateur, un instant des milliers d’internautes, des visiteurs
Intention ruse humaine (inconnue) jeu artistique, assumé inconnue ; légende trompeuse
Qui vérifie un orfèvre le spectateur lui-même, en regardant mieux des journalistes, un spécialiste de l’image
Leçon vérifier avant d’expliquer l’illusion peut être un plaisir et faire réfléchir commenter avant de vérifier : l’erreur de Fontenelle se répète

Question 1 — Réponse rédigée modèle (3 points)

Fontenelle reproche aux savants une erreur de méthode : ils cherchent la cause d’un fait avant de s’être assurés que ce fait est vrai. Il formule lui-même la règle inverse au début de l’extrait : « Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. » Ceux qui « courent naturellement à la cause » s’exposent au « ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point ».

Son récit rend cette erreur ridicule par plusieurs procédés. D’abord, il accumule les savants aux noms latinisés (Horstius, Rullandus, Ingolsteterus, Libavius) et les publications qui se répondent, ce qui donne à la querelle une ampleur disproportionnée pour une simple dent. Ensuite, il use de l’ironie : l’exclamation « Figurez-vous quelle consolation » souligne l’absurdité de l’explication religieuse, et les éloges (« une belle et docte réplique », « un autre grand homme ») sont des antiphrases. Enfin, la chute renverse tout : il ne manquait à ces ouvrages « sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or ». Un simple orfèvre, par un examen, défait des années de savoir livresque. La dernière phrase, « on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre », résume l’erreur en inversant l’ordre logique : la vérification aurait dû venir en premier.

Question 2 — Réponse rédigée modèle (3 points)

Les deux images ont un point commun : elles imitent la réalité avec assez de précision pour tromper le regard. Le spectateur de Gijsbrechts croit voir un tableau retourné, avec son châssis, ses clous et son petit papier numéroté ; l’internaute croit voir une vraie abbaye à demi immergée.

Mais l’illusion n’a ni le même cadre, ni la même intention, ni les mêmes effets. Le trompe-l’œil de Gijsbrechts est une œuvre d’art assumée, peinte pour le roi de Danemark et exposée aujourd’hui dans un musée : la tromperie dure un instant, puis le spectateur comprend et admire l’habileté du peintre. L’illusion devient un plaisir et même une réflexion sur la peinture, puisque le tableau montre l’envers de ce qu’on attend d’un tableau. La photographie du document 3, au contraire, est présentée comme un document réel : sa légende (« Trésor oublié de Picardie ») fait croire que l’abbaye existe. Personne ne sait qui l’a produite ni pourquoi, et la tromperie a des conséquences réelles : accusations, fausse « histoire » inventée, visiteurs qui se déplacent pour rien.

La différence ne tient donc pas à l’image elle-même, mais au contrat passé avec celui qui regarde. Une image générée présentée comme une création artistique ne tromperait personne ; un trompe-l’œil présenté comme un vrai tableau retourné serait une mystification.

Question 3 — Réponse rédigée modèle (4 points)

Faire preuve de discernement, c’est savoir distinguer : le vrai du faux, mais aussi les situations où l’illusion est un danger et celles où elle est un jeu. Les trois documents y invitent de façon complémentaire.

D’abord, les documents 1 et 3 montrent qu’il faut vérifier avant d’expliquer ou de commenter. À plus de quatre siècles d’écart, l’erreur est la même : les savants de 1593 écrivent des livres sur une dent qu’ils n’ont pas examinée, les internautes de 2026 commentent, expliquent et accusent à partir d’une image qu’ils n’ont pas vérifiée. La professeure citée dans l’article le dit presque dans les mots de Fontenelle : le problème n’est pas que l’image soit fausse, c’est que tant de gens l’aient commentée « avant de se demander si elle était vraie ». Dans les deux cas, la vérité est rétablie par un examen concret : l’orfèvre d’un côté, les journalistes et le spécialiste de l’image de l’autre.

Ensuite, le discernement suppose d’apprendre à regarder. L’orfèvre voit la feuille d’or ; le spécialiste repère une fenêtre qui se dédouble et des pierres qui se répètent ; le visiteur de Copenhague qui s’approche découvre que les clous sont peints. Le faux laisse des indices, encore faut-il les chercher.

Enfin, le document 2 nuance cette leçon : le discernement n’est pas le refus de toute illusion. Le trompe-l’œil de Gijsbrechts trompe volontairement, mais pour le plaisir et pour faire réfléchir à ce qu’est une peinture. Être averti ne gâche pas ce plaisir ; au contraire, c’est en sachant que l’on est devant une œuvre que l’on peut l’apprécier.

À mon sens, ces documents montrent que le discernement est moins une méfiance générale qu’une attention au cadre : qui me montre cette image, dans quel but, et quelles preuves m’en donne-t-il ? On peut alors goûter l’illusion de l’art sans se laisser prendre à celle de la désinformation.

À retenir

Barème indicatif

  • Question 1 (3 points) : erreur de méthode identifiée et appuyée sur une citation (1 pt) ; deux procédés de moquerie expliqués (1,5 pt) ; expression (0,5 pt).
  • Question 2 (3 points) : point commun (0,5 pt) ; différences de cadre, d’intention et d’effets, appuyées sur les deux documents (2 pts) ; nuance finale (0,5 pt).
  • Question 3 (4 points) : définition du discernement (0,5 pt) ; mobilisation des trois documents, avec des références précises (2 pts) ; organisation en étapes et confrontation (1 pt) ; avis personnel nuancé (0,5 pt).
Piège

Les pièges de ce sujet

  • Oublier le document 2 dans la question 3, ou le traiter comme un simple exemple de plus de tromperie : il apporte justement la nuance (l’illusion peut être légitime).
  • Résumer les documents l’un après l’autre au lieu de les confronter : dans les questions 2 et 3, chaque paragraphe doit faire dialoguer au moins deux documents.
  • Faire de l’IA la seule coupable : l’article montre que le faux prospère parce que des gens le relaient sans vérifier, comme les savants de Fontenelle.

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