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CEJM · chapitre 1 Chapitre offert

L'entreprise et le marché

Ce que tu sauras faire : Identifier les agents économiques avec lesquels une entreprise est en relation, présenter le fonctionnement du marché sur lequel elle intervient, repérer ses externalités et expliquer comment banques et marché financier la financent.

1 h 40 de cours 10 exercices corrigés 10 questions de quiz
FUTUR BTS

Cherche d’abord au brouillon, puis ouvre le corrigé. Les exercices vont du plus simple au plus exigeant : les points indiquent leur difficulté. Compare ta démarche, pas seulement ton résultat.

Exercice 1

Qui est qui ?

Application

Studio Narval est une agence de communication de 12 salariés installée à Bordeaux. Voici dix situations de sa vie courante.

  1. Studio Narval verse chaque mois leur salaire à ses graphistes.

  2. Une mutuelle santé lui commande une campagne d’affichage.

  3. Elle paie la TVA collectée sur ses factures à l’administration fiscale.

  4. Sa banque lui accorde un prêt de 40 000 € pour renouveler ses ordinateurs.

  5. Elle achète des licences de logiciels de création à un éditeur américain.

  6. La région Nouvelle-Aquitaine lui confie, après un appel d’offres, la campagne de promotion d’un festival.

  7. Une association de protection des océans lui demande une affiche gratuite, que l’agence réalise bénévolement.

  8. Elle verse des cotisations sociales à l’Urssaf.

  9. Une famille lui commande un faire-part de mariage personnalisé.

  10. Les deux associées de l’agence perçoivent des dividendes.

Pour chaque situation, indique la catégorie d’agent en relation avec Studio Narval (ménage, entreprise, banque ou société financière, administration publique, association, reste du monde) et son rôle dans la relation (client, fournisseur, prêteur, salarié, collecteur de prélèvements…). Présente ta réponse dans un tableau.

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Démarche. Pour chaque situation, demande-toi : qui paie, qui reçoit, et en échange de quoi ? La catégorie dit qui est l’agent ; le rôle dit ce qu’il fait dans la relation avec Studio Narval.

Situation Agent Catégorie Rôle dans la relation
a) les graphistes ménages salariés : ils fournissent leur travail contre un salaire
b) la mutuelle santé société financière (assurance) cliente : elle achète une prestation
c) l’administration fiscale administration publique collecteur de prélèvements (TVA)
d) la banque banque prêteur : elle finance l’investissement
e) l’éditeur américain reste du monde (entreprise non résidente) fournisseur
f) la région administration publique (collectivité territoriale) cliente, après un marché public (relation B to G)
g) l’association association bénéficiaire d’un service gratuit (non marchand)
h) l’Urssaf administration publique (Sécurité sociale) collecteur de cotisations sociales
i) la famille ménage cliente (relation B to C)
j) les deux associées ménages apporteuses de capitaux, rémunérées par des dividendes
Piège

Les pièges de l'exercice

  • b) Une mutuelle n’est ni un ménage ni l’État : c’est une société financière (assurance). Ici, elle n’intervient pas pour financer l’agence mais comme cliente : c’est le rôle qui compte.
  • e) Un fournisseur étranger est classé dans le reste du monde, même s’il s’agit d’une entreprise.
  • g) L’affiche est réalisée gratuitement : il n’y a aucun flux monétaire en contrepartie. Studio Narval fournit ici un service non marchand.
Exercice 2

Flux réels, flux monétaires et transferts

Application

Maraîchers du Val, une société qui produit des légumes bio près de Tours, enregistre les opérations suivantes en mars 2026.

  1. Elle livre 300 paniers de légumes à une enseigne de supermarché.

  2. L’enseigne lui verse 4 500 € pour ces paniers.

  3. Ses six salariés travaillent tout le mois dans les serres.

  4. Elle verse les salaires du mois.

  5. Elle reçoit une subvention de la région pour installer un récupérateur d’eau de pluie.

  6. Elle paie la taxe foncière de ses terrains.

  7. Elle achète des semences à un fournisseur néerlandais et le paie par virement.

  1. Pour chaque opération, indique s’il s’agit d’un flux réel, d’un flux monétaire en contrepartie d’un flux réel ou d’un transfert (flux monétaire sans contrepartie directe). Une opération peut en comporter deux : précise-le.
  2. Qui produit, dans cet exercice, une production non marchande dont Maraîchers du Val profite ? Donne un exemple.
  3. Classe chaque partenaire de l’entreprise dans une relation d’échange : B to B, B to C, B to G, achat auprès du reste du monde, emploi, prélèvements et aides.
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1. Nature des flux

Opération Nature Explication
a) livraison de 300 paniers flux réel un bien va de l’entreprise vers l’enseigne
b) versement de 4 500 € flux monétaire en contrepartie de a) paiement des paniers
c) travail des salariés flux réel le travail va des ménages vers l’entreprise
d) versement des salaires flux monétaire en contrepartie de c) rémunération du travail
e) subvention de la région transfert flux monétaire sans bien ni service fourni en échange
f) taxe foncière transfert prélèvement obligatoire sans contrepartie directe
g) achat de semences payé par virement flux réel (semences) et flux monétaire (virement) en sens inverse échange marchand avec le reste du monde

2. Production non marchande. Les administrations publiques (État, région, commune) fournissent des services non marchands dont l’entreprise profite : routes pour livrer l’enseigne, formation des salariés dans les écoles publiques, sécurité, conseils gratuits d’une chambre d’agriculture financée en partie par des fonds publics. Un exemple bien justifié suffit.

3. Relations d’échange

Partenaire Relation
l’enseigne de supermarché B to B (vente à une entreprise)
les salariés emploi
la région aides (subvention)
l’administration fiscale (taxe foncière) prélèvements
le fournisseur néerlandais achat auprès du reste du monde (importation)

Il n’y a dans l’énoncé ni vente à des particuliers (B to C) ni vente à une administration (B to G) : la subvention n’est pas une vente.

Piège

La subvention de la région (e) n’est pas une relation B to G : l’entreprise ne vend rien à la région. C’est un transfert de l’administration vers l’entreprise.

Exercice 3

Le marché des cours particuliers

Calcul et analyse

Dans une ville universitaire, des étudiants donnent des cours particuliers de mathématiques à des lycéens. Une étude de la mairie a estimé, pour une semaine de période scolaire, les heures de cours demandées par les familles et proposées par les étudiants selon le prix de l’heure.

Prix de l’heure Heures demandées Heures offertes
15 € 1 400 300
20 € 1 100 600
25 € 800 800
30 € 600 1 000
35 € 400 1 200
  1. Explique pourquoi la demande diminue et l’offre augmente quand le prix monte.
  2. Détermine le prix et la quantité d’équilibre. Calcule la dépense totale des familles à l’équilibre.
  3. Une plateforme fixe un tarif unique de 20 € de l’heure. Quelle situation observe-t-on ? Chiffre-la. Combien d’heures sont réellement données ?
  4. Un nouveau dispositif d’aide aux familles fait augmenter de 20 % la quantité demandée à chaque prix. Calcule la nouvelle demande. Entre quels prix se situe le nouvel équilibre ? Dans quel sens évoluent le prix et la quantité échangée ? Justifie.
  5. Explique, à l’aide de cet exemple, en quoi le prix joue un rôle de signal.
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1. Sens de l’offre et de la demande.

  • Demande : quand le prix de l’heure monte, certaines familles renoncent (budget limité), réduisent le nombre d’heures ou se tournent vers des solutions de remplacement (aide aux devoirs gratuite, application de soutien). La quantité demandée baisse.
  • Offre : quand le prix monte, donner des cours devient plus intéressant que d’autres emplois étudiants ; des étudiants qui ne donnaient pas de cours s’y mettent, les autres acceptent plus d’heures. La quantité offerte augmente.

2. Équilibre.

Données : tableau de l’énoncé. Règle : l’équilibre est atteint quand quantité offerte = quantité demandée.

Résultat : à 25 €, 800 heures demandées = 800 heures offertes. Le prix d’équilibre est 25 € de l’heure et la quantité d’équilibre 800 heures par semaine.

Dépense des familles = prix × quantité = 25 × 800 = 20 000 € par semaine.

3. Tarif fixé à 20 €.

À 20 €, la demande est de 1 100 heures, l’offre de 600 heures. Il y a un excès de demande (une pénurie) de 1 100 − 600 = 500 heures. On ne peut pas donner plus d’heures que les étudiants n’en proposent : 600 heures sont réellement données. 500 heures demandées restent sans professeur : des familles attendent, cherchent ailleurs ou proposent de payer plus en dehors de la plateforme.

4. Hausse de 20 % de la demande.

Calcul : nouvelle demande = ancienne demande × 1,2.

Prix Nouvelle demande Offre Offre − demande
15 € 1 680 300 − 1 380
20 € 1 320 600 − 720
25 € 960 800 − 160
30 € 720 1 000 + 280
35 € 480 1 200 + 720

Raisonnement : à 25 €, la demande (960) dépasse désormais l’offre (800) : excès de demande de 160 heures, le prix va monter. À 30 €, l’offre (1 000) dépasse la demande (720) : excès d’offre. Le nouvel équilibre se situe donc entre 25 € et 30 €.

Sens de l’évolution : le prix d’équilibre augmente, et la quantité échangée aussi : elle dépasse 800 heures, puisque la hausse du prix incite les étudiants à offrir plus d’heures (entre 800 et 1 000 heures à ces prix). C’est le cas d’une hausse de la demande : prix ↑ et quantité ↑.

Pour aller plus loin (facultatif) : si l’on suppose que l’offre et la demande évoluent de façon régulière (linéaire) entre 25 € et 30 €, le nouvel équilibre est d’environ 26,82 € pour 873 heures. Cette précision repose sur une hypothèse ; l’intervalle suffit à l’épreuve.

5. Le prix comme signal. La hausse du prix de 25 € vers 26 € ou 27 € informe les étudiants que les cours sont plus demandés : elle les incite à proposer davantage d’heures. Elle indique aussi aux familles que le service est devenu plus rare. Sans que personne n’organise le marché, le prix transmet l’information et ajuste les comportements.

Piège

L’aide aux familles ne déplace pas le marché « le long » de la courbe de demande : elle déplace toute la courbe vers la droite, puisqu’à chaque prix les familles demandent plus d’heures. C’est la variation du prix qui, ensuite, fait glisser le long de la courbe d’offre.

Exercice 4

Structures de marché et relations entre entreprises

Application

Partie A. Pour chaque situation, indique la structure de marché (concurrence, concurrence monopolistique, oligopole, monopole, oligopsone, monopsone) et justifie en une phrase.

  1. Dans une vallée de montagne isolée, une seule entreprise exploite le téléphérique qui mène à la station.
  2. Dans une grande ville, 140 restaurants proposent chacun leur cuisine, leur décor et leur ambiance.
  3. Trois compagnies se partagent l’essentiel du transport maritime de conteneurs entre deux ports.
  4. Des milliers d’éleveurs laitiers d’une région vendent leur lait à quatre grandes laiteries.
  5. Sur un marché de gros, des centaines de producteurs vendent des pommes de qualité standard à des centaines de détaillants.

Partie B. Pour chaque situation, identifie la forme de relation entre entreprises (concurrence directe, concurrence indirecte, sous-traitance, partenariat, groupement d’achats, coopétition) et justifie.

  1. Un cabinet d’expertise comptable confie la saisie de ses factures à un prestataire spécialisé qui travaille selon ses consignes.
  2. Une compagnie de train à grande vitesse et une compagnie aérienne proposent toutes deux le trajet Paris-Marseille.
  3. Deux libraires indépendants concurrents d’une même ville achètent ensemble leurs fournitures scolaires pour obtenir de meilleurs prix.
  4. Deux fabricants concurrents de matériel médical créent ensemble un laboratoire de recherche commun, tout en continuant à se disputer les mêmes hôpitaux.
  5. Deux agences immobilières de la même rue vendent des appartements dans le même quartier.
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Partie A

Situation Structure Justification
1. téléphérique de la vallée monopole un seul offreur pour de nombreux clients, sans moyen équivalent d’accéder à la station
2. 140 restaurants concurrence monopolistique de nombreux offreurs, chacun avec un produit différencié (cuisine, décor, ambiance)
3. trois compagnies maritimes oligopole quelques offreurs face à de nombreux chargeurs
4. éleveurs face à quatre laiteries oligopsone de nombreux vendeurs face à quelques acheteurs, qui pèsent sur le prix du lait
5. marché de gros des pommes concurrence (proche du modèle de concurrence pure et parfaite) nombreux vendeurs et acheteurs, produit standard, prix connu

Partie B

Situation Relation Justification
6. saisie confiée à un prestataire sous-traitance le cabinet (donneur d’ordre) fait réaliser une partie de son activité par une autre entreprise, selon ses consignes
7. train et avion Paris-Marseille concurrence indirecte deux produits différents répondent au même besoin (se déplacer entre deux villes)
8. achats communs de deux libraires groupement d’achats (une forme de coopétition) deux concurrents achètent ensemble pour obtenir de meilleures conditions, tout en restant concurrents à la vente
9. laboratoire commun coopétition (alliance de recherche) des concurrents coopèrent sur la recherche et restent concurrents sur le marché
10. deux agences immobilières concurrence directe même service, même clientèle, même quartier
Astuce

Pour la situation 8, « groupement d’achats » et « coopétition » sont tous deux acceptés si la réponse est justifiée : le groupement d’achats entre concurrents est justement un exemple de coopétition.

Exercice 5

Entrer sur un marché protégé

Analyse

Document — Le projet de Malik

Malik, 26 ans, titulaire d’un BTS, veut lancer Ondea, une marque de boissons gazeuses peu sucrées vendue en grande surface. Il a établi la liste de ses difficultés.

  • « Les trois premières marques de sodas occupent presque tout le rayon. Les distributeurs me demandent de payer pour obtenir de la place en tête de gondole, et ils veulent des volumes que je ne peux pas encore garantir. »
  • « Une ligne d’embouteillage coûte plusieurs centaines de milliers d’euros. Je vais devoir faire fabriquer par une usine sous-traitante, plus chère à l’unité que les grands groupes, qui produisent des millions de bouteilles. »
  • « Pour être vendue, la boisson doit respecter la réglementation sur l’étiquetage et la sécurité des aliments. »
  • « Les consommateurs connaissent les grandes marques depuis l’enfance. Il me faudrait un budget de publicité énorme. »
  • « Une grande marque a lancé, le mois où j’ai présenté mon projet, une boisson très proche à prix promotionnel. »
  1. Définis la notion de barrière à l’entrée.
  2. Identifie et classe (économique, juridique ou réglementaire, commerciale ou stratégique) les barrières à l’entrée que rencontre Malik.
  3. Montre que certaines de ces barrières reposent sur les économies d’échelle des entreprises en place.
  4. Les barrières à l’entrée sont-elles toujours défavorables aux consommateurs ? Argumente en t’appuyant sur deux exemples différents.
  5. Propose à Malik deux pistes pour contourner une partie de ces barrières. Justifie.
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1. Définition. Une barrière à l’entrée est un obstacle qui rend difficile, coûteuse ou impossible l’arrivée d’une nouvelle entreprise sur un marché ; elle protège les entreprises déjà installées.

2. Barrières rencontrées par Malik

Indice du document Barrière Type
rayons occupés, paiement pour la tête de gondole, volumes exigés accès à la distribution économique (et commerciale)
ligne d’embouteillage très coûteuse montant des investissements de départ économique
coût unitaire plus élevé que celui des grands groupes économies d’échelle des entreprises en place économique
réglementation sur l’étiquetage et la sécurité des aliments normes et réglementation juridique ou réglementaire
marques connues depuis l’enfance, budget de publicité énorme notoriété et fidélité à la marque commerciale
boisson concurrente lancée à prix promotionnel comportement des entreprises en place (riposte) stratégique

3. Les économies d’échelle. Les grands groupes produisent des millions de bouteilles : leurs coûts fixes (lignes d’embouteillage, publicité, recherche) sont répartis sur un très grand nombre d’unités, ce qui abaisse leur coût unitaire. Malik, qui produira peu, supportera un coût unitaire plus élevé (il paie même une marge au sous-traitant). Pour vendre au même prix que les grandes marques, il devrait accepter une marge très faible, voire vendre à perte : la taille des entreprises en place est donc une barrière.

4. Les barrières sont-elles toujours défavorables aux consommateurs ?

  • Non, certaines les protègent. La réglementation sur l’étiquetage et la sécurité des aliments empêche des produits dangereux ou trompeurs d’arriver dans les rayons : elle protège la santé et l’information du consommateur. De même, un brevet récompense l’entreprise qui a innové et l’encourage à continuer, ce qui profite à terme aux clients.
  • Mais d’autres réduisent la concurrence. L’occupation des rayons ou la riposte par des prix promotionnels ciblés empêchent de nouvelles marques d’arriver : les consommateurs ont moins de choix et les entreprises en place peuvent maintenir des prix plus élevés.

Conclusion : une barrière est favorable au consommateur quand elle garantit la sécurité ou récompense l’innovation, défavorable quand elle sert surtout à protéger les positions acquises.

5. Deux pistes pour Malik (exemples ; d’autres réponses justifiées sont acceptées)

  • Contourner l’accès à la grande surface : commencer par la vente en ligne, les épiceries fines, les cafés et restaurants ou les magasins bio, où les grandes marques sont moins présentes et où la différence (peu de sucre) est valorisée.
  • Se différencier plutôt que lutter sur le prix : concurrence hors prix (recette, origine locale, emballage recyclable) qui justifie un prix plus élevé et compense le coût unitaire.
  • Coopérer : partager une ligne d’embouteillage avec d’autres petites marques ou rejoindre un groupement de producteurs régionaux pour peser face aux distributeurs.
Exercice 6

Information cachée

Analyse
  1. Pour chacune des situations suivantes, indique s’il s’agit de sélection adverse ou d’aléa moral. Justifie, puis propose un moyen de réduire le problème.
  1. Une société de location de voitures constate que ses clients roulent plus vite et freinent plus brutalement avec ses véhicules qu’avec leur propre voiture.

  2. Un recruteur ne sait pas, au moment de l’entretien, si le candidat est vraiment aussi compétent que l’indique son CV.

  3. Une compagnie d’assurance proposant une seule formule au même prix pour tous constate que ce sont surtout les conducteurs les plus risqués qui la souscrivent.

  4. Un acheteur ne sait pas si l’ordinateur portable d’occasion qu’il voit sur une plateforme entre particuliers a déjà subi une chute.

  5. Un salarié payé au forfait, sans aucun contrôle de ses résultats, ralentit son rythme de travail.

  1. Situation. Nadia achète à un garage, le 3 février 2026, une camionnette d’occasion pour son entreprise de traiteur. Le garagiste savait que le véhicule avait été accidenté et que son châssis avait été redressé ; il ne l’a pas dit. Le contrat de vente comporte la clause : « L’acheteur renonce à toute réclamation relative à l’information sur l’état du véhicule. » Nadia découvre l’accident deux mois plus tard.
  1. Montre qu’il y a eu asymétrie d’information au moment de la vente.

  2. À l’aide de l’article 1112-1 du Code civil présenté dans le cours, indique si le garagiste avait une obligation d’informer Nadia et si la clause du contrat peut lui être opposée.

  3. Quelles conséquences juridiques Nadia peut-elle envisager ?

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1. Sélection adverse ou aléa moral ?

Situation Forme Justification Moyen de réduire le problème
a) clients qui conduisent brutalement aléa moral le comportement change après la signature du contrat de location, une fois le client couvert franchise à la charge du client en cas de dommage, contrôle du véhicule au retour, caution
b) compétences réelles du candidat sélection adverse la qualité du candidat est cachée avant le contrat de travail tests, mise en situation, période d’essai, références, diplômes
c) assurés les plus risqués sélection adverse le niveau de risque de chaque client est une caractéristique cachée avant la signature questionnaire, tarifs différents selon le profil, bonus-malus
d) ordinateur peut-être tombé sélection adverse la qualité du bien est connue du seul vendeur avant la vente achat à un professionnel avec garantie, produit reconditionné et certifié, avis sur le vendeur
e) salarié qui ralentit aléa moral l’effort du salarié, non observé, baisse après la signature objectifs mesurés, part de rémunération liée aux résultats, suivi par le manager

2. Le cas de Nadia

a) Asymétrie d’information. Au moment de la vente, le garagiste savait que la camionnette avait été accidentée et que son châssis avait été redressé ; Nadia l’ignorait et ne pouvait pas facilement le constater. Une partie disposait d’une information sur la qualité du bien que l’autre n’avait pas : c’est une asymétrie d’information, de type sélection adverse (caractéristique cachée avant le contrat).

b) L’obligation d’informer.

  • Règle : selon l’article 1112-1 du Code civil, la partie qui connaît une information dont l’importance est déterminante pour le consentement de l’autre doit l’en informer, si l’autre l’ignore légitimement ou lui fait confiance. Ont une importance déterminante les informations qui ont un lien direct et nécessaire avec le contenu du contrat. Les parties ne peuvent ni limiter ni exclure ce devoir.
  • Application : l’accident et le redressement du châssis touchent directement l’état et la sécurité du véhicule vendu : c’est une information déterminante, en lien direct avec le contenu du contrat. Nadia l’ignorait légitimement, puisque les réparations n’étaient pas visibles et qu’elle achetait à un professionnel.
  • Solution : le garagiste devait l’informer. La clause par laquelle Nadia « renonce à toute réclamation relative à l’information » cherche à exclure le devoir d’information : l’article 1112-1 l’interdit ; elle ne peut donc pas être opposée à Nadia.

c) Conséquences. Selon le même article, le manquement au devoir d’information peut engager la responsabilité du garagiste (Nadia peut demander des dommages et intérêts) et peut entraîner l’annulation du contrat dans les conditions prévues aux articles 1130 et suivants du Code civil (vices du consentement). Ces conditions sont étudiées au chapitre 2.

Piège

L’article 1112-1 ne porte pas sur l’estimation de la valeur de la prestation : si Nadia avait seulement payé la camionnette plus cher que sa cote, sans information cachée sur son état, elle ne pourrait pas reprocher au garagiste de ne pas l’avoir prévenue que le prix était élevé.

Exercice 7

Les externalités d’une brasserie

Analyse

Document — La Brasserie du Pertuis

La Brasserie du Pertuis, à La Rochelle, produit 4 000 hectolitres de bière par an et emploie 18 salariés. Son activité a plusieurs effets sur son environnement.

  • Les drêches (résidus de céréales après brassage) sont données gratuitement à un éleveur voisin, qui en nourrit ses vaches ; il économise ainsi sur ses achats d’aliments.
  • Les riverains se plaignent de l’odeur de la cuisson du moût, certains jours, et des camions de livraison tôt le matin.
  • L’entreprise a formé trois brasseurs ; deux d’entre eux ont été embauchés l’an dernier par une brasserie concurrente qui venait d’ouvrir.
  • La ville a rénové le quartier du port : la fréquentation touristique a augmenté et la boutique de la brasserie vend 30 % de plus que l’an passé.
  • Un chantier de travaux publics bloque depuis trois mois l’accès principal à la brasserie, ce qui retarde les livraisons et fait fuir des clients de la boutique. Le maître d’ouvrage n’a proposé aucune indemnisation.
  1. Définis la notion d’externalité.
  2. Pour chaque élément du document, indique s’il s’agit d’une externalité, puis précise si elle est positive ou négative, produite ou subie par la brasserie. Présente ta réponse dans un tableau.
  3. L’éleveur voisin propose désormais de payer les drêches 20 € la tonne. S’agira-t-il encore d’une externalité ? Justifie.
  4. Explique pourquoi l’externalité négative produite par la brasserie constitue une défaillance du marché.
  5. Présente deux outils dont disposent les pouvoirs publics pour corriger ce type d’externalité négative, et explique le principe juridique qui fonde leur intervention.
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1. Définition. Il y a externalité quand l’activité d’un agent a un effet, favorable ou défavorable, sur un autre agent, sans que cet effet passe par le marché, c’est-à-dire sans paiement ni compensation.

2. Analyse du document

Élément Externalité ? Positive ou négative Produite ou subie par la brasserie
drêches données à l’éleveur oui : l’éleveur gagne sans payer positive produite
odeurs et camions pour les riverains oui : gêne sans indemnisation négative produite
brasseurs formés recrutés par un concurrent oui : le concurrent profite d’une formation qu’il n’a pas payée positive (pour le concurrent) produite
rénovation du port, ventes en hausse oui : la brasserie profite gratuitement de l’investissement de la ville positive subie
chantier qui bloque l’accès oui : coût subi sans indemnisation négative subie

Le départ des brasseurs est une externalité positive pour le concurrent, mais c’est une perte pour la brasserie. Dans une copie, précise toujours pour qui l’effet est positif ou négatif.

3. Les drêches payées 20 € la tonne. Ce ne sera plus une externalité : l’effet passera désormais par le marché, avec un prix. Il s’agira d’un échange marchand ordinaire (un flux réel de drêches contre un flux monétaire).

4. Une défaillance du marché. Le prix de la bière ne tient pas compte de la gêne imposée aux riverains : la brasserie ne supporte pas ce coût. Son coût de production apparent est donc inférieur au coût réel pour la société ; elle n’est pas incitée à réduire les odeurs ou à décaler ses livraisons. Le marché, laissé à lui-même, ne conduit pas à la meilleure situation pour l’ensemble des agents : c’est une défaillance du marché.

5. Corriger l’externalité négative

  • Réglementation : imposer des normes (filtres pour les odeurs, horaires de livraison), sous peine de sanction.
  • Taxe : faire payer à l’entreprise un montant lié à la nuisance, pour qu’elle l’intègre dans ses calculs (internalisation).
  • On peut aussi citer les quotas échangeables pour les grandes installations polluantes.

Principe juridique : l’article L110-1 du Code de l’environnement énonce le principe pollueur-payeur : les frais de prévention, de réduction et de lutte contre la pollution doivent être supportés par le pollueur, et non par la collectivité.

Exercice 8

Banque ou marché financier ?

Calcul et analyse

Annexe 1 — Le financement des sociétés non financières (Banque de France, juin 2026)

Source Encours fin juin 2026 (milliards d’euros) Flux nets sur 12 mois (milliards d’euros)
Crédits bancaires 1 434,1 52,1
Financement de marché (titres de dette) 758,6 35,0

Taux d’intérêt moyen des nouveaux financements en juin 2026 : 3,64 %.

Source : Banque de France, « Financement des entreprises — juin 2026 », 10 août 2026.

Annexe 2 — Deux entreprises, deux besoins

  • Ateliers Brivel (PME, 48 salariés, non cotée) veut financer une nouvelle ligne d’assemblage de 1,2 M€. Sa banque lui propose un prêt sur 7 ans au taux de 3,9 %.
  • Transalis (groupe de logistique coté en Bourse, 12 000 salariés) veut financer 300 M€ d’entrepôts automatisés. Son directeur financier hésite entre un emprunt bancaire et une émission d’obligations.
  1. Calcule le total des financements des sociétés non financières et la part du crédit bancaire, à l’encours et dans les flux nets des 12 derniers mois. Arrondis à 0,1 %. Interprète.
  2. Calcule le montant des intérêts que Brivel paierait la première année si elle empruntait 1,2 M€ à 3,9 %, en supposant que le capital n’est pas encore remboursé pendant cette première année. Compare avec le coût au taux moyen de l’annexe 1. Pourquoi une PME peut-elle payer un taux supérieur à la moyenne ?
  3. Explique pourquoi Brivel ne peut pas, en pratique, se financer par une émission d’obligations, alors que Transalis le peut.
  4. Distingue le rôle du marché primaire et celui du marché secondaire pour Transalis.
  5. Explique le mécanisme par lequel le prêt accordé à Brivel crée de la monnaie.
Voir le corrigé détaillé

1. Part du crédit bancaire

Données : crédits 1 434,1 Md€ ; marché 758,6 Md€ ; flux nets 52,1 et 35,0 Md€.

Calculs :

  • Total des encours = 1 434,1 + 758,6 = 2 192,7 Md€.
  • Part du crédit dans l’encours = 1 434,1 ÷ 2 192,7 × 100 = 65,4 % (marché : 34,6 %).
  • Total des flux nets = 52,1 + 35,0 = 87,1 Md€.
  • Part du crédit dans les flux nets = 52,1 ÷ 87,1 × 100 = 59,8 % (marché : 40,2 %).

Interprétation : le crédit bancaire reste la première source d’endettement des entreprises françaises, environ deux tiers de l’encours. Sur les 12 derniers mois, le marché pèse un peu plus dans les nouveaux financements (40,2 %) que dans l’encours (34,6 %) : le financement de marché progresse proportionnellement plus vite.

2. Coût des intérêts pour Brivel

  • Au taux proposé : 1 200 000 × 3,9 % = 46 800 €.
  • Au taux moyen de l’annexe 1 : 1 200 000 × 3,64 % = 43 680 €.
  • Écart : 46 800 − 43 680 = 3 120 € la première année.

Une PME peut payer un taux plus élevé que la moyenne parce que la banque juge son risque plus important (entreprise plus petite, moins diversifiée, moins de garanties) et parce que les grandes entreprises, qui ont aussi accès au marché, sont en position de négocier. Le taux d’intérêt rémunère le risque pris par le prêteur.

Hypothèse de l’énoncé : le capital n’est pas remboursé pendant la première année. Avec un prêt remboursé chaque mois, les intérêts de la première année seraient un peu inférieurs.

3. Pourquoi Brivel ne peut pas émettre d’obligations. Une émission d’obligations suppose de trouver de nombreux investisseurs prêts à prêter à l’entreprise. Ils n’achètent que les titres d’entreprises connues, de grande taille, qui publient une information financière abondante et dont le titre pourra être revendu facilement. Les frais d’une émission (banques conseils, documentation, éventuelle notation) sont importants : ils ne sont rentables que pour de gros montants. Brivel, PME non cotée, qui cherche 1,2 M€, n’a ni la taille ni la notoriété nécessaires ; le crédit bancaire, où la banque analyse elle-même le dossier, lui est adapté. Transalis, groupe coté de 12 000 salariés qui cherche 300 M€, remplit ces conditions.

4. Marchés primaire et secondaire pour Transalis

  • Sur le marché primaire, Transalis émet de nouvelles obligations : les investisseurs les achètent et Transalis reçoit les 300 M€. C’est là qu’elle se finance.
  • Sur le marché secondaire, les investisseurs se revendent ensuite ces obligations : Transalis ne reçoit rien, mais ce marché rend les titres liquides. Parce qu’ils savent pouvoir revendre, les investisseurs acceptent plus facilement d’acheter des titres neufs : le marché secondaire facilite donc le financement sur le marché primaire.

5. Création monétaire. Quand la banque accorde le prêt de 1,2 M€ à Brivel, elle inscrit cette somme au crédit du compte de Brivel : un dépôt nouveau apparaît, qui n’existait pas auparavant. C’est de la monnaie créée par une écriture de la banque : « les crédits font les dépôts ». Lorsque Brivel remboursera le prêt, cette monnaie sera détruite. La création monétaire est encadrée par la Banque centrale européenne.

Exercice 9

Réponse argumentée : coopérer avec ses concurrents

Analyse

Annexe — Extrait d’une note interne d’un réseau d’opticiens indépendants

« Face aux grandes chaînes, nos 35 magasins indépendants de Bretagne ont créé en 2024 une centrale d’achat commune : nous négocions ensemble les montures et les verres, et nous avons obtenu des remises de 8 à 12 %. Nous partageons aussi un logiciel de rendez-vous et une campagne publicitaire régionale. Chaque magasin reste libre de ses prix. Lors de la dernière réunion, certains ont proposé d’aller plus loin : fixer ensemble un prix minimum pour les lunettes de vue, afin d’éviter “de se faire la guerre entre nous”. »

Question. En t’appuyant sur l’annexe et sur tes connaissances, montre que la coopération entre entreprises concurrentes peut être favorable à leur compétitivité, puis indique la limite que le droit fixe à cette coopération.

Rédige une réponse argumentée d’une page environ, en suivant la méthode du cours : définitions, arguments illustrés par l’annexe, limite, conclusion.

Voir le corrigé détaillé

Réponse rédigée (modèle)

Définitions. La concurrence est la situation dans laquelle plusieurs entreprises cherchent à attirer les mêmes clients. La coopération est une relation dans laquelle des entreprises mettent en commun des moyens, des compétences ou des informations tout en restant juridiquement indépendantes. Lorsque des concurrents coopèrent sur certains points, on parle de coopétition.

Argument 1 : coopérer permet d’obtenir de meilleures conditions d’achat. Face aux grandes chaînes, un opticien indépendant achète de petites quantités et négocie mal. En regroupant leurs achats dans une centrale commune, les 35 magasins de l’annexe pèsent davantage face aux fournisseurs de montures et de verres : ils ont obtenu des remises de 8 à 12 %. Leurs coûts baissent, ce qui améliore leur marge ou leur permet de proposer des prix plus compétitifs.

Argument 2 : coopérer permet de partager des coûts qu’une petite entreprise ne pourrait pas supporter seule. Le logiciel de rendez-vous commun et la campagne publicitaire régionale sont des dépenses lourdes pour un magasin isolé ; partagées entre 35 magasins, elles deviennent accessibles. Les indépendants peuvent ainsi offrir un service et une visibilité comparables à ceux des chaînes.

Argument 3 : la coopération n’empêche pas la concurrence. L’annexe précise que « chaque magasin reste libre de ses prix ». Les magasins continuent à se disputer les clients par leurs prix et leur conseil : les consommateurs gardent le choix. La coopération renforce leur compétitivité face aux chaînes sans supprimer la concurrence entre eux.

Limite fixée par le droit. La proposition de fixer ensemble un prix minimum pour les lunettes de vue dépasse la coopération autorisée. L’article L420-1 du Code de commerce interdit les ententes qui ont pour objet ou peuvent avoir pour effet de fausser la concurrence, notamment lorsqu’elles font obstacle à la fixation des prix par le libre jeu du marché en favorisant artificiellement leur hausse. Un prix minimum commun empêcherait les clients de profiter de la concurrence entre les magasins : ce serait une entente illicite, que l’Autorité de la concurrence peut sanctionner.

Conclusion. La coopération entre concurrents est favorable à leur compétitivité lorsqu’elle porte sur les achats, les outils ou la communication. Elle trouve sa limite dans le droit de la concurrence : les magasins peuvent acheter ensemble, mais pas s’entendre sur leurs prix de vente. Le réseau doit donc rejeter la proposition de prix minimum.

Astuce

Ce que vérifie le correcteur

Les trois définitions (concurrence, coopération, entente ou coopétition), au moins deux arguments illustrés par l’annexe, la limite juridique avec la référence au texte, une conclusion qui répond à la question. Une copie qui récite les formes de coopération sans parler des opticiens n’a pas répondu.

Exercice 10

Entraînement à l’épreuve de CEJM : Ateliers Brivel

Entraînement CEJM

Contexte. Ateliers Brivel SAS conçoit, assemble, vend et loue des vélos cargo à assistance électrique à Angers. En 2025, elle a vendu 1 750 vélos, réalisé 9,6 M€ de chiffre d’affaires HT et employé 48 salariés au 31 décembre. Ses clients sont des entreprises et des collectivités (60 % des ventes de vélos), des revendeurs vélocistes (25 %) et des particuliers via son site (15 %). Tu es en alternance auprès de Yacine Belkadi, directeur général, qui te demande de préparer une note pour le comité de direction d’octobre 2026.

Annexe 1 — Note interne : le marché du vélo cargo vu par Brivel (septembre 2026)

« Notre marché réunit trois familles de vendeurs. Les grands fabricants européens, présents dans les grandes chaînes de sport et chez les vélocistes, vendent leurs biporteurs professionnels entre 6 500 et 7 500 € HT. Des importateurs proposent depuis deux ans des modèles assemblés en Asie autour de 3 900 € HT, vendus surtout en ligne ; leurs batteries et leur service après-vente sont jugés fragiles par nos revendeurs. Enfin, quelques ateliers artisanaux français fabriquent de petites séries sur mesure. Notre biporteur Porteur est à 6 200 € HT. Côté clients, les collectivités achètent par appels d’offres, où le prix compte mais aussi la durée de garantie et le délai d’intervention ; les entreprises de livraison regardent surtout le coût total sur trois ans (achat, entretien, immobilisation en cas de panne). Notre brevet sur l’attelage rapide de la caisse est apprécié des artisans, qui changent de caisse selon leurs chantiers. »

Annexe 2 — Projet « Brivel Seconde Vie »

« Avec la SCOP angevine qui fabrique nos caisses, nous étudions la reprise de vélos cargo usagés, toutes marques, pour les reconditionner et les revendre. Aujourd’hui, les vélos cargo d’occasion se vendent surtout entre particuliers, sur des sites d’annonces. Nos revendeurs racontent que beaucoup d’acheteurs renoncent : ils ne savent pas si la batterie a été bien entretenue ni si le cadre a subi un choc, et ils craignent de payer cher un vélo qui tombera en panne. Résultat : les propriétaires de vélos en bon état ont du mal à en obtenir un prix correct. Nous pourrions proposer un diagnostic complet, le remplacement des pièces usées et une garantie. » — Claire Morvan, présidente, réunion du 15 septembre 2026

Annexe 3 — Courriel reçu par Yacine Belkadi (extrait)

« Bonjour Yacine, Notre groupement d’achats de batteries avec vous et l’atelier de Lyon fonctionne bien : nous avons obtenu 9 % de remise chez l’équipementier. Pour notre prochaine réunion, je propose d’ajouter un point : échanger nos grilles de prix de vente 2027 aux collectivités, pour éviter de nous concurrencer à perte sur les appels d’offres de l’Ouest. Qu’en penses-tu ? Bien à toi, Le directeur commercial d’un fabricant de vélos cargo de Rennes »

Annexe 4 — Brivel et son territoire

  • Les nouvelles pistes cyclables ouvertes ces dernières années dans l’agglomération ont rendu le vélo plus attractif ; deux entreprises de livraison locales ont depuis équipé leurs coursiers de vélos Brivel.
  • Une étude commandée par une association d’usagers indique que, dans le centre-ville, un vélo cargo de livraison remplace en moyenne une partie des tournées d’une camionnette, réduisant le bruit et la congestion. Les livreurs ne perçoivent aucune rémunération pour cet effet.
  • Les voisins du parc d’activités se plaignent du passage des camions qui livrent les cadres et les batteries, tôt le matin.
  • Les batteries usagées des vélos Brivel sont collectées et recyclées ; Brivel paie pour cela une contribution à un organisme spécialisé, calculée selon le nombre de batteries qu’elle met sur le marché.

Annexe 5 — Financer la nouvelle ligne d’assemblage

Pour passer d’une capacité de 2 000 à 3 000 vélos par an, Brivel doit investir 1,2 M€ en 2027. Deux options sont étudiées :

  • un emprunt bancaire de 1,2 M€ sur 7 ans au taux de 3,9 % ; l’entreprise a déjà 1,8 M€ d’emprunts bancaires (fin 2025) pour 2,1 M€ de capitaux propres ;
  • une augmentation de capital souscrite par le fonds régional d’investissement, déjà associé à 20 %, qui demande en échange une part plus importante du capital et un siège supplémentaire dans les instances de décision.

Travail à faire

  1. Identifiez les agents économiques en relation avec Ateliers Brivel qui apparaissent dans le dossier et précisez le rôle de chacun.
  2. Caractérisez le marché des vélos cargo professionnels sur lequel intervient Brivel : offre, demande, structure, forme de concurrence. Montrez que Brivel s’appuie sur une concurrence hors prix et sur une barrière à l’entrée.
  3. Montrez que le marché des vélos cargo d’occasion souffre d’une asymétrie d’information. Appréciez l’intérêt du projet « Brivel Seconde Vie » pour réduire ce problème.
  4. Yacine doit-il accepter la proposition faite dans l’annexe 3 ? Argumentez en distinguant ce qui relève d’une coopération légitime et ce qui pose problème.
  5. Repérez les externalités, positives et négatives, produites ou subies par Brivel. Expliquez comment l’une d’elles est déjà internalisée.
  6. Calculez le coût des intérêts de la première année de l’emprunt envisagé (en supposant le capital non encore remboursé cette année-là). Présentez, de façon argumentée, les avantages et les limites de chacune des deux solutions de financement, puis formulez une recommandation.
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1. Agents économiques en relation avec Brivel

Agent (annexe) Catégorie Rôle pour Brivel
entreprises de livraison, artisans (contexte, annexes 1 et 4) entreprises (et entrepreneurs individuels, classés parmi les ménages par l’Insee) clients (B to B)
collectivités (annexe 1), collectivité qui aménage les pistes (annexe 4) administrations publiques clientes par appels d’offres (B to G) ; la collectivité produit aussi un service non marchand (pistes cyclables)
particuliers (contexte) ménages clients (B to C)
revendeurs vélocistes (contexte, annexes 1 et 2) entreprises distributeurs, clients intermédiaires
grands fabricants européens, importateurs, ateliers artisanaux (annexe 1) entreprises (dont reste du monde) concurrents
équipementier de batteries, fabricants de Rennes et de Lyon (annexe 3) entreprises fournisseur ; partenaires du groupement d’achats (et concurrents)
SCOP angevine (annexe 2) entreprise de l’économie sociale et solidaire fournisseur de caisses et partenaire du projet Seconde Vie
banque (annexe 5) banque prêteur
fonds régional d’investissement (annexe 5) société financière associé, apporteur de capitaux
organisme de collecte des batteries (annexe 4) entreprise (éco-organisme agréé par l’État) organise la collecte et le recyclage, financé par la contribution de Brivel
association d’usagers (annexe 4) association auteur d’une étude, porte-parole des cyclistes
riverains du parc d’activités (annexe 4) ménages agents qui subissent une externalité négative

2. Le marché des vélos cargo professionnels

Définition. Un marché est la rencontre de l’offre et de la demande d’un produit, qui détermine un prix et une quantité échangée.

  • Demande : entreprises de livraison et artisans (B to B), collectivités (B to G, par appels d’offres). Les critères d’achat ne sont pas seulement le prix : coût total sur trois ans, durée de garantie, délai d’intervention, adaptabilité de la caisse (annexe 1).
  • Offre : trois familles de vendeurs — grands fabricants européens (6 500 à 7 500 € HT), importateurs de modèles assemblés en Asie (environ 3 900 € HT), ateliers artisanaux en petites séries — et Brivel à 6 200 € HT.
  • Structure : de nombreux vendeurs aux produits différenciés (qualité, service, marque, caisse modulaire) : c’est une concurrence monopolistique. Le marché s’écarte du modèle de concurrence pure et parfaite : les produits ne sont pas homogènes, et l’information sur la qualité n’est pas transparente (batteries « jugées fragiles »).
  • Forme de concurrence : concurrence directe entre fabricants de vélos cargo, et indirecte avec les camionnettes de livraison.

Concurrence hors prix. Le Porteur est vendu 6 200 € HT, soit 2 300 € de plus qu’un modèle importé à 3 900 € (+ 59,0 %). Brivel ne peut pas gagner sur le prix ; elle attire ses clients par la qualité, la garantie, le service après-vente et la réactivité, critères décisifs pour les collectivités et pour des livreurs sensibles au coût d’immobilisation d’un vélo en panne.

Barrière à l’entrée. Le brevet sur l’attelage rapide interdit aux concurrents de copier ce système apprécié des artisans : c’est une barrière juridique qui protège l’avantage de Brivel. Ses références auprès des collectivités et son réseau de revendeurs constituent aussi des barrières commerciales pour un nouvel entrant.

3. Asymétrie d’information sur le marché de l’occasion

Définition. Il y a asymétrie d’information quand une partie à l’échange détient une information que l’autre n’a pas.

Démonstration. Sur le marché de l’occasion entre particuliers, le vendeur connaît l’entretien de la batterie et les chocs subis par le cadre ; l’acheteur ne peut pas le vérifier (annexe 2). Il s’agit d’une sélection adverse : la qualité est cachée avant la vente. Les conséquences décrites dans l’annexe correspondent exactement au mécanisme : les acheteurs, méfiants, renoncent ou proposent un prix bas ; les propriétaires de vélos en bon état n’obtiennent pas un prix correct et hésitent à vendre. Le marché fonctionne mal et une partie des échanges utiles n’a pas lieu.

Intérêt du projet.

  • Avantages : en diagnostiquant les vélos, en remplaçant les pièces usées et en accordant une garantie, Brivel apporte l’information qui manque à l’acheteur et s’engage sur la qualité. La garantie est un signal crédible : un vendeur qui tromperait les acheteurs devrait payer les réparations. Brivel profite en plus de sa réputation de fabricant, qu’elle ne peut pas se permettre de perdre. Le projet ouvre un marché à des clients au budget plus serré et valorise le savoir-faire de l’atelier ; il s’inscrit dans l’économie circulaire avec la SCOP partenaire.
  • Limites : le reconditionnement de vélos « toutes marques » suppose de connaître des technologies et des pièces de concurrents ; la garantie représente un coût et un risque si les diagnostics sont imparfaits ; Brivel doit, elle aussi, respecter son devoir d’information envers les acheteurs (article 1112-1 du Code civil) sur l’état des vélos.

Conclusion. Le projet répond directement à la défaillance identifiée : il peut être recommandé, à condition de fiabiliser le diagnostic et de chiffrer le coût de la garantie.

4. La proposition de l’annexe 3

Ce qui est légitime. Le groupement d’achats de batteries est une coopération entre concurrents (coopétition) : les trois fabricants achètent ensemble pour peser face à l’équipementier et ont obtenu 9 % de remise. Chaque entreprise reste indépendante et libre de ses prix de vente : cette coopération renforce la compétitivité des petits fabricants français face aux grands groupes européens.

Ce qui pose problème. Échanger les grilles de prix de vente 2027 aux collectivités, « pour éviter de nous concurrencer », revient à coordonner les prix sur les appels d’offres. Or l’article L420-1 du Code de commerce interdit les actions concertées et ententes qui ont pour objet ou peuvent avoir pour effet de fausser la concurrence, notamment en faisant obstacle à la fixation des prix par le libre jeu du marché ou en répartissant les marchés. Les collectivités paieraient plus cher que si les fabricants se faisaient réellement concurrence. Brivel s’exposerait à des sanctions de l’Autorité de la concurrence (chapitre 6) et à une atteinte grave à sa réputation auprès de ses clients publics.

Recommandation. Yacine doit refuser d’inscrire ce point et le dire par écrit ; le groupement doit se limiter aux achats.

5. Externalités

Externalité (annexe 4) Positive ou négative Produite ou subie
vélos cargo qui réduisent bruit et congestion, sans rémunération positive produite par l’activité de Brivel (par l’usage de ses vélos chez ses clients)
camions de livraison gênant les voisins tôt le matin négative produite
nouvelles pistes cyclables de l’agglomération qui attirent des clients positive subie

Une externalité internalisée. Les batteries usagées pourraient polluer si elles étaient abandonnées. Brivel paie une contribution, proportionnelle aux batteries qu’elle met sur le marché, pour financer leur collecte et leur recyclage : le coût de cette pollution potentielle est intégré dans ses coûts. C’est une application du principe pollueur-payeur (article L110-1 du Code de l’environnement) : c’est le producteur, et non la collectivité, qui supporte les frais de prévention de la pollution.

Ce mécanisme porte un nom : la responsabilité élargie du producteur (REP). L’article L541-10-1 du Code de l’environnement (6°) y soumet les batteries ; le metteur sur le marché verse une éco-contribution à un éco-organisme agréé. Version en vigueur depuis le 24/04/2024, lue sur Légifrance — à jour au 14/10/2026.

6. Financement de la ligne d’assemblage

Calcul. Intérêts de la première année = 1 200 000 × 3,9 % = 46 800 €.

Emprunt bancaire Augmentation de capital par le fonds
Avantages les associés gardent le contrôle (pas de nouvel associé ni de dilution) ; coût connu à l’avance (46 800 € d’intérêts la première année) ; les intérêts sont une charge déductible du résultat imposable pas de remboursement ni d’intérêts obligatoires ; renforce les capitaux propres ; le fonds connaît déjà l’entreprise
Limites l’endettement bancaire passerait de 1,8 M€ à 3,0 M€ pour 2,1 M€ de capitaux propres (rapport de 0,86 à 1,43) : risque si les ventes ne suivent pas ; remboursements obligatoires pendant 7 ans Claire et Yacine perdent une partie du capital et du pouvoir : le fonds obtient plus de droits et un siège supplémentaire ; le fonds attendra une rentabilité, souvent supérieure au coût d’un emprunt

Recommandation argumentée (exemple ; une autre conclusion cohérente est acceptée). L’investissement doit permettre de produire 1 000 vélos de plus par an. La demande semble porteuse (aménagements cyclables, intérêt des collectivités), mais l’endettement existant est déjà élevé. Une solution mixte — une partie en emprunt, une partie en capital — limiterait à la fois le risque financier et la perte de contrôle. Si les dirigeants tiennent avant tout à garder le contrôle, l’emprunt est préférable, à condition que les prévisions de ventes garantissent les remboursements. Le choix précis du mode de financement est approfondi au chapitre 12.

Piège

Ne confonds pas associé et prêteur : le fonds régional, s’il souscrit l’augmentation de capital, devient propriétaire d’une part plus grande de Brivel ; la banque, elle, reste un créancier qui sera remboursé.

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